PREFACE XIX
Viens, je dormirai dans tes bras Qui me seront de douces chaînes; Nous aurons des fils gros et gras, Des filles mignonnes et saines.
Il sort des nids une chanson,
Les grands bœufs traînent la moisson,
Au ciel luit un essaim de perles.
Viens, viens nous rouler dans les foins
Où je t'aimerai sans témoins
Au chant du coq, aux cris des merles.
N'est-ce pas d'un grand sentiment d'amour champêtre, et l'auteur du Bouscassié aurait-il besoin de signer ce sonnet marqué à son cachet d'exquis paysagiste? — Voici le second sonnet, sous la date de 1861 :
Près des sources, là-bas, nous étions isolés; Il arrivait des bois une sauvage haleine : Vous eûtes peur de l'ombre immense de la plaine Et des arbres hurlant ensemble, échevelés.
Attentive aux rumeurs dont la nuit était pleine, Vous me laissâtes mordre à vos doigts effilés; Je crus que vos effrois s'en étaient tous allés, Et vous serrai plus fort parmi la marjolaine.
11 faisait noir, très noir; or, déjà mes baisers Couraient de votre lèvre à vos yeux embrasés, Et les ormes riaient, rangés en demi-lune...