‹ L'an deux-milleChapitre 14 sur 21 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

(Toute rassemblée se retire, et laisse la scène vide : les hommes sont derrière; puis les femmes, et les feunes filles forment le grand cercle par devant. Le Corifée est seul sur le devant de la scène, aux pieds de la chaire du Centenaire, à côté de laquelle sont assis les deux vieillards. Le trône est vide. Les sept feunes gens sont du côté opposé, rangés par ordre, le premier plus proche du Corifée.)

LE COR. Unitanvillel proclamé le premier, à la pluralité des voix des dix héros du présent lustre, faites votre choix ?

HARD. Auguste centenaire! Sages vieillards! Et vous, héros de la nation, daignez m'entendre! Il y va de mon bonheur; il y va de ma vie ... si Unitanville choisit celle . . . que je puis seule aimer, entre toutes les filles . . . Daignez ordonner, entre nous deux, le sort, ou le combat?

(Frémissement universel.) Ho ho ho haï

LE CENT, (aux deux vieillards et aux dix héros). Grand Dieu! . . . (au jeune homme) Hardion. ce que vous faites est illégal . . . Taisez-vous! ... ou le choix va vous être absolument interdit pour cette journée!

L'an dfux mille. 41

HARD. Auguste vieillard, illustres assesseurs et vous, héros I ... je vous déclare que je ne le puis . . .

LE CENT. Ciel! un rebelle aux lois de la nation I . . . Qu'il soit . . .

HARD. J'en appelle au trône I

LE CENT. Tu le peux; c'est la loi; mais n'espère plus rien de nous.

UNIT. Auguste centenaire et vous, illustres vieillards, magnanimes héros, daignez-lui pardonner! ... Je n'accepte pas le duel; mais, pour suspendre l'effet de son appel, le premier depuis 200 ans, je vais m'immolert

LE CENT, (à Hardion). Jeune homme, tu effaces en un instant tout le bien que tu as fait!

HARD. Que m'importe? si les lois me rendent malheureux!

LE CENT, (se couvrant les yeux). Sacrilège!

LES DEUX VIEILLARDS. Jeune audacieux! tu parles comme en 1789, lorsqu'une populace effrénée bravait toutes les lois, faisait fuir les magistrats et pillait l'hôtel-de-villel Lorsqu'elle exigeait qu'on obérât l'État, en mettant les denrées trop bas, ou en retirant ses effets, mis en gage, pour s'enivrer! . . . Songe que tu es en 2000?

HARD. Je songe que je vais perdre celle que j'aime: qui choisit le premier, ne peut que la choisir.

LE CENT. Il sort des bornes: faites agir la loi!

LE COR. Hardion 1 je t'arrête, au nom de l'assemblée nationale, comme rebelle aux lois!

HARD. (en fureur). Je vous brave, à l'ombre de l'une de vos lois, l'appel au trône!

LE CENT. Ton insolence . . . devrait la faire abroger par la nation . . . elle en a le droit . . . Mais non ; tu es seul coupable.

CHŒUR DES HOMMES. Il mérite la morti

CHŒUR DES FEMMES. Grâce à sa jeunesse.

4i Restif.

CHŒUR DES NOUVEAUX ÉPOUX. Grâce à sa valeur!

CHŒUR DES JEUNES GENS. Qu'a-t-il donc fait?

UNIT, (embrassant Hardion). Ha! que ne puis-je te sauver! . . Mais, oui! ... je sais un moyen de te conserver la vie et l'honneur.

LE CENT, (montrant Hardion). Qu'on l'entraîne!

UNIT. Auguste vieillard et vous, h-^ros du mérite, nos lois veulent que les belles actions passées effacent un crime.

UN DES VIEILLARDS. Les siennes ne le sauvent que de la mort.

UNIT. Pour lui rendre ses droits, je lui cède les miennes, en vertu de la loi qui le permet.

LE CENT. Jeune présomptueux, et si tu avais besoin d'indulgence!

UNIT. Je tâcherai, o mon père, d'en mériter.

LE CENT. Nous sommes obligés d'obéir à la loi, qui a voulu que le méritant pût céder son mérite et payer ainsi pour un autre. Chacun de nous, avec de belles actions, peut être roi un instant et faire grâce, en les cédant au coupable Sainte loi de nos pères, que vous êtes belle! . . . Mais le centenaire a ses droits aussi, en vertu desquels il vous défend, à l'un et à l'autre, de choisir aujourd'hui: ainsi le veut la loi. (Il fait un geste, et Unitanville est mis au dernier rang, Hardion avant lui.)

CHŒUR DES JEUNES GENS

Céder ses droits à son rival, Est le comble de l'héroïsme!

C'est un vertueux fanatisme.

Oui mérite un arc triomphal I

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