LES DEUX ENSEMBLE
L'influence du centre d'intérêt, partout positive, se manifeste beaucoup plus chez les filles que chez les garçons, dans
une proportion du simple au double. De même le comportement féminin se montre plus sensible à l'influence du préavis. C'est probablement parce que les jeunes filles sont plus suggestives, ainsi que Binet l'a montré. L'influence combinée du centre d'intérêt et du préavis paraît le prouver également.
Le préavis agit beaucoup moins, en général, que le centre d'intérêt chez les garçons. Son influence a été même négative au C.S. Remarquons l'équivalence curieuse du centre d'intérêt et du préavis sur les garçons du CM. Ces équivalences marquent très probablement des seuils ou des frontières (Binet) psychogéniques. Celle-ci, par exemple, pourrait indiquer l'origine de la schématisation conceptuelle.
Les deux procédés associés sont, en général, plus efficaces qu'un seul, et pour chaque sexe. Comme exceptions, on note les garçons du C.C. qui paraissent favorisés par le centre d'intérêt seul, et les fillettes du C.S. à qui la même condition est également des plus favorables. En revanche, au CM., garçons et filles bénéficient beaucoup de l'association, alors que chaque procédé séparé agit plutôt faiblement. Chez les fillettes du CE., ce sont des optima frappants dans les trois comparaisons.
Il résulte de tout ceci que les deux procédés, surtout associés, conviennent principalement aux jeunes élèves jusqu'à la puberté (période du C.S.). Passé cet âge, leur influence diminue rapidement. Alors l'adaptation attentionnelle paraît suffisamment formée par l'inhibition volontaire.
Un test analogue, organisé à l'école maternelle du Centre, avec des moyens appropriés à l'âge (historiettes), donna des résultats semblables. Les moyennes furent : i3,6 pour le premier test; i4,6 pour le deuxième; 16,2 pour le troisième, et i5,3 pour le quatrième. Cette dernière variante n'est pas considérable.
Si l'on compare enfin ces résultats à ceux des enquêtes précédentes (7me et 8me), on voit que les derniers établis, par sexe, sont complètement opposés à ceux qui avaient été obtenus dans l'expérimentation du point brillant.
Il ne faut pas conclure trop vite. On a vu que le centre d'intérêt, comme le préavis, se ramène à une suggestion du maître ou de la maîtresse. Ceux-ci choisissent et proposent : c'est-àdire imposent plus ou moins à tout âge. Ainsi s'explique no-
tamment le comportement féminin, car, à âge égal, les fillettes sont plus suggestibles que les garçons.
Si ceux-ci, en revanche, réussissent mieux avec le point brillant, c'est probablement parce que, plus évolués en général, pour la suggestibilité, que leurs compagnes, ils agissent plus tôt par auto-suggestion. Ce n'est que par celle-ci, en effet, qu'il est possible d'expliquer l'action du point brillant. Ce recoupement inattendu permet de saisir l'une des différences curieuses du comportement des sexes.
Le graphique n° 3, établi d'après les moyennes des notes calculées de o à r»o, indique, après un parallélisme bisexuel
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dans le premier test (témoin qui montre que la base d'expérimentation était sûre), le sérieux décalage féminin du deuxième et du troisième. Remarquons ce parallélisme dans son allure générale, d'abord rapidement progressive puis stationnaire.
(11 faut le lire de droite à gauche, en progression d'âge.) Le quatrième test, après un parallélisme encore plus frappant, accuse la brusque divergence de la puberté avec le fléchissement masculin.
Une longue et féconde discussion à laquelle vint prendre part notre conseiller médical, le docteur J. Iluguet, eut lieu, le 21 janvier 1921, à propos de ces premiers résultats. Des tiches préparées sur le calcul du temps moyen d'attention d'après Kiïlpe et Bonaventura; les conditions objectives et subjectives de l'attention d'après Piïlsbury, furent résumées et commentées. C'est ainsi que nos collaborateurs pédagogiques ont toujours été documentés, au point de vue bibliographique, dans chaque réunion du Cercle de Luchon.
Voici comment fut présentée la nouvelle enquête par M. François Sarrieu, d'après nos directions exposées et justifiées au préalable, comme d'habitude :
« Toutes conditions égales quant à la matière d'enseignement, la difficulté des leçons, le moment de la journée et l'ordre des interrogations, quelle est celle des deux influences étudiées (préavis ou centre d'intérêt) qui produit les meilleurs effets sur l'attention?
« Dans ce but, l'épreuve nouvelle portera sur deux leçons de morale, de difficulté identique pour chaque cours. De plus, pour uniformiser l'expérience, ces leçons seront choisies et préparées en commun par tous les maîtres. »
Chacun se remit aussitôt au travail sur ce nouveau plan sommaire. Diriger suffisamment sans jamais subjuguer ni entraver l'initiative : telle a toujours été notre préoccupation constante à l'égard de nos collaborateurs.
La première causerie sur « la solidarité » fut l'objet d'un simple préavis, la veille au soir. La seconde, relative à « la mutualité », fut présentée comme une suite logique de la première, le lendemain, à la même heure et sans avertissement préalable; l'action du centre d'intérêt s'étant forcément manifestée déjà. Les enfants devaient répondre par écrit aux questions suivantes :
Première leçon :
i . Citez quelques faits prouvant que les hommes ne peuvent se passer les uns des autres.