L'anarchie dans l'art
L’ Anarchie darf/irt, par F. A. Bridgman (Henry May éditeur). — Nous avons dans cette Revue même signalé le péril dl’art contemporain, ballotté de la routine à l’anarchie ;e récent volume de M. Bridgman se recommande par in titre à notre attention. M. Bridgman reconnaît da; un bref avant-propos qu’il n’est pas i ï littérateur, et qu’ilécrit enpeintre; mentionnonsen outre 1 que M. Bridgmarsst étranger, et nous aurons dans ces | raisons combinée l’explication de ce style qui, disonsle tout de suite, r.st pas d’une lecture tout à fait aisée : le lecteur doit équemment se livrer à un travail de transcription meule, et comme récrire la phrase à nouveau, pour bien omprendre la pensée de l’auteur. 11 faut cependant mstater un intéressant phénomène : c’est que dans le passages les plus caractéristiques du livre, les formus de M. Bridgman deviennent plus correctes et plusprécises, châtiées et élucidées par la tension spéciale c l’esprit.
C’est, tout copte fait, le procès de Yimpressionisme que M. Bridgma entend faire; M. Bridgman compare cette doctrine d’t au socialisme, non point, semblet-il, sans quelqueonfusion, et il la rend responsable de l’anarchie qu’acctent bien des tendances actuelles.
M. Bridgman lève les manifestations anarchiques, non seulement cns la peinture et la sculpture, mais encore dans la nuique, la littérature et la critique. Son volume aurait gaié sans doute à envisager un domaine plus restreint; ca malgré la division en chapitres, le livre tout entier arde un peu trop un caractère anecdotique ; c’est le cah r de réflexions, où les notes sont venues se consigner au iur le jour : le plan ne s’en révèle pas
suffisamment, et le raisonnement rest trop stationnaire pour que ces pages puissent avoir un portée efficace.
On le regrette un peu, car l’intentic du livre est tout à fait louable, et il y a là d’excelletes notions, qu’il est possible de recueillir.
M. Bridgman insiste avec raison ur la crainte du « déjà fait » qui hante les artistes : tct le monde veut être chef d’école et ouvrir une voie, ce[ui pousse chacun aux extravagances d’imagination et d métier les moins sincères et les plus saugrenues.
M. Bridgman veut nous mettre en grde contre la trop grande complaisance qui consiste à prôer démesurément une oeuvre, dès qu’on y découvre un trace de qualité, qui n’est, en général, qu'une qualité (adresse et de tour de main ; nous sommes portés à f;re trop aisément crédit aux peintres et à goûter trop v'ement chez eux, par suite de cette manie d’ « amateui» qui s’est trop exaspéréeen nous, des virtuosités partiées et accessoires.
M. Bridgman reconnaît l’importare capitale de la science du métier, mais tous les procéés constituent un moyen et non une fin, et ce qui en do: résulter, c’est la valeur sentimentale de l’œuvre et sa beuté d’expression. De tels principes, sous la plume de à Bridgman, sont bien faits pour nous réjouir : peu- être faut-il reconnaître que les tableaux de cet artisi ne nous avaient pas accoutumés à cette hauteur de vu mais M. Bridgman ne serait pas, dans ce cas, le preiier qui se ferait de son art une idée plus élevée qu’il ’est capable d’en manifester l’expression par une œuvre iastique.
Nous avons dit que le livre de M. Brigman était avant tout un recueil de réflexions; il est pim de remarques ingénieuses, et l’auteur y note d’unefaçon amusante certains tics en usage aujourd’hui das les ateliers.
En résumé, beaucoup de choses juste: mais la question n’est pas encore épuisée, et l’on peut concvoir un autre livre sur la matière, plus rigoureusement coroosé et conduit, plus pressant dans la dénonciation du îal qui nous menace, et plus net dans la déduction d< conséquences.