‹ L'anarchie; son but--ses moyensChapitre 21 sur 45 · LES SYNDICATS ET LES SOCIALISTES BOURGEOIS · texte numérisé non relu

LES SYNDICATS ET LES SOCIALISTES BOURGEOIS

Revirement des bourgeois. — Les difficultés de s'adonner aux œuvres de longue lialeine en France. — Réactionnarisme des chambres syndicales. — Découverte des Trades-Unions. — Les bienfaits qu'elles ont réalisés pour leurs membres. — Leurs méfaits au point do vue de l'émancipation générale. — Les comités mixtes. — Ombres au tal)leau. — Tampons entre la bourgeoisie et le prolétariat. — Ce sont les faibles et les moins favorisés qui paient. — Solidarité corporative et solidarité de classe. — L'émancipation ne peut se faire individuellement. — Châtiment. — La grève des mécaniciens anglais. — Oii mène le calme. — Bataille de millions I — La leçon des faits.

Un autre genre de groupement où les anarchistes peuvent faire de la bonne besogne, ce sont les groupements ouvriers que, jusqu'à présent, ils ont totalement négligés.

Aujourd'hui, il se crée un courant nouveau qui tendrait à y faire employer tous les efforts de la classe ouvrière. Il est bon de voir la besogne qu'on leur a fait faire, celle que l'on en attend, celle que pourraient y faire des anarchistes.

Il fui une époque où les socialistes bourgeois s'évertuèrent à présenter les chambres syndicales et les sociétés coopératives comme des panacées devant guérir tous les maux dont souffrent les travailleurs.

Mais les gens n'aiment pas à s'atteler à des besognes dont ils ne prévoient pas la fm. Cotiser pour des luttes probables, mais qui ne sont pas encore décidées, et peuvent n'avoir jamais lieu, n'est pas leur fort; aussi, en France, à part ([uelques exceptions, les chambres syndicales ne furent jamais qu'un noyau très infime dans leurs corporations, prenant quelque importance au moment d'une grève, mais désertées encore une fois, la lutte finie.

D'autre part, les statuts et règlements absurdes, arbitraires de ces organisations, les agissements, de la plupart de leurs organisateurs qui s'en étaient fait des fromages, ou espéraient en tirer des profits futurs, suaient tellement l'ambition mesquine, que beaucoup de travailleurs, cherchant leur émancipation en dehors des voies officielles, s'en écartèrent, convaincus de l'impuissance de ces organisations.

Dans ces parlements au petit pied, on étouffait la voix des indépendants ; à l'aide de grandes phrases et de mots sonores, on y enlevait le vote de majorités inconscientes. Sous prétexte que les syndicats ou les coopératives ne doivent pas s'occuper de politique, encore maintenant, on n'y laisse parler que les endormeurs qui, réprouvant les revendications sociales complètes, se font les défenseurs des mesures ([ui laissent intacte la prétention des possédants à exploiter les travailleurs.

On empêche d'y discuter les mesures énergiques

et décisives ; on n'y laisse parler que de calme et de temporisation au plus grand profit de ces exploiteurs qui, ayant le capital et la force légale pour eux finissent toujours par triompher, tant que les revendications se tiennent dans la légalité.

iMais comme il n'y a pas de contrainte qui puisse empêclier la vérité de se faire jour, certains syndicats prirent une attitude plus ou moins révolutionnaire, puis, comme après tout, les syndicats menaient la lutte contre le patronat pour la défense des salaires, les bourgeois qui n'aiment pas à voir les esclaves s'unir et se concerter pour leur résister et faire leurs affaires eux-mêmes, suscitèrent toutes sortes d'entraves à la formation des chambres syndicales, les tolérant plutôt qu'ils ne les autorisaient, jusqu'à ce que, enfin, une loi leur accordât droit de cité, tout en les maintenant sous la surveillance de la haute police.

Après les avoir eu en abomination, après les avoir subies, certains bourgeois, à l'heure actuelle, ayant compris que leur système, pour se maintenir, devait faire la part du feu, accorder quelques concessions, ou semblant telles, aux revendications qui surgissent de toutes parts, se sont mis à faire du socialisme, et, ayant, par hasard, découvert les Trades- Unions dingldiises, se sont enthousiasmés des résultats qu'ils constataient en étudiant leur fonctionnement, ont fini par apercevoir, dans le syndicalisme, l'organisation qui devait faciliter l'entente entre employeurs et employés, cette utopie que poursuivent depuis si longtemps ceux qui vou-

l'anarchie, son JJUT, ses AlOYENS 239

tiraient bien accorder les dôsirs d'émancipation de la foule, avec le respect des institutions sociales actuelles.

Et. de fait, le travail accompli par les Trades- Unions avait de quoi les enthousiasmer en leur faisant espérer l'enraiement de la révolution, s'ils réussissaient à acclimater en France leur idéal avec ses façons de procéder.

Sans s'embarrasser des « utopies » de transformation sociale, de reprise de possession, d'abolition de l'autorité, de l'exploitation, et autres idées qui ont cours, avec l'idée de défense des salaires, parmi les ouvriersen France, les travailleurs anglais n'ont, jusqu'ici, lutté que pour la défense seule de leurs salaires, pour la diminution des heures de travail, et la défense de leurs droits de coalition.

Ils reconnaissaient implicitement aux patrons le droit de les tondre, pourvu que ce ne soit pas de trop près. Le droit d'exploitation, ils ne le mirent jamais en péril, ni même en doute ; leurs discussions avec les patrons étant toujours restées des discussions d'individus, dont l'un vend, et l'autre achète, chacun cherchant à faire la meilleure affaire possible, mais ne contestant pas à l'autre le droit d'y réussir s'il en a la possibilité.

Les grèves, le plus souvent, lorsque l'existence h'gale des Tradcs-Uiiiona fut reconnue, furent une luUe courtoise; c'était presque toujours après une \ entente cordiale entre les deux parties que se terminaient les différends. — C'est du moins, tels que nous les présente, un volume d'enquête pulilié par le Musée social • qui, sans doute, appuie davantage

Page 1