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L'anatomie mandchoue et les figures de Th. Bartholin

Sous le titre »Anatomie Mandchoue« vient de paraître une édition facsimilé du manuscrit no. II du fonds oriental de la Bibliothèque Royale de Copenhague. Elle contient une série de figures anatomiques accompagnées en partie d’un texte mandchou, traduit par le feu Prof. Wilhelm Thomsen. L’édition avait été préparée par le Dr. A. Clod-Hansen, à qui revient l’honneur d’avoir acquis pour le Danemark ce manuscrit précieux, mais qui, frappé par la mort, ne put mener à terme ses recherches. C’est la Bibliothèque Royale qui a pris* l’initiative de l’édition, et le bibliothécaire V. Madsen a écrit une introduction dans laquelle il retrace l’histoire de cette oeuvre remarquable qui provient de l’extrême Orient et n’est pas sans relations avec notre patrie.

Aussi renvoyons-nous à cette introduction pour tout ce qui concerne l’historique du manuscrit, nous bornant à rappeler brièvement, qu’au premier abord on croyait se trouver en présence de »l’édition du Grand-Mogol« de l’Anatomie du Thomas Bartholin, vu l’identité des figures. Pourtant le Prof. E. Ingerslev démontra qu’il n’en était pas ainsi et que cette collection de figures anatomiques était plutôt un atlas anatomique pour lequel on aurait largement utilisé les figures de Bartholin. Il ne réussit pas à élucider complètement la question, mais émit l’opinion qu’on aurait sans doute des renseignements précis, si l’on

pouvait se rendre compte de l’origine de toutes les figures,

quelques-unes étant certainement de Bartholin, d’autres émanant de sources différentes. Ce qui est certain, c’est que l’empereur chinois K’ang-hi (1662 — 1722) a eu l’idée de faire composer en chinois un manuel anatomique, basé sur l’anatomie de Pierre Dionis de 1690, mais comme il ne trouvait pas les figures de cet auteur très réussies, il désira qu’on les remplaçât par celles de Bartholin. On ignorait alors si toutes les figures provenaient de l’Anatomie danoise, et le Dr. Clod-Hansen se proposait justement de trouver l’origine des figures chinoises. Ce fut au cours de ses recherches qu’il mourut.

Sans doute l’examen des gravures du manuscrit permettra-t-il de répondre aux questions suivantes:

1° Existe-t-il dans le manuscrit des images dont Th. Bartholin est l’auteur?

2° Quelles sont les sources des autres images?

3° Quelles sont le sources de Th. Bartholin?

Les réponses à ces questions permettraient de déterminer les livres dont on s’est servi, lorsque l’empereur K’ang-hi ordonna la rédaction d’une anatomie chinoise sur un modèle européen1.

On voit par là que notre tâche se divise en deux parties: 1° comparaison entre les gravures chinoises et celles de Bartholin; 2° iconographie spécialement Bartholinienne. Mais avant de passer à l’examen de chaque dessin en particulier, il sera nécessaire de dire quelques mots des planches de l’atlas chinois, c’est à dire du document lui-même.

Le nombre des planches est de 90, en outre de la cou-

1 Ingerslev, E.: Nogle Bemærkninger om Bartholins Anatomi i kinesisk Omklædning. Ugeskrift for Læger 1907, 21. p. 510. Bouvet, J.: Portrait historique de l’empereur de Chine, Paris MDCXCVIII. p.150.

L’Anatomie mandchoue et les figures de Th. Bartholin.

verture qui porte le titre chinois. La feuille no. 11 qui ne montre aucune gravure, mais se réduit à un texte mandchou, renvoie à la planche no. 10. Des feuilles avec des figures, mais sans texte, sont au nombre de 30. Une double pagination chinoise se remarque sur un certain nombre des planches; sur les planches 1 et 3 il y en a même trois. Les planches ainsi numérotées sont: 5, 9, 15, 17, 25, 39, 47, 53, 54, 55, 57, 61, 67, 71, 76, 77, 79 et 85 (celles dont le chiffre est souligné portent deux paginations, dont l’une habituellement dans le coin supérieur gauche, l’autre à la partie moyenne du bord gauche). D’après Clod-Hansen1 on trouve en classant les planches suivant la numérotation chinoise, les traces d’une classification qui répond à celle de Bartholin. Nous avons essayé de rétablir l’ordre original des planches, mais sans résultat, car quelques numéros sont douteux et la numérotation a été faite d’après des principes différents. Ce qui est sûr, c’est que la numérotation chinoise montre que les planches contenant des gravures de même système anatomique (les muscles, les vaisseaux, les nerfs, etc.) ont leurs numéros qui se suivent. Il y a incontestablement relation avec l’Anatomie de Bartholin, et cela n’a rien qui nous puisse surprendre.

La numérotation arabe des planches a été faite de nos jours par un personnage peu versé en anatomie et les planches ont été mêlées, quelques-unes sont mêmes tournées sens dessus dessous (no. 28 et 88).

Quant aux planches prises en particulier, on notera:

1° que les planches no. 45 et 46 contiennent chacune la moitié d’une gravure du pancréas (elle se retrouve chez Bartholin à la page 120). La feuille a été doublée et plus tard coupée (cf. l’introduction de M. V. Madsen). 1 Ci.od-Hansen, A.: Skand. Archiv f. Phj^siologie, T. 18, 1906, p. 822.

Nr. 7. J. W. S. Johnsson:

2° que certaines gravures ont été répétées. Ainsi on trouve la même figure aux feuilles 22 et 28. Quelques fois la répétition tient à ce qu’on voulait montrer différents détails, des parties d’organes etc. Les figures de l’utérus en fournissent un exemple. Aussi les images portent-elles des signatures en lettres différentes, mais une répétition des figures peut aussi avoir lieu sans cause appréciable1. Ainsi les gravures des planches 18 et 19 (tête montrant le corps calleux et le système central nerveux) se retrouvent à la feuille 27.

Sur les feuilles 20 et 21 se trouve la même ligure de la moelle épinière, et la quatrième ventricule existe sur les feuilles 20 et 23. Le fait que ce dernier dessin est retourné semble sans aucune signification. Il faut encore observer que la gravure de Bartholin p. 119, qui représente tum pancreatis corpus una cum novo Wirsungiano ductu, tum per idem deducia ad lienem vasa est divisée en deux (feuille 43 en bas, feuille 60 en haut).

Les feuilles 48 et 50 montrent des images identiques des valvules conniventes, mais sur la première feuille le dessin n’est pas seulement tourné de droite à gauche, mais aussi sens dessus dessous.

La feuille 49 présente deux figures — chez Bartholin à la page 157 — de bovis lien et de vasa Igmphatica et sanguinea in liene ligata. La dernière de ces figures est répétée à la feuille 60.

La gravure qui représente les organes thoraciques (Bartholin p. 413) se trouve sur les trois planches 57, 58 et 59.

] Le compte rendu de la conférence du Dr. Clod-Hansen dit de ces signatures (p. 321 — 322) »Die an den chinesischen Figuren angebrachten Zeichen nebst den dazugehôrenden Textzeilen entsprechen wôrtlich und ôrtlich genau den Textzeilen in Bartholins Anatomie und den auf seinen Tafeln angezeichneten Stellen«, un fait que nous n'avons pas pu constater.

L’Anatomie mandchoue et les figures de Th. Bartholin.

La première porte des signatures et un texte mandchou, les autres n’en ont pas. Le même dessin un peu altéré (la trachée plus longue) se trouve sur la feuille 61, où il est tourné de droite à gauche. On voit ainsi, que la gravure de Bartholin n’a pas servi de modèle. Le dessin de la feuille 61 est plus petit que les autres, mais tous les dessins sont plus petits que celui de Bartholin, qui a été le modèle des figures des planches 57, 58 et 59.

La feuille 69 montre les vaisseaux rénaux et sur deux autres figures les caroncules et le rein ouvert en section médiane. Ces illustrations se retrouvent à la feuille 70, qui montre encore la vessie, les canaux déférents et les testicules (Bartholin p. 205). La feuille 69 montre aussi la capsule rénale et les figures diffèrent légèrement quant à l’arrangement des vaisseaux et des canaux excréteurs. La feuille 69 répond aux trois dessins supérieurs de Bartholin p. 179; la feuille 70 à Bartholin p. 205 avec les figures II, III, IV, V de la page 179 auxquelles est ajoutée la figure I de la page 199 de Bartholin (la vessie). La feuille 71 répond à la figure 2 de la feuille 70, mais elle porte des signatures et un texte. Il y a une différence, mais négligeable en ce qui concerne la vessie et la prostate.

La figure de la vessie ouverte, qui se trouve à la feuille 70, est répétée avec des signatures et des légères modifications à la feuille 72.

Enfin une figure de l’utérus est répétée deux fois avec des signatures et textes différents (feuille 80 et 81); en outre elle orne la partie supérieure de la feuille 84.

Sur la feuille 28 ont été ajoutés de chiffres arabes modernes 1677 (on 1627?) et 348, chiffres sans aucun rapport avec les quatre images de cette feuille. Ils ont été tracés

par quelqu’un qui a étudié le manuscrit, et on aurait dû les effacer avant la reproduction.

Beaucoup des figures ont été dessinées dans un format différent de celui de Bartholin ou des autres originaux. Un grand nombre de dessins ont été modifiés par la suppression des organes génitaux, des seins etc., qui souvent sont seulement cachés d'une manière ou d’une autre. Cela provient sans doute de ce qu’on a donné à l’artiste des problèmes spéciaux à résoudre, par exemple de dessiner une partie d’un dessin plus grand; dans ce cas il a encadré son œuvre a son gré. On aurait pu être tenté de corriger l’anatomie de telle façon que les jeunes âmes puissent la voir sans être corrompus, mais on ne ] a pas lait. C’est ce qui apparait clairement dans les paroles citées par Ingerslev 1 de l empereur à Parennin, paroles qui montrent la délicatesse rare de son âme: »Je vois bien, qu’il y aura à traiter des matières peu honnêtes, et qu’étant Beligieux vous pourriez les omettre, ou n’en parler qu’en termes impropres, et dès-lors inutiles ; c’est pour cela que je vous ai associé deux Médecins habiles, qui traiteront les matières que vous trouverez être moins convenables à votre profession: car je prétends, que l’on n’omette rien: outre que nous ne manquons pas d’expressions modestes, c’est que le public doit retirer un grand avantage de ce livre, et qu’il doit contribuer à sauver, ou du moins à prolonger la vie : ce n’est pas un livre à être montré aux jeunes gens: ainsi les figures ne doivent être vûës que de ceux qui partageront avec vous le travail^.

Une foule de gravures de l’anatomie des organes génitourinaires masculins et féminins montrent (pie les vœus de l’empereur furent exaucés.

1 Ingerslev, 1. c. p. 512. Lettres édifiantes et curieuses, écrites des missions étrangères, XVII recueil. Paris MDGCXXVI, p. 350. (Lettre du P. Parennin, missionnaire de la compagnie de Jésus).

L’Anatomie mandchoue et les figures de Th. Bartholin.

Les propres paroles de l’empereur nous donnent aussi l’explication des répétitions si fréquentes: »Je trouve un défaut dans vos livres qu’il faut éviter, c’est qu’ils placent les figures à la fin des chapitres, et quelque fois même à la

fin du livre . Je veux voir à chaque leçon la figure

peinte, qui exprime les principes qu’on y enseigne, et s’il en faut encore parler dans la suite, il n’y aura qu’à renouvelle!' la même figure«.

Il est extrêmement rare que les modèles aient été mal compris ou mal interprétés par les artistes chinois. Leur travail est d’habitude très précis, et ce n’est que sur la feuille 13 qu'on trouve un f en souvenir de la figure modèle, Bartholin p. 639.

Dans quelques rares cas les dessins sont placés si près l’un de l’autre qu’il semble qu’il n’y en a qu’un, lorsque on les regarde hâtivement. Telles les feuilles 69 et 28 comparée avec la feuille 22.

Ceux qui se proposeront de rechercher les originaux des figures de l’atlas chinois doivent se dire d’avance que le résultat sera incertain, et ceci pour plusieurs causes. L’atlas a été composé loin du Danemark, et il est impossible d’affirmer que tous les livres, employés jadis en Chine, existent dans notre bibliothèque centrale médicale, si riche que soit celle-ci et si importantes que soient ses collections de médecine ancienne. Personne ne connaît les livres qui ont été employés en Chine. Aussi c’est un peu au hasard qu on cherche les figures originales. Encore les recherches sont-elles compliqués par ce fait qu’on ne peut pas toujours reconnaître le sujet des dessins chinois; c’est ainsi qu’une figure des planches 22 et 28 reste inexplicable. Aussi les recherches ne peuvent pas être menées à leur fin.

Dans l’édition de 1673 (1674) de l’Anatomia rénova ta Bartholin fait pour la première fois mention de quelques-unes de ses sources. C’est aussi à cette édition que nous nous tiendrons dans nos recherches. En comparant ce livre à l’atlas chinois nous pouvons établir la liste suivante des auteurs communs à l’un et à l’autre:

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