‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 107 sur 130 · Dom PiOLix, op. cit., t. IV, p · texte numérisé non relu

Dom PiOLix, op. cit., t. IV, p

2. Elat du diocèse de Montauban, registre in-4° du fonds des archives de révèclié de Montauban. C'est l'état du diocèse en l'an 1800 et au commencement de 1801.

assez turbulents, et, après s'êti'C jetés dans le scIusïho, « ils malmènent maintenant leur cure légitime ».

Que d'ombres dans le tableau qui nous est présenté ! \^oici, à Saint- Aignan, un « peuple naturellement timide et ignorant », qui a « suivi toutes les chances de la Révolution ». La majorité des lidèles a néanmoins présenté « plusieurs suppliques pour obtenir un piètre catholique ». A côté de ces faibles qui n'ont pas su résister au torrent de la Révolution, voici les nu^chants ([ui l'ont précipité. ÏjC procès-verbal signale, à Castelferrus, « un peuple cruel pour la religion » ; à Gariès, « un peuple sauvage » qui a counnis tous les excès. A Castelsarrasin, la nmjorité des habitJints a donné à corps perdu dans les violences ; la bande noire y était très nond)reuse, les gens ont été Ibrt maltraités. A Villemur, c'est la minorité qui « s'est horriblement comportée pendant la Terreur », cependant la population est assez bien disposée. Les gens de Garganvilla sont très exaltés, il en est peu qui n'aient participé à la dévastation de leur église et à toutes ses conséquences. Plusieurs localités sont présentées comme absolument perverties '. Le rapporteur signale les paroisses où le curé désire ne pourrait pas vivre ou devrait se cacher. On est frappé du grand nombre de celles oii il est dit que le ministère est exercé secrètement '■*. Enfin, les insermentés

1. « Sainl-Angt'l : Il y a environ soixante communiants qni ont perdu de vue les principes de la morale. — Puyiouron : Ce peuple parait tout perverti ; il faudra du temps et de la patience pour le ramener. — Le Born : Cent communiants ; la sauvagerie y est dominante. Le curé, tout caché qu'il est, rend d'excellents services à ses paroissiens. »

2. « A Corbaricu, un prêtre catholique serait vu avec plaisir, mais il est difficile de l'y cacher. — Escazeaux : Ce peuple s'est très mal comporté pendant la Révolution ; un prêtre catholique y serait mal vu et ne trouverait point de quoi vivre. — A Montbéqui, le curé est obligé de se cacher. — A Villebrumier, le curé légitime ne peut s'aventurer sans danger. — Lavinouse : Peuple tranquille, mais un peu insouciant; un prêtre y vivrait difficilement, vu la pauvi-eté des gens. — Mont-Durause : On y nourrirait difficilement un prêtre, que la paroisse désire beaucoup. — Labastidc-duïemple : Difficile de s'y cacher. »

ÉTAT DU CULTE SOUS LE CONSULAT 5o3

trouvent sur leur chemin les constitutionnels qui leur disputent le terrain et les ouailles i.

Ces inventaires, rédiges surplace, par des hommes bien informés, avec l'unique souci de la vérité, nous font, en quelque sorte, revivre dans l'époque de transition qui sépare Brumaire du Concordat. Au fond de l'âme du peuple brûle toujours et va se réveiller encore l'amour de son vieux culte. Il désire, il redemande ses prêtres, et leur fait souvent un accueil enthousiaste. Mais combien de paroisses se sont déshonorées pendant la Révolution par lâcheté ou par cruauté ! Quel al)andon de tous les principes de religion et de moralité ! Que de pillages d'églises, que de chasses au clergé, que de compromissions avec les bonnets rouges ou la déesse Raison ! Ils sont toujours là dans le village ces jacobins qui si souvent ont fait trembler et parfois égorger les honnêtes gens, moins arrogants sans doute depuis l'annonce d'un gouvernement fort et réparateur, nuiis encore redoutables et menaçants. Quelle terrible révélatrice des cœui's a été la Révolution ! Maintenant que, sous un régime où on commence à respirer, un retour en arrière est possible pour établir le bilan des responsabilités ; maintenant qu'on peut compter les coups reçus et regarder en face les Ijourreaux, quelles tristes constatations ! Quelles défaillances morales, quels crimes même ont parfois souillé les annales du plus petit hameau !

I. A Gandalou, qui compte cent communiants, la population a été absolument éj^arée par les intrus qui s'y sont succédé sans interruption. — A Gensac, Tintrus, nommé Soubiran, a « offert de se conformer aux fêtes décadaires ». — A Haumont, qui compte deux cents communiants, le « peuple s'est laissé entièrement suborner par l'intrus ». — A Glatens, le peuple, « naturellement bon, suit naturellement l'intrus». — AMagnianac, paroisse de trois cents communiants, le curéjureur entraîna les lidèles au schisme. On n'y compte guèi*e que deux familles de confiance. — Moulis : peuple très sauvage, entiché de l'intrus Régnier. — Labastide-Saintl*ierrc : la paroisse, qui compte trois cents communiants, suit l'intrus. 11 ja à peine trois ou quatre familles qui n'aient pas donné dans le schisme et qui désireraient un bon prêtre. « Le plus grand nombre a commis des scélératesses pendant la Révolution. »

Mais à une époque où les événements se précipitent, où une pliase nouvelle de la Révolution met un abîme entre hier et demain, ces temps sont déjà loin. Tout semble renaître en France. « On venait d'être plus ou moins mis en liberté par Bonaparte », écrit Norvins. Le repos après tant d'agitations, la sécurité, ce grand besoin d'une nation, sont assurés par un gouvernement réparateur. Les agitateurs, les voleurs, les brigands, les détrousseurs de diligences, sont réprimes à leur tour et réduits à l'impuissance par la force publique. Les rapports des commissaires envoyés dans les provinces témoignent que l'ordre et la paix régnent partout, François de Nantes constate dans le Midi « un calme égal à celui dont il jouissait avant la Révolution ». Môme affirmation pour le Nord. La Vendt e elle-même, naguère si ébranlée par les guerres religieuscF, est à ce point pacifiée, gràce.à la « tranquillité » publique et à « la cessation des persécutions », que les délégués auraient pu, disaient-ils, « traverser tous les lieux sans escorte ' ». Partout les personnes se trouvent protégées comme les intérêts. Sans doute, la Constitution Ce l'an YIII a eu bien soin de déclarer qu'aucun émigré r.e pourrait rentrer en France. Il fallait ménager la transition et ne pas trop alarmer la faction jacobine. Mais en leur rendant leurs droits civils et politiques, on va libérer ceux qu'on avait appelés les émigrés de l'intérieur. Pour les émigi'és du dehors, on les fera rentrer par catégories, puisqu'on ne peut pas encore les rappeler en masse, en attendant l'amnistie générale du sénatus-consulte de 1802. On. sait qu'après la bataille de Marengo, Bonaparte, fort

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