‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 114 sur 130 · Saussol, op. cit., II, 4'-i · texte numérisé non relu

Saussol, op. cit., II, 4'-i

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dans les jugements portes sur la Révolution. Depuis un siècle que le clergé l'interroge, il ne semble pas être parvenu à percer le mystère de ce sphinx, ni à calmer ses propres terreurs. Est-ce vraiment un monstre sorti de l'enfer dont il faut se détourner avec horreur? Doit-on condamner en bloc toute l'œuvre de la Révolution comme satanique, ou n'y a-t-il pas lieu de distinguer, comme on l'a dit, sous peine de tout confondre et de se briser contre une force ii'résistible ? J'observe que l'égalité proclamée par elle entra facilement et définitivement dans les faits par l'abolition des privilèges et des ordres, par la nuit du 4 août, par l'égalité devant l'impôt, la justice, les charges publiques, et autres dispositions légales que le Code civil allait consacrer sans retour.

Le règne de la liberté devait être plus discuté. Elle finit par déplaire et sombrer après avoir enivré la France. Mais elle devait renaître, car elle est immortelle. Le clergé avait contribué à l'établir, et néanmoins on put se demander, à sa volte-face à partir de 1792, s'il n'y avait pas à opter pour lui entre l'Evangile et les principes de 89, alors que le bon 89 est sorti de l'Évangile ^. Cette alternative, que des esprits calmes et clairvoyants, les Emery, les Bausset, ne voulurent jamais accepter pendant la Révolution, posée parfois à nouveau et non sans grave imprudence, allait ressusciter au xix^ siècle, entre l'Église et la société moderne, les malentendus terribles que nous avons constatés dans les huit dernières années de la Révolution. Il semble enfin que la lumière se fasse

I. « L'idée religieuse est la condition ou plutôt le fondement de ce qu'on enveloppe sous le nom de Droits de l'homme. » Ferdinand Brunetikrk. — « C'est certainement le christianisme qui a fondé les droits de l'homme. Je l'ai assez répété, et ce qui m'assure davantafje, c'est que Taine l'avait dit avant moi, et ce qui m'assure plus encore, c'est que Montesquieu l'avait dit bien avant Taine... C'est le christianisme qui a établi la distinction entre le temporel et le spirituel et qui a soustrait le spirituel à l'Etat, et qui, en ce faisant, a fondé les droits de la conscience humaine et les droits de l'homme. » E. Faguet. {Le Libéralisme, 1902, pp. 32o, 33i.)

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dans tous les esprits à l'école des événements. La liberté apparaît comme le bien essentiel de l'Eglise et le seul champ de bataille où elle puisse rallier une majorité capable de lui assurer l'exercice de son divin ministère. Aussi M. de Boisgelin, archevêque d'Aix, était-il un précurseur loi^qu'il écrivait à Pie VI, le 3 mai 1791, au nom des évoques de la Constituante : « Il n'était pas dans notre pensée de favoriser un pouvoir arbitraire. Nous avons désiré établir le véritable empire de la liberté publique. » Dans l'histoire rapide que nous venons de faire d'une très grande époque, quand est-ce que l'Eglise de France s'est montrée à nous sous son plus beau jour? C'est sans doute dans ses luttes contre la constitution civile du clergé, parce que sa résistance empêcha l'établissement d'une Eglise d'Etat, c'est-à-dire d'une Eglise avilie, jouet de tous les caprices du gouvernement, parce que les combats pour la conscience ont la grandeur de tout ce qui touche à l'âme ; c'est encore dans la reprise de possession, dans la conquête religieuse du pays en dehors de tous les pouvoirs humains, par la seule force de l'Evangile. Mais après cet apostolat triomphant, après cette résistance irrésistible à l'oppression de sa foi, là où nous aimons surtout à suivre le clergé durant la Révolution, c'est en 1789, c'est à la Constituante, s'associant à la nation ^dans l'enfantement de la liberté. Rien ne peut faire, car tel est le témoignage irrécusable de l'histoire, que la liberté ait été fondée sans lui. Il saura empêcher, en y restant fidèle, qu'elle ait été fondée contre lui.

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