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ver à rhommc. l'absence de foyer. Cette transplantation incessante, cette éternelle fuite, amènent chez les émigrés une fatigue dont leur correspondance nous redit l'intensité. L'évéque de Limoges écrit de Munster, le 9 septembre 1794 : « Nous sommes las de mener une vie errante de royaume en royaume et de ville en ville ; nous sommes résolus de nous fixer ici, et d'y attendre notre retour en France, si Dieu permet que nous revoyions notre malheureuse patrie. Nous avons fait ^u lieues, mon frère (lévéque de Séez) et moi, en charrette, MM. les abbés de Couasnon et de Puyferrat, nos grands vicaires, ainsi que nos domestiques, à pied. Vous voyez que voilà un pèlerinage un peu long et rigoureux. » Ce n'est point en charrette mais à pied et le sac sur le dos que révé(|ue de Nîmes s'était rendu de Constance dans le canton de Ijucerhe.
L'évèque de Carcassonne n'est pas moins fatigué de courir que l'évèque de Limoges. Il écrit de Turin : « J'ai des voyages par-dessus la tète, et si jamais je retrouve en France un fauteuil qui ne soit pas national, je ne le quitte plus. »M. de Vintimille revient fréquennuent sur ce sujet. « Si je rentixî dans mon pays, dit-il, je m'établis tout de suite dans le lieu qui doit me servir de repos jusqu'à la résurrection des morts, parce que, en fait de mouvement et de déplacement, je crois avoir acquitté la vie la plus longue. » Labbé de Bonneval, lassé lui aussi de pérégrinations, a Uni par se faire naturaliser Napolitain. Là encore on vient le troubler. Il écrit, découragé : « Le présent, le passé, l'avenir, ne valent plus rien pour nous. » Expulsé de ma nouvelle j)atrie, « il ne me reste plus qu'à en chercher une pour moi et pom" les miens dans la lune ». — « L'on chasse tous les émigrés, voilà notre sort partout, s'écrie l'évèque de ïarbes. Toujours errants ! » Combien triste est le sort des pauvres exilés! « Faire les voyages les plus longs et les plus pénibles dans le nord, dans le midi de l'Europe, sans argent, sans aucune ressource
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assurée. » Un autre proscrit, Tabbé Desplanques, traduit plus vivement encore son désespoir. « Malheureux prêtres français, dit-il, les hommes nous défendent d'habiter la terre, Dieu nous défend de nous jeter dans la mer, nous ne pouvons pas escalader le ciel. Que faire '? »
Ces infortunés réclament une pierre où reposer leur tête, et quand ils l'ont trouvée, quand au dehors ils rencontrent enfin une hospitalité généreuse, la pensée de la France, le mal du pays, les empochent d'en jouir et d'être heureux sur la terre étrangère. Et où peut être le bonheur do l'exilé pour qui le plus grand malheur est son exil même? Qu'on se figure l'état d'unie de ces évêques, de ces prêtres français, hier tranquilles, honorés dans leur pays,''aujourd'hui ti'ansportés tout à coup au loin, se regardant avec stupeur les uns les autres dans une contrée dont ils ne comprennent point l'idiome, dont ils ne connaissent ni le sol, ni les habitants, ni les coutumes. Oh ! nous l'avons vu, c'est avec angoisse et à la dernière extrémité qu'ils ont quitté la terre de France. M^"" d'Aviau, archevêque de Vienne, au moment de sortir de son diocèse, nous est montré retournant fréquemment la tête pour jeter un dernier regard sur les Ilèches de Saint-Maurice, dont l'ombre, gi'âce au reflet de la lumière, se dessinait vaguement audessus des brouillards du Rhône.
Vains regrets, il faut partir, il faut passer la frontière, et à la hâte, car les persécuteurs sont lancés à la poursuite.
I. «■ Onines principes denegant habitationem, transitumque vix concedunt sacerdotibus Gallis... Heu infelices niiniuin Galli sacerdotes! homines tcrram habitare nos prohibent, in marc nos projicere vetat Deus, cœlani asccndcre nequimus. Quid ergo agcndurn penilus ignoro... » (Lettre de l'abbé Desplanqucs, retiré à Livourne, du 'Jo avril 1794, au cardinal secrétaire d'État. TuEiNER, op. cit., II, p. 436.)
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Alors ont commencé les longues pérégrinations de l'exil. On devine que la pensée de la France va suivre comme une obsession ces fugitifs à travers le monde. « Nous n'avions rien à faire, dit l'un d'eux. Habituellement, nous tournions les yeux vers notre malheureux pays. Tout ce qui s'y passe nous intéresse ^ )>De si gi^andcs destinées se jouent pour la patrie, pour l'Eglise, là-bas dans cette France ! Les émigrés sont avides de nouvelles, les attendent avec une impatience haletante. A Constance, les jours de courrier, on les voit affluer sur la place de l'Aigle, dans les environs du bureau de poste. A Fribourg, même agitation. Les prêtres se rendent visite, s'interrogent anxieusement, se communiquent les renseignements qui leur parviennent et les commentent avec animation, L'Abbé d'Einsiedeln crut devoir un jour leur faire des remontrances sur cette curiosité un peu fébrile. Il termina son petit sermon en les exhortant à souffrir en silence *. Il en parlait à son aise. Comment demander à des prêtres franvais de rester froids, ou même calmes, en présence d'événements qui devaient trancher leur sort, celui de l'Eglise et de la France ? Les exilés durent prêter une oreille plus attentive au discours qu'un des leurs tint à M. de Juigné, lorsque, au jour de la Pentecôte 1793, ce prélat, toujours en course pour recueillir des aumônes, vint les visiter à Einsiedeln. Quelle éloquence le spectacle même de l'assemblée donnait aux paroles de l'orateur, quand, devant l'ancien duc et pair, l'opulent et envié archevêque de Paris, maintenant proscrit et pauvre, il représentait réunis « tant de pasteiu's, de prêtres, de lévites de tous les ordres, ou pressés par l'indigence, ou affaiblis par les infirmités, ou courbés sous le poids des travaux et des années, tous honteusement chassés de leur patrie, forcés d'être errants dans les solitudes ou dans des pays étrangers dont ils