Baston, II
2. Lettre pastorale de l'évèque de La Rochelle pour préparer son clergé .à reprendre son ministère, datée de Guadalaxara, reproduite dans la Vie de M. Forest, par Mf INIaupoixt, 1864, p. ^0^-^'%. — Thkixeh, II, 245. — Nouvelles ecclésiastiques, 1-90, pp. (ii, G2.
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attirer les rigueurs du ciel. Ces taches ^, que nous n'avons voulu ni dissimuler ni grossir, ces manquements à la résidence, ces fortunes exorbitantes à côte de la situation si modeste des curés congruistes, les bruyants scandales donnés par un certain nombre de prélats, la tolérance pour les aljbés de cour, qui ne tenaient par leur petit collet à rÉglise que pour la sucer et la déshonorer, tous ces abus reviennent à la pensée de l'épiscopat dans les réflexions inspirées par le malheur, et lui font crier mea culpa 2 s-ous les coups de ce qu'il appelle la justice divine. Quel revirement des choses d'ici-bas ! On reprochait avec raison aux évêques d'ancien régime la splendeur de leurs équipages, le nombre de leurs laquais. Plus de train, plus de voitures, plus de valets : c'est à peine s'ils peuvent garder un domestique pour soutenir leur vieillesse ; et l'évoque de Luçon, M. <le Mercy, nous disait naguère qu'il apprenait pour la première fois à se servir lui-même. On leur objectait le chilfre de leur dotation, leur luxe, leur prodigalité, au point que certains, avec
1. Un témoin oculaire, l'abbé Barruel, écrivait en pleine Révolution ': « Ses membres (du clerj^é) n'étaient pas eux-mêmes tous exempts de» vices du siècle. Le clcrjçé ne semblait pas annoncer ttmte la constance dont il a donné l'exemple. On pouvait le diviser en deux parties. L'une, trop étrangère au vrai sacerdoce, n'avait que le nom et la moitié de l'habit ecclésiastique; elle fuyait les travaux de l'autel, en recherchant ses bénéfices par la faveur des courtisans; elle était le scandale et l'eftroi de l'Kglise bien plus que son appui... L'autre était celle des prêtres occupés du salut des âmes et des fondions ecclésiastiques. C'était là vraiment le corps du clergé. En général, il était instruit de ses devoirs, etc.. » Barhuel, Histoire du clergé pendant la Jiévolulion, 1794.
2. L'évèque de Saint-Claude disait dés i;9o (mandement du i" juin i:;9o déjà cité, p. 19-42) : « C'est le clergé qui est la première cause de ce malheur. C'est à ses ministres mêmes que la religion est en droit de faire les plus sévères reproches... Trop souvent » on a vu le « sacerdoce usurpé par des hommes sans lumières et sans vertus, qui par leur vie licencieuse, par leur caractère impérieux et turbulent, par leur ambition et leurs intrigues, ont porté le trouble et la honte dans la maison de Dieu ». M. de Chabot llagclle ensuite rigiiorancc et la cupidité, « l'aval'ice ou les scandaleuses profusions » de beaucoup de pasteurs, « leurs prétentions toutes séculières, leur ambition, leur avidité pour les honneurs et les richesses, leurs relâchements, leur déplorable attrait pour les intrigues et les affaires du monde ». Il conclut : « C'est nous, faisonsen l'humble aveu, qui avons fait blasphémer le nom du Seigneur parmi les nations. »
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600,000 livres de rente, trouvaient encore moyen de faire des dettes. Les Goo,ooo livres de rente se sont réduites à 600 francs, donnes par la charité et avec lesquels ils trouvent moyen de vivre. De tels bouleversements ne s'opèrent point sans amener une forte commotion morale . Les lettres, les écrits des prélats à cette époque, nous prouvent qu'ils s'élèvent à la hauteur de leur infortune . S'ils avaient été tentés de s'abandonner , avant 1 789 , à* la facilité de vivre, au charme d'une existence bercée dans les honneurs et l'opulence, si quelques-uns avaient besoin d'être réveillés de leur assoupissement, le coup de tonnerre de la Révolution a retenti jusqu'au plus intime de leur être et remué leur âme dans ses profondeurs. A mesure que la figure du monde s'elface, que la terre se dérobe et que tout s'écroule autour d'eux, l'évêque de Blois s'écrie qu'il faut se retirer en soi-même. In tue unicum negotium mihi est, a dit un ancien. « Quel terrible événement pour réveiller les tièdes et ressusciter les morts, écrit M. de Thémines aux religieux tentés d'abandonner leur état! Dans quel temps voudrait -on quitter le joug du Seigneur, pour rentrer dans l'esclavage du monde, lorsque tant de gens fuient et cherchent au loin le repos et la solitude, et que chacun est, pour ainsi dire , marqué d'un sceau particulier selon son état , sa condition et ses principes? » Mais courage au milieu des plus grands malheurs ! « Au lieu de cette tristesse morne et désespérée , il faut un silence actif, une douleur mâle et chrétienne, et quand tout se ravage au dehors, que l'intérieur se fortifie et s'embellisse. Ménagez, ô mon Dieu, notre faiblesse, ou plutôt fortifiez-la, et frappez ensuite à coups redoublés, pourvu que nous baisions votre main souveraine, et que nous serrions dans nos bras votre croi» adorable '. » Quel ferme langage ! L'évêque
I. Lettres de M. de Thémines, évêque de Blois, à M. Adam, pp. i9, 18.
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de Blois n'est pas seul à le tenir ; il n'est pas seul à combattre « la tristesse morne et désespérée ». L'évoque d' Alais , dans une page émouvante , repousse les vaines lamentations et fait appel aux énergies viriles d'une âme chrétienne. Il n'entend pas qu'au milieu d'un désastre universel, et qui a frappé tout le monde en France, le clergé cherche à attirer sur lui la commisération. « Tout parle, dit-il, des malheurs, des injustices qu'ont essuyés en France les minisires de la religion : eux seuls ne doivent jamais en parler; leur bouche ne doit s'ouvrir que pour porter des paroles de consolation, de douceur et de paix... Comment se permettraient-ils de parler de leurs propres malheurs, lorsque leurs paroles s'adressel'aient peut-être à un père , à une mère, à une épouse, qui pleurent encore la destinée tragique des objets les plus chers de leur tendresse ! Gomment oseraient-ils regretter l'aisance ou l'opulence qu'ils ont perdue, en contemplant la ruine de tant de familles dépouillées des héritages qu'elles avaient reçus d'une longue suite d'ancêtres, et qu'elles devaient se croire assurées de transmettre à leuis descendants!... Il fut un temps où l'on consolait les malheureux en les invitant à regarder au-dessous d'eux pour y voir de plus grands malheure encore. Les temps sont changés. Ramenons notre pensée sur tout ce qui existait au-dessus de nous... ; ensuite osons, si nous en avons le courage, parler de nous-mêmes ^ »
Il n'est point donné à des âmes vulgaires de tenir un pareil langage. Ces évêques, qu'on pourrait croire un peu amollis par les délices de l'ancien régime, trouvent dans l'adversité un ressort moral et des accents que nous sommes forcés d'admirer. Il y a dans leur sacrifice une première pensée d'expiation et, comme la hache révolutionnaire saura bien abattre en lui quelques membres, les