A. SoREL, Reeue historique, t. XVII, p
3. Dépêche du 25 août 1799 à La Fare : « Le roy ne vous blâme point d'avoir reçu les lettres de Sa Majesté (l'empereur d'Autriche), adressées à M. le comte de Provence. Sa Majesté, quoique très mal satisfaite d'une telle intitulation, ne peut les refuser, étant forcée par sa situation d'accepter les très minces secours du roi son cousin qui s'excuse même fort plate-
tES PRÉLATS POLITIQUES DE l'eMIGRATION IfjQ
La capieusc correspondance de M. de La Fare n'a pas un grand intérêt pour la postérité, et ne saurait assurer à cet ambassadeur la gloire d'un Polignac ou de tel autre cardinal diplomate de l'ancien régime. C'est d'ailleurs un métier ingrat que d'être le représentîint d''un roi sans couronne. On y trouve néanmoins des détails intéressants sur le mariage de la fille de Louis XVI, Madame Royale, avec le duc d'Angoulême. Heureux événement qui fit briller un rayon de soleil dans le ciel de l'émigration si sombre pour Louis XVIII et toute sa famille !
Comme il s'agit ici de la jeunesse, de la beauté et du malheur, ainsi que de la survivance d'une grande race, tout nous intéresse dans les renseignements donnés au piince par î-on ambassadeur. La royale enfant, échappée de la prif-on du Temple et de la grifle de ses geôliers, est sans doute entourée à Vienne des égpards et des respects dus à une fille de France. Mais elle y est reçue froidement et elle porte au cœur, à la pensée des événements sinistres qui ont marqué sa détention et le martyre des siens, une tristesse que La Fare s'ellbrce en vain de combattre et qui restera à jamais gravée sur ses traits jusqu'à sa mort.
mont de (ne pas) les augmenter. Le roy ne lui écrira plus. Vous ne serez vraisemblablement plus dans ce cas désagréable, mais s'il se présente de cette part, acceptez tout simplement. » — Dépêche du 20 octobre 1J99: « Je dois vous dire que la moitié des souverains de l'Europe écrivent au roi avec la subscription qui lui est due : savoir, les cours de Saint-Pétersbourg, de Londres, de Kaples, de Turin et de Portugal. 11 est un peu extraordinaire que l'empereur et roi soit le seul des coalisés qui s'y refuse. Vous pouvez vous en expliquer hautement. » Cette attitude de la cour d'Autriche rendait la situation de La Fare un peu ridicule. On lui écrit du cabinet du roi, le 10 septembre 1798: « Votre état de représentant d'un prince non reconnu pèche par la base, et conséquemmentest un très léger château de cartes. Or, paraîti-e déléguer une partie d'un tout que l'on n'a pas est réellement une absurdité. » — Le nouveau Pape, Pie VII, écrit à Louis XVIII. On s'en félicite dans cette dépêche du 22 avril 1800: « Nous voilà forcés de répondre à la lettre du Pape sans l'avoir reçue. 11 est vrai que l'intUulation nous suffit pour décider l'expédition d'une lettre d'usage. » Archives aff. étr., vol. 609.
30O LES PRÉLATS POLITIQUES DE l'ÉMIGRATION
Comme dans les mariages bourgeois, où la dot joue un si gi*and rôle, la question d'argent tient largement sa place dans les dépêches de l'évêquc de Nancy. On cherche à prouver à la cour d'Autriche, pour en faire profiter Madame Royale, que la dot de Marie-Antoinette, sa mère, n'a pas été payée à la corn* de France, ce qui se trouve être inexact. Il n'y a donc place à aucune revendication de ce côté. Heureusement que l'empereur de Russie fait preuve de munificence ; l'empereur d'Autriche lui-môme, dans un élan de générosité, compte comme cadeau de noces une trentaine de mille florins à sa nièce, qui avait d'ailleurs à Vienne une somme importante sauvée du naufrage des siens et déposée par le comte de Mercy. Les difficultés financières s'aplanissent ainsi pour la fille de Louis XVI.
La Fare s'emploie de son mieux à résoudre les autres ^ Il se dépense auprès de Madame Royale. Il se permet de récommander au duc d'Angoulême et même au roi d'écrire plus souvent à la jeune princesse. Toute négligence de la part du duc était d'autant plus inexcusable qu'il avait reçu de sa fiancée une lettre qui, dit Louis XVIII, « m'aurait tourné la tête à vitigt-deux ans 2». Chemin faistint, La Fare
1. La Fare écrit le ag août 1798 : « J'ai cru devoir rassurer Madame sur la crainte de l'a^enir, en lui présentant le tableau de ses propres ressources pour son existence future. Je lui ai fait le décompte des sommes qui lui sont dues par l'empereur, tant pour la dot de la reine, sa mère, et des intérêts arriérés, que pour l'argent apporté et déposé à la banque de Vienne par M. le comte de Mercy. J'ai ajouté à cette propriété indubitable la ressource éventuelle du traitement que l'empereur Paul l"venait de réguler pour chaque année à Votre Majesté. » La reine, femme de Louis XVIII, ne pouvant se rendre à Mitau faute d'argent, La Fare cherche pour elle à contracter un emprunt, chose difficile à Vienne, où, dit-il, on prête avec peine aux gens du pays à i5 et 20 0/0 sur solide hypothèque. L'évêque de Nancy échoue d'abord. « J'ai été éconduit », dit-il. Il dut revenir à la charge, car il écrit le a3 avril 1799 : « Sans un emprunt, il était impossible à la reine de se mettre en route. » Archives afF. étr., ibid. ■ 2. « Ma nièce se déplaît, je crois, à Vienne ; l'évêque de Nancy me la mande ; et de plus, dans presque toutes ses lettres, elle me parle de son désir d'être auprès de moi. Soit donc la déplaisance du lieu où elle est, soit que les lettres véritablement aimables de mon neveu aient fait impression sur son cœur, elle lui en a écrit une qui m'aurait fait tourner la tête à vingt-deux ans. Raison de plus de battre le fer quand il est chaud. » Lettres et instructions au comte de Saint-Pricst, 1845, p. 8.