‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 56 sur 130 · Archives aff. étr., Ibid., vol. 62;, p. i5o-i5i · texte numérisé non relu

Archives aff. étr., Ibid., vol. 62;, p. i5o-i5i

2. Georges Gadoudal écrit, par exemple, le i3 septembre 1799 à l'évêque d'Arras : « Nous allons nous réunir pour prendre parti. Nous ne pouvons nous décider qu'à la guerre. Déjà on la fait dans plusieurs parties, et nous ne pouvons pas les laisser succomber. J'espère que les affaires iront bien. Si les Anglais nous donnent des ftisils, des canons, et débarquent, nous réussirons inlailliblement. » Arch. aff. étr., loc. cit., \o\. 627, p. .'ji.

3. La Trémoille, après avoir dit que « la crainte d'affliger sans nécessité le cœur du roi impose souvent silence et fait dévorer bien des chagrins à ceux de ses lidèles serviteurs qui connaissent sa bonté et sentent sa position », croit devoir faire connaître le propos tenu contre lui, ainsi que contre M. de P'rotté, traité « d'imposteur et de gredin ». Gonzié nie avoir donné ces qualifications, sachant que deux négations valent une aflirmation. Gadoudal doit être « un antinoble » pour que Gonzié ait cru devoir lui plaire par un tel langage. L'évoque d'Arras, ajoute La Trémoille, « professait autrefois une vénération extrême pour ma mère. Vous n'imaginerez pas, j'espère, qu'en ce qui m'est personnel, la petite colère de l'évêque d'Arras ait pu me faire d'autre effet que de me faire rire, ni que j'ai pu m'affecter davantage d'être appelé polisson par un tel homme que de me voir appeler brigand par le Directoire. Mais quand il s'agit des intérêts du roi, il n'est plus possible de rire. J'en pleure, au contraire, de douleur et d'indignation. Jugez, mon cher comte, avec la part que cet homme avait dans la conliance de Monsieur, combien de suggestions fâcheuses, combien d'insinuations perfides sur les démarches les plus droites, sur les serviteurs les plus dévoués et les plus utiles du roi, ont dû précéder un langage aussi impudemment grossier, aussi bêtement impolitique. On nous dit sans cesse qu'il faut nous réunir, nous serrer, et pour cela on essaie de nous dégrader dans l'esprit de ceux-là même arec qui il importe principalement que nous soyons unis. » Lettre de la Trémoille à d'Avaraj'. Londres, 2 mai 179S, Archives aff. étr., loc. cit., vol. 594, pp. 22g, 23o.

LES PRELATS POLITIQUES DE L EMIGRATION aOJ

Faut-il accepter sans restriction le jugement du duc de Lévis sur Gonzié? « Il ne fit, dit-il, que du mal à son parti. » D'après un autre émigi'é, l'évoque d' An-as avait le « ton tranchant et le caractère irrésolu ». Convenons que ce prélat ne pouvait point jouer un si g^*and rôle dans l'émigi'ation ni entrer si avant dans la confiance des princes, sans avoir une réelle valeur. II gâta malheureusement ses qualités par une humeur brouillonne, un esprit d'intrigue, une agitation politique outrée chez un laïque, à plus forte raison chez un évéque. Et dire que Gonzié trouva encore le temps de s'occuper de son diocèse et de faire des mandements ' !

Il y avait quelque intérêt à retracer le portrait de ce politicien ecclésiastique comme type d'une race qui allait à jamais disparaître, et qui était déjà alors une exception presque unique dans le clergé de France. Le seul homme que son ardeur militante, son activité inquiète, sa passion contre-révolutionnaire, rapprochent à cette époque de l'évéque d'Arras, c'est l'tilibé Maury. Le cardinal de Bernis avait eu la douleur, durant les trois années <|ui précédèrent sa mort, d'assister à Rome au déclin de son prestige. Son étoile avait pj\li devant un astre nouveau. Toute l'attention des émigrés et de la Ville éternelle se portait vers un homme auquel ses luttes immortelles de la Constituante valurent dans l'Eglise et dans la monar-

I. Cf., outre nos documents puisés aux arcliives des affaires étrangères, Albert Sokei^ L'Europe et la Révolution française) II, 141, 142, 247, 283.- Mcmoires du marquis de Bouille, p. 181-18J. — Deramecolkt, Le Clergé du diocèse d'Arras pendant la Révolution, t. III, p. 404 ; IV, p. 22G-228. — Uuc dk Lkvis, Souvenirs et portraits. — Bahdoux, Montlosier et les constitutionnels pendant l'émigration. — Axduk I-Knox, L'Angleterre et l'émigration française, p. 36o. — Crbtixeau-Joly : L'Eglise romaine en/ace de la Révolution, iSôg, 2 vol. in-S".

ao8 LES PRÉLATS POLITIQUES DE l'ÉMIGRATIO?^

chie un prestige et un crédit extraordinaires. M aury est à peine débarque à Rome, en décembre 1791, qu'il attire à lui tous les regards et toutes les faveurs. Le cardinal Zelada lui offre son palais pour résidence. Le voilà prélat du Pape, archevêque de Nicée inpartibus, nonce extraordinaire à Francfort pour le couronnement de l'empereur. Il reçoit d'un coup 60,000 écus romains, alors que les évêques français les plus nécessiteux et du plus grand nom ont grand' peine à en obtenir du Pape quelques centaines. Il ne reste plus à Maury qu'à avoir le chapeau de cardinal, lequel lui est, en effet, accordé à la demande de Louis XVIII, transmise au Pape par Bcrnis. Quand on est ainsi porté par l'opinion, on n'a pas besoin de se gôner. Maury ne dissimule point son dédain pour Bernis, ce sénile radoteur, ce politique vieux jeu qui prêche la prudence, ce prophète de mauvais augure qui a l'audace de ne pas croire à la défaite prochaine des républicains, à la restitution d'Avignon, au triomphe des royalistes.

Après Gonzié, M. d'Agoult, évoque de Pamiers, paraîtra un peu pâle dans son rôle d'ambitieux. Il s'occupa pourtant très activement des "affaires d'Etat. Ses goûts, ses aptitudes, ses études, l'y portaient invinciblement. Il s'était déjà signalé dans l'ancien régime comme prélat administrateur. Son frère aîné, le marquis d'Agoult, avait partie liée avec Bretcuil ; son frère cadet, le vicomte d'Agoult, était le favori du comte d'Artois. Ainsi apparenté, ainsi poussé en avant par le démon de la politique, comment ne pas travailler au salut de son pays, de son roi, et aussi un peu pour sa propre ambition. M. d'Agoult, rentrant en France d'un voyage en Suisse, dans l'automne de 1790, apporta le plan d'évasion du roi et d'appel aux puissances, que lui avait remis Brcteuil. Louis XVI voulait s'assurer des intentions de Bouille ; il lui écrivit, le 11 octobre 1790, une lettre que l'évéque de Pamiers se chargea de remettre. Bouille fit part à M. d'Agoult de ses

Page 1