‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 68 sur 130 · LA QUESTION DE LIBEUTÉ ET d'ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE LIBEUTÉ ET d'ÉGALITÉ

Nous connaissons les serments de la Constituante. Celui de la constitution civile du clergé eut pour résultat l'expulsion, des évoques.

Voici la Législative qui entre en scène. C'est au milieu de la chasse aux prêtres, des mesures de déportation générale, que cette assemblée prescrivit aux citoyens « le serment de maintenir de tout leur pouvoir la liberté, l'égalité,, la sûreté des personnes et des propriétés, et de mourir, s'il le faut, pour l'exécution de la loi ' ».

Liberté, égalité, fraternité, mots sacrés et sonores qui avaient déjà tant de fois retenti à la tribune politique, dans les assemblées publiques, et qui allaient bientôt remplacer sur le fronton de nos temples les termes de la Trinité sainte. Quoiqu'en 179'^ on eût déjà commis bien des folies au nom de la liberté et de l'égalité, ces noms magiques exerçaient encore sur l'imagination populaire une singulière puissance. Le clergé, mis en demeure de jurer fidélité à ces idoles de la Révolution, allait-il montrer une répugnance poussée jusqu'au refus?

Les pHncipesde 1789 avaient été affirmés dans la Déclaj'ation des Droits de Vhonime pour tous les temps, pour tous les lieux, avec des formules d'un caractère si universel, si absolu, si impératif, si philosophique, qu'ils semblaient impliquer la condamnation du passé, et dresser

I. Pendant la journée du lo août, qui avait porté le dernier coup à la royauté, l'Assemblée avait compris l'absurdité de maintenir l'ancienne formule : Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi. Elle arrêta que ses membres pi-êteraient le serment de maintenir de tout leur pouvoir la liberté et l'égalité et de mourir à leur poste. Le 14 août, elle décréta que tout Français recevant traitement ou pension de l'État serait censé y avoir renoncé s'il ne justiliait pas que dans la huitaine il avait prêté ce serment. Le lendemain, un nouveau décret ordonna que ce serment serait prêté par tous les fonctionnaires publics. La loi du 18 août, article II du titre V, sur la suppression des Ordres religieux, exigea ce serment comme condition du paiement de pension. Le 3 septembre, l'Assemblée prescrit encore ce serment et ordonne « que, dans toute la France, les autorités constituées prêteraient et feraient prêter par les citoyens le serment de maintenir de tout leur pouvoir la liberté, l'égalité, la sûreté des personnes et des propriétés et de mourir, s'j7 le faut, pour l'exécution de la loi i). Cf. Picot, op. cit., VI, p. 202.

Page 1