Saussol, op. cit., II, p
2. Le préfet de la Haute-Vienne écrit que les prêtres rentrés dans le département « paraissent n'attendre que l'annonce des conventions faites
COXVEnSION AU NOUVEAU GOUVEHNEMEXT 897
Ces appels à l'intervention du Pape, que nous voyons réclamée et par les préfets et par les évoques de l'Église gallicane toujours un peu ombrageux à l'égard de Rome, est un fait remarquable. La question débattue, la soumission à la constitution de l'an VIII, était plutôt politique que religieuse. Quand il s'était agi d'une question purement ou spécialement religieuse, la constitution civile du clergé, l'épiscopat avait nettement pris position et s'était engagé immédiatement dans la vraie voie, sans attendre les décisions ou les conseils de Pie VI, qui laissa à peu l)rcs complètement l'Eglise de France à ses i)ropres inspirations. Mais voilà qu'à l'occasion des serments divers qui suivirent, la France, selon l'expression de M. Emery. fut « remplie de schismes partiels ». Les évéques, unanimes, malgré l'exil et peut-être la mort qui les menace, pour repousser une constitution schismatique, la constitution civile du clergé, se divisent quand il s'agit de juger des constitutions politiques. La confusion amenée par ces divergences, ce chassé-croisc de soumissions et de résistances, d'acceptations et d'anathcmes, est telle que le primat des Gaules, M. de Marbeuf, ne voit pas le moyen d'en sortir et déplore comme une calamité publi(|uc le silence de Pie VI.
Nous l'avons vu, dans ces graves conjonctures, l'épiscopat ne s'aperçut point assez que son royalisme troublait la rectitude de son jugement, que sa raison déclarait illicite la soumission à la nouvelle constitution parce que son cœur restait attaché à l'ancienne. Pour calmer les
avec le Pape pour se soumettre aux nouvelles lois ». Le préfet des Ardenncs écrit de tel prêtre : « Il n'est pas soumis, le silence du Pape |)araît seul motiver son refus. » Le préfet de la Moselle écrit que les prêtres de l'arrondissement de Tliionville feront la promesse quand le Pape le permettra. Le préfet du Calvados écrit au sujet des prêtres insoumis dans son département : « Peut-être changeront-ils de conduite lorsqu'ils auront connaissance de la convention entre le Pape et le Premier Consul. » (Archives nationales, F " 866. F, VII, 787.5.) — Les vicaires généraux de Nîmes disent «ju'ils auraient désiré attendre l'issue des négociations du Concordat pour pousser à la promesse. Abbé Durand, op. cit., p. 262.
3y8 CONVERSION AU NOUVEAU GOUVERNEMENT
divisions, pour refaire sinon l'union, du moins l'apaisement politique, on sent le besoin de l'intervention de Rome. Rome avait déjà parlé clairement, mais un peu timidement, dans le fameux bref de Pie VI adresse au Directoire, bref très authentique, mais qu'on laissa contester et presque tomber devant l'opposition formidable de tout ce qui tenait à la royauté en France. Voilà que la question va être reprise, non plus sous forme de bref, mais par un acte solennel. Dans les longues négociations relatives au Concordat il fut beaucoup parlé du serment à la Constitution. Dernier écrivait à Spina « qu'à la suite d'une longue révolution qui a laissé des traces si profondes, il faut, pour rallier tous les esprits au gouvernement, un gage public de confiance et de fidélité, qui perdrait toute sa force si les ministres de l'Eglise en étaient dispensés '. » Les messagers de la Cour romaine, tout en contestant l'utilité d'un serment à demander au clergé, l'admettent cependant comme possible. Ils voudraient du moins écarter le terme de soumission aux lois, parce qu'il peut y avoir dans la législation des dispositions contraires à la religion. Les envoyés de Bonaparte proposent d'abord « la promesse de fidélité à la Constitution de l'an' VIII », puis « la soumission aux lois », ensuite la « soumission aux lois civiles et politiques », plus tard la « fidélité au gouvernement établi par la Constitution », projet qui est agréé par les délégués du Pa;)e *, Enfin, après une longue discussion où les formules se remplacent, se chassent les unes les autres, on finit par adopter le serment en usage pour le clergé avant la Révolution, serment qui fut transcrit dans le Concordat.
Aussi bien ce Concordat même, ce traité solennel enti*e le Pape et celui que les royalistes traitent hautement
1. Note du 5 frimaire an IX (26 novembre 1800). .2. BouLAY de la Meurlhe, op. cit., III, ;63.
d'usurpateur, ctait-il autrement important pour Bonaparte, pour l'adhésion à son gouvernement, qu'une vaine formule de serment. La portée de cet acte sera immense. Le Pape, après avoir ainsi reconnu avec éclat le nouveau pouvoir, viendra sacrer lui-môme la nouvelle dynastie. Ainsi sera à peu près éteint le schisme politique qui s'était élevé dans l'Eglise, et, ce qui était plus difficile, le schisme religieux créé par la constitution civile du clergé.
On le voit, l'horizon s'est agrandi. Il n'est plus question d'avoir l'avis du Souverain Pontife sur tel serment débattu, sm* telle constitution. Il s'agit d'une alliance, d'un traité solennel qui mette fin au trouble des consciences, et renoue sous une forme moderne entre l'Église et l'État les liens brisés par la Révolution. Nous allons exposer le mouvement d'idées, la renaissance du culte, qui avaient rendu le Concordat nécessaire.