Collection ecclésiastique, IX, 423; XII
450 LES ÉVEQUES
ecclésiastiques ^. » C'est à qui, parmi ces prélats, donnera plus de force indignée à sa parole. De quel ton l'évêque de Soissons interpelle celui que le suffrage populaire vient d'appeler à le remplacer ^ ! Avec quelle véhémence, avec quelle « sévérité d'un juge», l'archevêque d'Embrun interroge le « pasteur mercenaire », le « pontife fabriqué de la main des hommes », qui vient le supplanter ! (( Je lui demande, s'écrie M. de Leyssin, de quel droit il prétend interrompre la succession imposante de pasteurs légitimes qui le repoussent avec indignation. Estce en vertu d'une élection sacrilège ?... Je lui demande une seconde fois quel est son titre. Je réponds : Celui de Judas quand il trahit son maître, celui des Juifs quand ils l'ont crucifié. C'est donc à la face du ciel et de la terre, que nous condamnons ce déserteur de la foi de Jésus-
1. « On rompt par conséquent, ajoute M. de Bausset, tous les anneaux de la chaîne apostolique. On sera toujours en droit de demander aux intrus : A qui succédez-vous, de qui êtes-vous nés, dans quelle église avez-vous été ordonnés, quelle Eglise vous a reçus ? Ils ne pourront produire pour titre de leur mission que le décret du 27 novembre 1790, c'est à dire, un acte de la puissance civile, puisque l'évoque qui leur a conféré le sacré caractère, n'a agi qu'en vertu de cotte loi. Tel est le titre constitutif de la juridiction spirituelle de ces nouveaux pasteurs, titre plus irrégulier encore que celui de la hiérarchie anglicane, puisqu'on Angleterre, à la vacance des sièges épiscopaux, les chapitres exercent au moins la liberté apparente de nommer leurs évéques. » Bausset, loc. cit. p. 76.
2. « Vous le savez, dans l'Eglise catholique tout se décide par la voie des témoignages : pour vous et pour moi recueillez les suffrages. Vous voyez dans ma. communion Pie VI et tous les évéques de la catholicité ; dans la vôtre, Monsieur, qui nommez-vous .' Comptez : ô afFreuse, ô épouvantable solitude ! Et vous n'êtes pas efFrayé ! Hors de la France, quoi ! pas une seule province catholique ? Non. Pas une seule église ? Non. Pas un seul évêque ? Non. J'ai fini avec vous, Monsieur ; la cause est jugée... Pie VI vous a rejeté, l'épiscopat de la catholicité vous rejette! A présent, Monsieur, j'attends votre réponse. Se bornera-t-elle à nous dire : Je suis l'élu du peuple, j'ai pour moi la constitution ? D'abord, Monsieur, la constitution vous dispense-t-elle d'être catholique ? Faut-il, pour la suivre, abjurer l'Eglise, le pape et l'épiscopat .?... Vous êtes l'élu du peuple ! Que fait un électeur ? Il présente, il n'institue pas, etc. » Mandement de l'évèque de Soissons pour la publication du bref du pape p. 35,56.
Christ. Nous le déclarons profanateur, usurpateur, intrus. Son nom est Caseneuve, son crime est l'apostasie. » Dans un autre mandement, l'archevêque d'Embrun adresse il l'intrus cette sommation : « Pasteur mercenaire, rendez-moi mon troupeau. De quel front ose-t-il s'asseoir entre les prédécesseurs qui le repousssent et des successeurs qui ne le reconnaîtront pas ^ ? »
Ce n'était point agréable d'avoir affaire à des prélats de cette humeur, décidés à défendre leur siège avec toutes les armes que Dieu leur a mises en main. Les électeurs de Digne viennent de porter leurs voix sur un prêtre de grande naissance, M. de Villeneuve, religieux de l'ordre de Gluny. L'évêque légitime, Mouchet de Villedieu, lui écrit : « J'apprends que vous avez réuni la pluralité des suffrages pour m'exclure à main armée de la place dans laquelle j'ai été canoniquement institué... Je n'ai jamais pu douter de vos sentiments sur l'honneur, moins encore de vos principes sur notre sainte religion. Serait-il possible que, né d'une race illustre et respectée, religieux, prêtre et pasteur, on eût pu vous fasciner les yeux au point de séparer un gentilhomme de son roi malheureux ! ... Voyez les suites d'un serment astucieux et inconsidéré. Non, jamais vous n'aurez cette funeste audace. L'exil, les larmes, les cachots, les supplices, loin d'arrêter l'effet terrible de mes anathcmes contre les intrus et les schismatiques, ne font qu'ajouter, s'il était possible, à leur formidable efficacité... Gardez -vous d'approcher de notre chaire, encore plus d'oser célébrer les saints mystères dans notre église cathédrale. Nous vous déclarons qu'elle est interdite nommément pour vous ^ .»
Hélas, ces menaces, ces anathèmes n'arrêtent point les usurpateurs sur le seuil de la cathédrale. Ils entrent avec