Bernis à Montmorin, 10 mars 1790, (AfiF, Etr
clergé, gagne du temps, réunit les cardinaux, qui tous, y compris Bernis, ministre de France, sont d'avis que l'approbation est impossible. Difficulté inextricable, situation singulière, où le roi demande au pape de donner son adhésion à des décrets que le pape le conjure de ne point sanctionner.
La temporisation de Pie VI prouve son embarras sans doute, mais aussi sa sagesse. On avait assez accusé Clément VII d'avoir perdu autrefois l'Angleterre par sa précipitation. La papauté ne voulait point donner prétexte à un pareil reproche. N'était-ce point habileté et prudence chez le souverain pontife, de laisser se dessiner le mouvement de l'opinion en France, de laisser l'épiscopat prendre l'initiative et engager l'avenir par l'Exposition des principes, par le refus du serment ? Cette armée déjà formée pour la défense des droits du Saint-Siège, assurait au pape des troupes fidèles, quand il lui plairait d'en prendre le commandement en chef et de les conduire au combat. D'ailleurs, la temporisation, qui est assez dans les traditions romaines, ne pouvait avoir dans la circonstance que des avantages. « Avec quelle amertume, disait M. de Bausset, n'aurait-on pas reproché au souverain pontife une décision prématurée ! La religion ,1a justice et la prudence, lui prescrivaient un examen réfléchi.... Il avait à craindre d'aigrir par une condamnation prompte et sévère, des esprits exaltés par la passion des nouveautés et par l'ivresse de la puissance. Il pouvait, il devait espérer que le temps, la réflexion et les lumières que de sages et savantes instructions répandaient chaque jour sur ces questions abstraites et difficiles, ramèneraient à des idées plus saines ceux que l'inexpérience^ la bonne foi et l'amour du bien avaient pu séduire et égarer. » Il s'agissait de l'Eglise gallicane « exposée à tous les orages de la plus violente tempête ; » il s'agissait d'un <c empire toujours si cher au Saint-Siège, d'un roi di-
gue de son affection par ses vertus et ses malheurs. » Quelle prudence ne fallait-il point dans de pareilles conjonctures ! Quel malheur irréparable pouvait causer la précipitation ! Et pourquoi urger le dénouement? «Comment ce qui subsistait depuis tant dé siècles, ne pouvait-il pas subsister encore quelques jours ? ^ » On comprenait, jusqu'à un certain point,que l'assemblée nationale s'emparât coup sur coup des biens ecclésiastiques pour faire reculer la « hideuse banqueroute », mais où était le péril pour la France à retarder l'application de la constitution civile du clergé ?
La lenteur du pape s'expliquait donc par les raisons les plus graves. Mais il faudra bien finir par prendre une décision. Pie VI voudrait pacifier. « Jamais pape, ditBernis, n'a été plus porté à la conciliation que celui-ci. » Mais cette bonne volonté a des limites. Les cardinaux déclarent unanimement que le souverain pontife ne saurait adhérer aux lois nouvelles. Bernis lui-même écrit de Rome : « Il est impossible au chef de la religion catholique de donner une approbation quelconque à des décrets destructifs des règles canoniques, et opposés à la discipline universelle, ainsi qu'aux maximes de l'Eglise gallicane ~. » La discipline de l'Eglise universelle compliquait, en effet, singulièrement la situation. Comment, par exemple, renoncer pour notre pays à l'institution des évêques, attribuée désormais aux métropolitains, sans affaiblir, en France, les liens de l'unité avec Rome, sans créer par là même une exception, et donner aux autres pays catholiques la tentation et l'exemple d'une pareille émancipation.
Pendant que le pape réfléchit, les événements se succèdent. Il eût fallu du jour au lendemain improviser un nouveau concordat, prendre les décisions les plus graves.