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Aubert, La Réi'olution française à Digne, p

tous les insignes épiscopaux. Us vont s'asseoir sur la chaire du véritable pontife. Cette criminelle audace inspire à l'évèque de Lescar la plus vive apostrophe. « Quittez, leur crie-t-il, cette mitre que votre front coupable a souillée. Rendez ce livre des Evangiles où vous lisez votre condamnation, en lisant celle des faux prophètes, des larrons, des mercenaires et des voleurs; cet anneau, signe de la chaste alliance d'une Eglise avec son légitime époux, et qui n'est pour vous que l'indice et la conviction d'un adultère spirituel; ce bâton pastoral, symbole de la juridiction d'un vrai pasteur sur le troupeau, et qui dans votre main n'a été que l'étendard de la révolte et un instrument de mort et de péehé ^. »

Les évêques semblent rivaliser d'éloquence pour marquer les intrus d'un stygmate indélébile. L'image du vrai pasteur et du mercenaire, fournie par l'iilvangile, revient fréquemment sous leur plume. « Ah! je le sens à l'émotion qui m'agite, s'écrie l'évèque de Troyes ; oui, je suis leur père et leur premier pasteur; celui qu'on élira ne peut être qu'un scliismatique, un vil mercenaire; il ne connaîtra que les fils de l'étrangère ; ceux de l'épouse légitime n'auront pas de droit sur son cœur; il n'aura jamais pour eux les entrailles d'un père. Je dirai à leurs paroissiens abusés : Voilà ceux qui vous enfantèrent à Jésus-Christ. Ils reçurent les derniers soupirs de vos ancêtres. Leurs cheveux ont blanchi dans la milice sacrée. Leur espoir était de vivre et de mourir avec vous ~. »

Les prêtres fidèles, qui ont seuls le cœur du vrai pas-

1. L'évèque de Lescar ajoute : « J. B. Sanadon, vous avez causé un grand scandale en vous rendant complice d'un grand crime, commis au milieu de nous. Tremblez que, se l'elevant de leur état de dépression, le sacerdoce et l'empire ne réunissent leurs armes pour purger le sanctuaire. »

2. Lettre de l'évèque de Troyes aux électeurs du département de l'Aube, p. 50, 51.

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teur, en ont aussi seuls les droits. « Vous promettrez là paix aux pécheurs repentants, crie M. de Barrai à l'intrus, et il ne recevra pas le sacrement de la paix ; vous annoncerez la rémission des péchés, et les péchés ne seront pas remis.» M. deBourdeilles insiste. On regardera, dit-il h l'envahisseur de son siège, «les mariages célébrés par vous ou sur vos dispenses, comme des concubinages scandaleux, les absolutions données par vous comme autant de sacrilèges, les sacrifices offerts par vous comme autant de profanations qui souillent la terre et appellent la vengeance du ciel. » L'archevêque d'Embrun interdit le chœur de la cathédrale, « de peur qu'il ne soit souillé par des vœux impies. » Il jette « le même interdit sur les autels, de peur qu'ils ne soient profanés i. »

On comprend que les évêques constitutionnels ne fussent point à l'aise avec de tels prélats, forts de leur droit, de leur possession, de l'unité catholique, hérissés d'arguments et d'anathèmes. Ils ne pouvaient guère, dans les conditions où s'était opérée leur promotion, se réclamer de la succession apostolique. Comment lire sans quelque surprise l'en-tête des mandements de Gobel, « ci-devant, par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège apostolique, évêque de Lydda, maintenant, par l'effet de la constitution, la grâce des électeurs et la sentence d'un tribunal, évêque de Paris.» Les intrus ne devaient pas se dissimuler qu'ils avaient manqué gravement, non seulement à l'Eglise mais à l'honneur, en prenant la place d'évêques vivants et légitimes.. Ce reproche atteignait

1. Collée, ecclds., XI,34,182. Mandement de l'évêque de Châlons, p. 45.

Spécialement les vingt curés de l'assemblée nationale qui, après avoir collaboré à la loi portant déchéance des prélats fidèles à leur devoir, s'empressaient de recueillir leurs dépouilles. Ces circonstances ne comportaient point de la part des usurpateurs des attitudes héroïques. Aussi leur correspondance avec les pontifes qu'ils viennent supplanter, nous les montre le plus souvent embarrassés, modestes. Ils ont quelque peine à s'avouer prétendants, successeurs. Rien n'est plus fréquent que de les voir faire l'éloge des prélats réfractaires. Ils vont jusqu'à les conjurer de prêter le serment pour épargner un schisme à l'Eglise, et à eux-mêmes, à leurs remplaçants, le déchirement d'une destitution ou d'une intronisation en quelque sorte forcées.

Philbert, curé de Sedan, élu à l'évêché des Ardennes, écrit à l'archevêque de Reims : « Je ne peux penser sans frémir que vous me regarderiez comme un intrus, un usurpateur^ un schismatique. » Croyez-bien que ma conduite n'est inspirée que par le désir de « prévenir des maux incalculables. » Mais le véritable adversaire de l'archevêque de Reims était l'abbé Diot, curé de Vendresse, nommé à l'évêché du département de la Marne et par suite au siège de Reims. La lettre de l'usurpateur respire le sentiment des dangers que court l'Eglise, une sincère vénération pour son ancien archevêque, et aussi un peu de confusion de prendre sa place. Il semble que lui, simple curé, appelé tout à coup à l'épiscopat par le suffrage populaire, éprouve quelque terreur à se mesurer avec Alexandre- Angélique de Ta.Ueyrand-Périgord, archevêque de Reims, légat du Saint-Siège, primat de la Gaule belgique, naguère encore premier pair de France et consécrateur des rois. « Ah! Monsieur, dit le curé de Vendresse à M. de Talleyrand-Périgord, au lieu d'avoir écrit à l'assemblée des électeurs, que ne paraissiez-vous tout à coup au milieu d'eux! Que ne veniez-

VOUS recueillir dans tous les yeux, augmenter dans tous les cœurs, ce grand intérêt, cette impression de douleur qui avaient excité mes sanglots, et qu'y laissent encore le souvenir de vos vertus et le regret de votre perte ! Je connais la sensibilité de votre âme. Non, jamais elle n'eût résisté h une impulsion aussi forte. Le scrupule cédait au sentiment ; la tendresse de vos diocésains vous arrachait le fameux serment. Leur enthousiasme vous replaçait sur le siège de Reims. Vous étiez proclamé par la voix générale comme le furent autrefois les Chrysostome, les Ambroise et les Augustin; et j'avais le bonheur inestimable d'avoir rendu à la France un de ses plus excellents évêques, et h son troupeau le meilleur des pasteurs. » Le curé de Vendressé expose ensuite à M. de Talleyrand quel heureux retentissement aurait eu une pareille conduite *.

L'archevêque de Reims répondit à cette curieuse lettre que, « par caractère et par conviction >, il était prêt h rendre à César ce qui est à César, mais qu'il devait aussi rendre à Dieii ce qui est à Dieu. Il ajoutait : c II y a deux ans, avant la convocation des Etats généraux, vous n'auriez pu. Monsieur, publier ces sentiments, sans voir s'é-

1. «Votre exemple, dit-il, fait pour entraîner tout ce que le royaume a de plus sage et de plus éclairé, devenait décisif pour tous les pasteurs du premier et du second ordre.- Tous rentraient en foule sous vos pas dans la soumission aux lois du souverain, et quel tinomphe aux jeux- de la vérité approche de la pompe d'un tel cortège. Une gloire si pure, si chrétienne, pourrait-elle ne pas vous toucher. Mettriez-vous en parallèle quelques droits litigieux, quelques prétentions douteuses, et de nulle conséquence, surtout quand la sagesse de nos législateurs a respecté la sainte obscurité de nos mystères, la pureté divine de notre morale, l'antiquité mémorable de nos cérémonies, et cette partie de la discipline qui est essentielle à la conservation de l'Eglise et au salut des fidèles. L'essentiel, en ce moment, est de sauver le vaisseau de l'Eglise à quelque prix que ce soit, ^auf à radouber pendant le calme ses moindres jsarties que la tempête pourrait avoir légèrement endommagées. Rendez-vous donc, Monsieur, à nos désirs, à nos regrets, et j'ose dire à votre devoir d'évéque citoyen. Couronnez par cette grande œuvre tout le bien que vous avez fait jusqu'à présent. »

lever contre vous vos supérieurs, vos confrères, tout le diocèse, toute l'Eglise de France; et vous les annoncez, et vous les défendez avec sécurité! L'Eglise a-t-elle donc une foi de chaque jour^ ?»

Tous les prétendants n'ont point à l'égard des évêques légitimes les égards, le respect, que les curés de Sedan et de Vendresse, viennent de montrer à M. de Talleyrand- Périgord. Ce langage de paix, ce désir de conciliation se perdaient souvent dans les ardeurs de la lutte, au milieu des cris de guerre et du croisement des analhèmes. C'est d'un ton gouailleur que Lalande, évèque constitutionnel de la Meurllie, répondait aux remontrances et aux condamnations de M. de La Fare, évêque de Nancy ~. Un vicaire épiscopalde Grenoble, réfutant le mandement de Mgr d'Aviau, se disait stupéfait qu'un prélat, naguère renommé par sa modération et sa sagesse, pût se laisser entraîner par la passion jusqu'à appeler son successeur « un simulacre de pasteur, un mercenaire, un prêtre malheureux, qui a acheté par le parjure, par un sacrilège serment, et le droit affreux d'exercer parmi nous un ministère de mort, et un titre à l'exécration de son siècle et des siècles à venir '^. »

1. Lettre de l'abbé Diot, curé de Vendresse, à l'archevêque de Reims, 28 mars 1791. — Réponse de l'archevêque de JEleims, 5 avril 1791.

2. « Si l'on en croit M. de La Fare, écrivait Lalande, tout est perdu en France ; l'impiété est à son comble, la religion est l'enverséc, parce qu'il n'y aura plus de chanoines richement payés, parce que les évêques n'auront plus d'appareil fastueux, parce que pour devenir curé, il faudra réunir les suffrages du peuple, parce que l'assemblée nationale a rétabli l'homme dans ses droits pi'imitifs, parce que tous les hommes sont égaux aux yeux de la loi, parce qu'il n'y aura plus de castes privilégiées qui écrasent la partie la plus nombreuse de la nation, parce qu'enfin il n'y aura plus parmi nous d'autre autorité que celle de la loi, d'autre intérêt que celui du bien public, d'autre distinction que celle des talents et des vertus. Il faut en convenir, voilà bien une mauvaise législation, qui méi'ite tous les anathèmes d'un grand évêque, tel que La Fare. » Abbé Guillaume, Histoire du diocèse de Tout et de celui de Nancy, t. V, p. 149. La polémique de Lalande pouvait être de bonne guerre, mais il ne traitait pas la question.

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