‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 243 sur 354 · Barruel, op. cit · texte numérisé non relu

Barruel, op. cit

2. Public Advertiset, septembre ijga. — : Chateaubriand, Mémoires d'oiitre-tombe.

3. On lisait, par exemple, dans le Public Adversiter du 19 septembre 1792 : « L'évèque d' A vranches,* poursuivi par le populaire à Avranches, poursuivi à Rouen, à Dieppe, a été bien heureux en arrivant là nuit dernière. A peine était-il en mer que ses persécuteurs qui le poursuivaient arrivaient sur le rivage. »

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noble figuré d'un prélat qui a su acqnéinr dans cette œuvre une impérissable gloire i. Nous voulons parler . de M, de La Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon. Ses vertus, sa distinction, son grand air, sa naissance, les circonstances dramatiques du départ et de la navigation qui le firent aborder, le premier de tous les prélats français, en Angleterre, lui valurent rapidement dans ce pays une notoriété et une autorité extraordinaires. Il y avait dans sa figure, dans sa vie, un rayonnement de sainteté qui augmentait son prestige. M'"^ de Montagu le trouva logé à Londres « dans une misérable chambre où il n'y avait qu'un grabat, une table, une chaise et un crucifix 2 ». Ce prélat bénéficiait, d'ailleurs, ainsi que ses collègues, du prestige séculaire que l'ancienne France, en particulier son illustre et noble épiscopat, avait concpiis chez les nations étrangères, de la sympathique admiration dont le grand orateur Burke s'était fait, dans ses écrits et à la tribune parlementaire, l'éloquent interprète.

1. Burke écrivait de l'évêque de Léon à M. de Boisgelin, en juillet 1791 : « Si je puis juger de lui dans le peu de temps que je l'ai vu, c'est un des hommes les plus estimables et les plus aimables. Il a été reçu ici par notre haut clergé, et par beaucoup d'autres, non assurément selon son rang et son mérite, mais avec une attention pour l'un et pour l'autre, dont, par un effet de • sa bienveillance naturelle, il a paru content. » M. de Boisgelin répondit au sujet de M. de La Marche : « Je ne puis vous dire assez combien nous avons été sensibles aux témoignages d'intérêt que le clergé d'Angleterre à marqués pour un de nos plus vertueux et plus respectables prélats. Vous avez aussi bien connu son caractère dans la société que ses principes et son courage ; et tels sont les regrets de son diocèse, qu'on regarde son éloignement comme une calamité publique. » Ces lettres sont reproduites par Theiner, op. cit., I, 33i-336. — Bûrke associe Boisgelin à La Marche dans ses éloges. Il vante ses ouvrages qui sont, dit-il, « d'un grand homme d'État et d'un homme versé dans la science de l'administration. La proscription d'hommes semblables est propre à couvrir un peuple d'un blâme éternel. Conservez, Monsieur, le courage que vous avez montré. Soyez assuré que, quoique le monde soit peu digne de vous et de vos collègues, nous ne soùimes généralement pas insensibles à l'honneur que vous laites à notre commune nature. »

2. Anne de Noailles, marquise de Montagu, 1890, i vol. in-12, p. 62. — Ce fut heureux que M. de la Ma.rche organisait un comité pour recevoir les prêtres à leur arrivée. Plusieurs, découragés à leur débarquement par les exigences de la douane, pai" la difficulté de se faire entendre, par la crainte de ce climat, s'étaient dirigés ailleurs. Le cardinal de La RocheiToucauld n'avait fait que toucher terre à Douvres.

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Fort de tous ces avantages, M. de La Marche accomplit des prodiges. Le jour même où il reçoit la nouvelle des lois de déportation et de l'arrivée prochaine des exilés, il devait être présenté au roi et à la cour. Il renonce à cet honneuret se rend à Londi^es. Là, tout entier a son œuvre d'assistance, on le verra recevoir avec effusion les prêtres, les inscrire sur les registres de secoiu-s, provoquer la formation de comités, l'organisation de cjuêtes, de souscriptions publiques, correspondi^e avec les évêques anglicans, avecPitt, avec le roi lui-même, stimuler sans cesse la générosité de la nation en lui montrant la marée toujours grossissante de naufragés, se faire, enfin, l'interprète autorisé de la reconnaissance de tous les exilés par des lettres touchantes et dignes, qui sont lues avec empressement et respect dans les- universités et les églises protestantes d'Angleterre,

Il ne fallait pas moins que cette impulsion d'un homme prédestiné pour élcA'^er les secours à la hauteur de tous les besoins. On avait vu trois courants d.'émigration vers l'Angleterre : le j)remier, en 1792, à la suite des lois de déportation; le second, en 1794 et 1796, quand la guerre ou l'invasion des Français dans les Pays-Bas, la Suisse, l'Allemagne, l'Espagne; poussèrent vers l'Angleterre des milliers de fuyards que Georges III avait recueillis sur ses vaisseaux; le troisième, après la révolution de Fructidor. Le second courant s'était encore grossi de prêtres réfugiés dans les îles anglo-normandes et que la guerre avec la France fit refluer dans la grande île. Jersey en aA^ait compté plus de trois mille. Pour les y recevoir, on avait loué de grands locaux, où étaient étendus dés matelas, et qui servaient de dortoirs. Leur maigre pitance leur était

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préparée chez une noble dame, la marquise de La Ferronière, et, chaque jour, vers niidi, on pouvait voir sortir de cette maison hospitalière une énorme chaudière portée par de pauvres faméliques jusqu'à leur demeure commune. Les secom^s venus de Londres permirent d'améliorer ce misérable régime. L'évêque de Tréguier, M. Le Mintier, réfugié à Jersey avec l'évêque de Bayeux, avait joué à Saint-Hélier le même rôle que M. de La Marche en Angleterre. Les quatre ou cinq ans passés à Jersey furent pour les réfugiés relativement heureux et tranquilles. Lorsqu'on 1796 le gouvernement britannique décida de les retirer pour les transporter en Angleterre, nos prêtres regrettèrent ce départ autant qu'ils fm'ent regrettés. « Jamais, dit l'un d'eux, l'abbé Fleury, les Français ne nous ont autant pleures que les insulaires nous pleurèrent. J'aimais infiniment ce séjour agréable. » L'évêque de Bayeux, M. de Gheylus, retenu dans l'île par son âge et ses infirmités, allait y mourir et y trouver sa sépulture en 1797 I.

Voilà maintenant, en Angleterre, les prêtres, les évêques arrivés de Jersey, élevant par leur présence le chiffre des réfugiés à plus de 10,000, parmi lesquels 8,000 environ sont assistés 2. Malgré ce nombre, le comité fut à même, par ses ressources, de verser à chaque exilé ecclésiastique environ 2 guinées, soit 5o francs par mois. La plupart des évêques étaient inscrits sur les listes de secours et recevaient 10 guinées, soit aSo francs par mois. La Bretagne avait fourni à l'émigration en Angleterre les

1. Vie de l'abbé Carron, par un Bénédictin de France, 1866, in-i», t. II, p. 9-10. — Les Familles françaises à Jersey pendant la Réeolatiqn, par le comte Régis de l'Estourdeillon, 1886, in-S". — "SI. de Hercé, évêque de Dol, M. ïalaru de Chalmazel, évêque de Coutances, passèrent aussi à Jersey. — Cf. G h. Robert, Urbain de Hercé, dernier évêque de Dol, 1890, in-8°, p. 345-391. -

2. « On peut, sans crainte d'exagération, porter à dix ou onze mille, peutêtre davantage, le nombre des ecclésiastiques français » reçus en Angleterre. (Bastox, op. wY., II, 14,)

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évêques de Léon, de Dol, de Tréguier, de Yaimes et de Nantes ; la Normandie, les évêques de Bayeux, de Gôutances, d'Avranches et de Séez; la Picardie, les évêques d'Arras et de Noyon; le Centre, l'archevêque de Bourges, l'évêque nommé de Moulins, les évêques de Limoges et de Rodeiz ; l'Ouest, l'archevêque de Bordeaux, les évêques d'Angoulême et de Périgueux; l'Est, les évêques de Troyes et de Dijon; le Midi enfin, les archevêques de Toulouse, Narbonne, Aix ; les évêques de Lescar, Lombez, Gondôm, Gomminges, Saint-Pons, Uzès, Montpellier, Toulon.

Plusieurs de ces prélats ne firent qu'y passer, d'autres n'eurent recours qu'à la dernière extrémité à la générosité anglaise. Ghateaubriand a raconté, dans ses Mémoires d'outre-tombe, comment, arrivé au bout de ses ressom'ces, décidé par fierté à ne point accepter « le shilling aumône par jour aux émigrés », il s'était débattu avec son ami Hingant, conseiller au Parlement de Bretagne, contre les étreintes de la faim. « Le sommeil, dit-il, m'avait fui ; je suçais des morceaux de linge que je trempais dans de l'eau; je mâchais de l'herbe et du papier. Souvent je passais devant des boutiques de boulangers, mon tourment était horrible. »Gé jeûne prolongé produisit chez ces deux réfractaires à l'assistance une sorte d'hallucination, qui faillit pousser Hingant au suicide, /^o écus envoyés par l'oncle Bédé à Ghateaubipiand furent un petit soulagement à sa misère, et lui permirent de vivre quelque temps dans une mansardé.

Les évêques, qui n'avaient pas d'oncle Bédé et auxquels leur grandem' ne permettait point peut-être d'entrer dans une mansarde, durent accepter la pension du comité anglais. Oh! ils le fii'entàla dernière extrémité. Nous avons le nom de ceux qui cèdent à cette cruelle nécessité et la date de leur capitulation. Jusqu'en novembre 1794, quatre prélats seulement ont été assistés. Les trois nouveaux qu'il faut y ajouter à cette date élèvent le chiffre à sept.

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M. de La Marche, qui donne ces noms en y comprenant le sien, annonce que trois archevêques et cinq évêques viendront bientôt grossir cette liste^ De fait,.trois mois après, le 26 février 1796, une demande de secours est adi'essée au comité pom' l'archevêque d'Àix, pom* les évêques de Coutances et d'Uzès i. La plupart des prélats réfugiés en Angleterre se verront forcés par la durée même de la Révolution « de manger le pain de l'étranger ». Il faudrait faire une exception pour Dillon, archevêque dé Narboniie, que Grégoire nous présente comme ayant placé des fonds dans ime banque anglaise, et donnant « chez lui périodiquement des dîners d'évêques 2 ».

Le clergé réfugié eut à cœur d'alléger par son travail la charge de son entretien en Angleterre. Mais quel labeur demander à des hommes dont les uns étaient fatigués, vieillis, dont les autres n'avaient appris qu'à prier, prêcher, administrer les sacrements, gouverner une paroisse, autant de capacités qui ne pouvaient leur donner du pain, qui n'avaient guère leur emploi à l'étranger.

On a souvent raconté comment, pendant l'émigration, les plus grandes dames de France trouvèrent dans leurs doigts, dans leurs talents divers, dans les métiers même, le moyen dé se procurer quelques revenus au milieu dés

1. M. de la Marche disait, le 20 novembre 1794, dans une lettre au comité : « Jusque-là je n'avais eu à pourvoir qu'à la subsistance de quatre évêques ; aujourd'hui, il va s'en trouver neuf ou dix forcés d'âvbir récours aux bienfaits du gouvernement. Les évêques qui manquent aujourd'hui de moyens personnels de subsistance sont : MM. de Qeylus, de Hercé, d'Albignac, Le Mintier, de Barrai, Grimaldi, de la Marche. Il y a de plus, en Angleterre, trois archevêques et cinq évêques qui ne sont pas à l'abri d'éprouver bientôt des besoins^ et l'on annonce l'arrivée ide quelques autres prélats A-enant dé La Haye dont les ressources personnelles sont presque épuisées. » (British Mus. Minutes of commîttee of sàbscribers for the relief of the french clergy, 3 vol. in-4°, ijga-ijge.) Les simples prêtres éprouvaient la même répugnance que les éA-êques à recourir au comité de secours. L'abbé Gaudemetz, curé de Normaiidie, obligé de le faire, en i794j par l'épuisement de ses ressources, écrit dans son journal : «Il m'a fallu sauter le pas... Le. démon de l'orgueil a trouvé quelque chose d'humilîant dans cette démarche. »

2. Mémoires de Grégoire, publiés par H. Carnot, iSSg, 2 vol. in-S», t. II, p. 25j.

détrèsseS; de l'exil. La duchesse de Lorges ourlait des chemises et bordait des souliers. La marquise de Virieii était couturière, la marquise de Jimiillac lingère, la comtesse de Périgord institutrice, la duchesse de Guiche garde-malade, M"* de Montmorency porteuse d'eau. La marquise de Ghabannes dirigeait à Londres une école, et la comtesse de Boisgelin donnait des leçons de piano. La comtesse de Neuilly tenait à Hamboiu-g un magasin de modes, de linge et de parfumerie. Sa fille faisait des bagues en crin^ brodait sur rubans poiu" des ceintures, tressait dés boiu'ses de perles et de filet. Les. gentilshommes s'efibrçaient aussi de gagner leur vie. Un la Vieuville est commissionnaire à Erlany, un Mailly typographe. M. de Vassé fonde à Minden une teinturerie, avec M. et M""^ de Génoulliac et leur femme de chambre. Le comté de Gaumoht est relieur, et M»"^ de Gontaut peint des boîtes. « Les compagnons de Chateaubriand à Londres avaient tous, dit-il, des occupations. Les uns s'étaient mis dans le commerce du charbon, les autres faisaient des chapeaux de paille, d'autres enseignaient le français ^. » •

Le clergé ne va-t-il point se mettre à l'œuvre, se souvenant de l'exemple donné par saint Paul? La nécessité fait tomber tous les scrupules. À Londres, un très grand nombre de prêti*es vivent de leur talent ou de leur industrie. Ils sont précepteurs dans les académies ou pensionnats, professeurs de français, de latin, demathématiqiiesj de dessin, de musique ; d'autres nous sont signalés comme écrivains, facteurs ou employés dans les maisons de commercé ; d'autres exercent un métier manuel et sont, écrit M. Baston, « tailleurs, brodeurs, horlogers, cordonniers, ■chapeliers, commis dans les magasins ou même ouvriers

I. Dix ans de la vie d'une femme pendant la Révolution : Adélaïde de Kejean, marquise de Falaiseau, par le vicomte de Broc, iSgS, m-8°. — Mémoires d'outre-tombe.

dans lescliamps ^ ». M. Leleu, curé de Grugny, confectionnait des matelas à la française qu'il vendait 5o francs chacun. Les chaussons fourrés et les galoches qu'il fabriquait pour l'hiver eurentleplus grand succès. L'abbé deMaussac» grand vicaire de Rouen, eut l'idée étrange de se constituer courtier en logements garnis. L'abbé d'Epinay avait des goûts plus raffinés. Il employa ses talents à façonner des éA'^entails, colliers, bracelets. Son confrère, l'abbé Gaudemetz, le raillait sur cette occupation et lui rappelait que saint Paul s'était montré moins mondain en faisant des. tentes. Pour réduire les frais, nos prêtres payaient de leur personne dans les services les plus humbles. Huit d'entre eux, réunis à Londres dans une même maison, faisaient la cuisine à tour de rôle. L'abbé Gaudemetz nous vante ses talents pour le pot-au-feu. 11 ne lui arriva qu'une seule fois, dit-il, « de mettre dans la marmite tant d'herbes et d'aromates que c'était moins une soupe qu'un julep de pharmacie. Il faut bien payer son apprentissage. »

Une trentaine d'ecclésiastiques avaient pris à bail une grande propriété dans l'île de Jersey; d'autres faisaient de la culture dans le Dorsetshire. On en rit d'abord, puis on admira,

Le centre industriel le plus important fut le château royal de Winchester, éloigné de 63 milles de Londres, et que le gouvernement avait mis à la disposition du clergé français vers la fin de 1798. Il abrita jusqu'à sept cents prêtres qui y vivaient en commun avec la règle et la régularité d'un grand séminaire. Le régiment de lord Buckingham, cantonné dans les environs, noua avec eux les relations les plus affectueuses. Les Mémoires de l'abbé Baston nous présentent le noble lord donnant des livres,

I. En septembre 1792, quatre mille prêtres étaient à Londres à la charge de la souscription. Il faut ajouter : 1° les ecclésiastiques non portés à la souscription comme aj'ant des ressources pécuniaires ; 2° ceux qui étaient recueillis dans la maison comme commensaux; S" ceux qui vivaient de leurs talents et de leur industrie.

des bancs de jardin, des instruments de jardinage, une brasserie pour la bière et deux mille aunes de flanelle pour gilets de santé. Sa femme, la généreuse marquise de Buckinghain, peuple la basse-cour de volailles, envoie pour les infirmes des fauteuils à roulettes, visite ellemême plusieurs fois par jour les malades. Les vendredis, elle accapare pour, les hôtes du château tout ce qui paraît de poisson frais au marché. Elle fournit dés outils à ceux qui veulent s'occuper d'horlogerie, des crayons aux peintres et aux dessinateurs ; elle fait établir des ateliers de broderie, tapisserie, filet, et fournit non seulement les matériaux et les instruments, mais les maîtres. Elle achète ensuite très cher les objets confectionnés. A peine les ateliers de tricot étaient-ils en activité que lord Buckingham commandait six cents paires de gants pour son régiment. Ces petits profits permettaietit aux exilés de renouveler leurs livres, leur linge, leurs vêtements, de se payer du tabac à priser et ces menues dépenses qui sont l'agrément de l'existence i.

Par de tels.bienfaits, la marquise de Buckingham méritait les bénédictions et la reconnaissance éternelle du clergé finançais. Plus profondément encore se gravait dans le cœm" des réfugiés le nom de M™« Dorothée Silbum, l'ouvrière de la première heure, la coadjutrice de M^"" de La Marche, Faisant de sa maison le biu'eau central d'inscriptions et de demandes, elle consacra sa fortune, son temps, ses forces, au service des proscrits. Les prêtres l'appelaient, dans leur langage biblique, la pieuse Sulà-

1. Mémoires de Vabbé Boston. La maison de Forton, ouverte en octobre Ï392, dans un village situé sur les bords de la JManche, abrita jusqu'à 236 prêtre^ arrivés des diocèses de Normandie.

mite et levaient leurs mains au ciel en prononçant son nom. Elle devait mourir pauvi'e, ruinée par ses charités, et, sur la fin de sa vie, trouver sur la terre de France, elle, la bienfaitrice des Français, dans un coin de la Bretagne, à Roscoff, un refuge et un tombeau où des générations sont venues depuis verser des prières et des larmes.

A de telles mémoires associons avant tout, parmi les Jiommes, le grand nom de Burke. Fils, frère, oncle de femmes catholiques, leurs vertus, leur esprit, leur tendresse, avaient ouvert son âme à l'intelligence et à l'amour d'une religion qu.i n'était pas la sienne. Venu en France avant 1789, il avait noué des relations intimes avec le haut clergé de France et conçu pour lui cette admiration dont il a laissé l'écho dans ses ouvrages^, admiration que devaient partager, dans notre siècle, un Tocque ville, un Taine, tous ceux qui ont essayé de retrouver la figure de ce grand corps disparu à travers les documents inanimés de l'histoire. Avec quelle puissance le grand orateur plaida à la tribune du Parlement britannique, dans les comités, dans la presse, la cause du clergé réfugié ! L'ironie du sort voulut que M. de Gicé, évêque d'Auxerre, celui-là même à qui Burke avait confié son fils unique pour son éducation en France, fût poussé par l'éinigration siir les rivages de l'Angleterre. Burke aurait voulu être plus riche pour prouver sa reconnaissance au prélat malheureux 2.

Lui-même eut l'amertume de voir mourir, à trente-cinq ans, son fils déjà député au Pai'lement et sur lequel il fondait tant d'espérances. Pour tromper sa douleur, en souvenir des années que cet enfant bien-aimé avait passées en France, il fonda à Penn une école pour les orphelins

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