‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 272 sur 354 · ET VŒUX POUR X ETRANGER I · texte numérisé non relu

ET VŒUX POUR X ETRANGER I

nies que ceux que l'on commet contre la foi...? Tant qu'on a pu espérer qu'on n'en viendrait pas aux derniers excès contre l'Eglise et contre le trône, il convenait de garder des ménagements ; mais quels nouveaux malheurs nous reste-t-il à craindre ? Pourquoi nous taire quand on à tout détruit?. . . Il faut qu'on sache que de vrais chrétiens ne peuvent approuver une usurpation de quelque genre qu'elle soit. )) M. de Talléyrand-Périgord, archevêque de Reims, est très sévère pom' Louis XVI qui s'est laissé confisquer par la Révolution. «Au milieu de cette dissolution universelle, écrit-il, notre malheureux maître joue son rôle accoutumé, celui de la nullité. De roi tout-puissant qu'il était, il est devenu le docile instrument des brigands philosophes, et le jour où ils voudront qii'il signe l'arrêt de mort de tous^ les honnêtes gens de son royaume qui lui sont restés fidèles, il le signera. » Le prélat ajoute qu'il vient de publier un écrit contre « la souveraineté des nations. Je doute, dit-il, qu'on puisse répondre à mes raisons. J'ai fait passer ce petit ouvrage daiis presque toutes les cours ^. » De Maëstricht, l'évêque de Béziers,

persécution n'ont rendu que trop illusoire. » Collect. eccL, XII, i33. — Les mandements des évêques publiés à cette époque parlent assez fréquemment du roi. « Jamais, dit l'évêque de Verdun, le roi n'aura de sujet plus lidèle, jamais la patrie de citoyen plus dévoué que moi. Je m'arrête... Mon cœur s'attendrit en prononçant ces mots sacrés de roi et de patrie, et les larmes coulent de mes yeux. » L'évêque de Bayeux s'écrie : « Mon roi, pour qui je donnerais ma vie. » L'évêque de Vence dit : « Infidèle à son I)ieu, on l'est bientôt à son roi... Retournez à votre Dieu, à votre roi dont l'excessive bonté, méconnue, outragée, subjuguée depuis près de deux • années, n'a servi aux méchants qu'à ourdir la trame de leurs complots. » Pour ces manifestations royalistes de l'épiscopat, voir Collect. ecclés., I, 45o; II, 541, 542; III, 94, 104, 324, 338, 52o, 534, 47»; IX, 94, 112, 127, i5o, 258, 2:0, 271, 329, 359, 448 ; X, 160 ; XII, 223 ; XIII, i33, 526 ; XIV, 144. L'évêque de La Rochelle, M. de Coucy, dix mois après l'exécution de Louis XVI, dans la signature d'un mandement, fait suivre son nom de sa qualité de «conseiller du roi en tous ses conseils ». M. de Bernis, coadjuteur du cardinal-archevêque d'Albi, vient d'hériter de son siège à la mort de son oncle. Il voudrait offrir à M. Boyer d'Anti deS lettres de grand vicaire, « mais je né puis, lui écrit-il de Rome, les expédier qu'après avoir prêté mon serment de fidélité j>. ,

I. Il traite les assignats de « torche c... ». Lettre inédite de l'archevêque de Reims, datée d'Aix-la-Chapelle, i3 décembre 1791. — L'évêque de l>ax parle (Zoc. cit., p. 119) du « discours très bête de notre Sire ».

M. de Nicolaî, stigmatise « l'infernale Révolution ^ ». Les événements se chargent d'augmenter tous les jours chez les émigrés l'horreur de la Révolution avec les regrets de la Monarchie. On devine la stupéfaction, l'horreur et l'épouvante, que devaient exciter dans leur âme les nouvelles de France, les tragédies sanglantes qui se succèdent de 1792 à 1794- L'évêque de Castres, M. de Roy ère, écrit de Vich que ces catastrophes lui annoncent « la fin du monde ». Il croit voir dans les attentats de la Révolution C( la persécution prédite par un saint et célèbre auteur du xi^ siècle, après laquelle il n'y aura plus que celle de l'Antéchrist ». L'évêque de La Rochelle décrit dans une page éloquente son dégoût pour une France déshonorée par tant de crimes. Il pense, en plein règne de Robespierre, que son retour dans la patrie est proche, et alors il envoie de Guadalaxara, le i®"" novembre 1798, une «lettre pastorale pour préparer son clergé à reprendre son ministère ». — « S'il fut un temps. Nos Très Chers Frères, écrit M. de Coucy, où elle pouvait encore avoir des charmes pour nous, cette patrie qui nous a chassés de son sein et dépouillés des droits les plus sacrés ; s'il fut un temps où nous pouvions encore espérer de revoir , avec joie cette terre qui nous a vus naître, c'était sans doute avant qu'elle fût arrosée ou plutôt inondée de tant de sang, et qu'elle eût produit tant de forfaits. Aujourd'hui l'horreur que la France nous a inspirée semble avoir étouffé jusqu'au sentiment naturel qui nous y attachait ; et l'idée d'y rentrer ne nous frappe que par le spectacle douloureux sur lequel

I. Au-delà de la frontière, les simples prêtres ont, comme les évêques, plus de liberté de langage. L'abbé Traizet, ancien curé d'Ormois, s'était vu obligé de lire dans son église pendant trois longues heures un factum sur la prise de la Bastille. Les meneurs le forcèrent d'endosser l'ornement rouge pour la messe du 14 juillet. Arrivé à Tournai, dans son exil, il se « défait de ce qu'on appelait la cocarde nationale ». Des enfants la ramassent. Étonnés de trouver des prêtres dans des hommes déguenillés, ils leur font la conduite en criant: Vive le roi! et s'apitoyent sur leur infortune. — Fabregat, Vie de Mgr Nicolaî (Bulletin de la Société archéologique de Béziers, 2= série, t.X). — Traizet, op. cit., p. 19.

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elle nous force de fixer nos regards. A chaque pas que nous y ferons, nous marcherons sur des cendres, des ruines et des cadavres. Partout où nous porterons nos regards, nous rencontrerons des sujets de larmes, d'amertume et de deuil ; ici des temples détruits, des autels brisés, les tombeaux violés, les monuments abattus, les statues de nos saints, les croix renversées ; ici des familles entières victimes de l'oppression et de l'indigence; là des villes ravagées par le fer et par le feu ; ici des martyrs de tout âge, de tout sexe, de toute condition ; là le sang du meilleur des rois fumant encore ; partout les effets déplorables de la révolte et de la séduction, du schisme et de l'hérésie, de l'impiété et de la fausse et abominable philosophie du siècle, enfin toute la France couverte du crêpe funèbre et devenue comme le tombeau de ses habitants. » Il y a longtemps que de loin nous frémissons « d'entendre le fracas horrible de notre patrie qui s'écroule, et des volcans qui vomissent sur sa surface un déluge de maux, et ce n'est qu'en tremblant que nous songeons à nous en rapprocher. Le mal n'aura-t-il pas encore été plus grand que nous ne l'avons imaginé? et quelle douleur poiu' nous d'aller compter et reconnaître les têtes, soit innocentes, soit coupables, qui en auront été les victimes ! »

On voit que les événements de la Révolution, les crimes, les catastrophes inouïes, dont la nouvelle leur est apportée au loin par les échos de la renommée, bouleversent les exilés. Lorsqu'ils sont un peu revenus de la stupéfaction que leur a causée ainsi qu'à toute l'Europe l'exécution de Louis XVI, leur premier soin est d'adresser à son frère, avec le cri de leur douleur, l'assurance de leur entier dévouement. Le cardinal de Montmorency i eut même la

. T. « La déclaration de Monsieur, qui prend la régence, étant arrivée, 1 archevêque de Tours me l'apporta le soir. Le cardinal de Montmorency, qui est chargé de la notifier aux Français, voulut les assembler dans nne cour et la leur lire. On lui a représenté que les Français n'étant pas ICI de droit mais de fait, puisqu'il y a un ordre de les renvoyer, cela serait

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pensée de faire jurer par tous lés évêques présents à. Dusseldorf fidélité au régent. Ceux-ci protestèrent que ce n'était pas l'usage. Tel autre prélat, comme l'archevêque d'Embrun, tint néanmoins à envoyer du fond de la Suisse un hommage accompagné d'un serment solennel ^. Du couvent de Montserrat en Espagne, l'archevêque d'Auch, les évêques de Lavaur et de Tarbes protestèrent à la fois de leur douleur et de leur obéissance.

Le clergé émigré ne se contenta pas de tonner contre la Révolution et de donner en toute circonstance des gages de son royalisme. Il se laissa entraîner à faire des vœux pour les nations étrangères qui attaquaient notre pays.

imprudent. Il voulait aussi faire prêter un serment. Tous les évêques s'y sont opposés. Jamais, même au sacre, on n'en prête individuellement; tout Français naît sujet. Il y a déjà des partis en France. Les uns approuvent la régence de Monsieur ; d'autres rappellent les droits de la reine. » [Le Comte de Fersen et la Cour de France, 1878, 2 vol. in-S», t. II, p. 62. Dusserdoff, 3 février ijgS.) — Ibid., p. 61, 27 janvier ijgS, Fersen écrit : « Reçu le soir à 10 h. et demie de l'archevêque de Tours les tristes détails de la mort du roi. Quoique j'y fusse préparé, la certitude d'un si afiû'eux attentat renouvela toutes mes douleurs^ les souvenirs les plus déchirants se présentaient à mon imagination. » L'évêque de Luçon, dans ane lettre du i" juin 1793, parle d'un parti qui « voulait sauver la reine et la déclarer régente ». Lui est pour Monsieur.

I. « Monseigneur, les A'éritables François sont abîmés dans la plus profonde douleur, et c'est avec des larmes de sang qu'ils pleurent la mort de leur roi. 11 nous étoit donc réservé de voir notre malheureuse patrie mettre le comble à ses forfaits en consommant le plus horrible des parricides. La France n'est plus aux yeux de l'univers qu'un objet d'opprobre et d'effroi. C'est vous. Monseigneur, que la Providence a choisi pour faire cesser nos malheurs.-La Religion en deuil, la justice opprimée, l'humanité dégradée, déshonorée, trahie, attendent un libérateur et un vengeur, et l'homme vertueux espère tout de vos vertus. Permettez-moi de renouveler entre les mains de Votre Altesse les promesses que j'avois déjà faites au Monarque infortuné, qui cause aujourd'hui nos regrets et nos larmes. Oui, je jure de maintenir de toutes mes forces, dans tous les temps et dans toutes les circonstances, les droits du Trône et de l'Autel. Ce serment est digne d'un chrétien et d'un sujet lidèle. Ceux qu'ont ordonnés nos Assemblées de brigands ne peuvent se prêter que dans l'enler. » L'archevêque-prince d'Embrun. Lausanne, 26 février 1793. Archives aif. étr., loc.cit., vol. 588, pièce 42. — La lettre des évêques réfugiés à Montserrat est conçue en termes aussi chaleureux. Ibid., pièce 40-

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Nous savons que Louis XVI, que la reine, poussés à bout par les exigences, par les entreprises de la Constituante contre le pouvoir royal, en étaient venus, après la constitution civile du clergé, à un malheureux pessimisme, le roi signant aveuglément tous les décrets qu'on lui présent tait, sous prétexte qu'il manquait de liberté, et plaçant désormais toute son espérance dans l'intervention de l'étranger i. Quelle tentation pour les évêques exilés, qui mettaient le bonheur de la religion et de la patrie dans le maintien, dans la restauration de la royauté, de faire des souhaits pour la coalition qui devait, soit déKvrer Louis XVI, soit rouvrir aux descendants de saint Louis et à eux-mêmes les portes de la patrie! La correspondance dé ces prélats ne permet pas de douter que les vœux, que le cœur de la plupart, n'aient été avec les armées du dehors, avec la Vendée, contre les troupes républicaines. L'évêque de Saint-Claude parle de Isifuribonda nazione ; l'archevêque de Cambrai, prince de Rohan, des « féroces Français » ; l'évêque du Puy, des « brigands français ». Ce dernier écrit le i5 octobre 1792 : « On a lieu d'espérer de bonnes nouvelles des armées combinées ; les Prussiens et les Espagnols se font un peu attendre. » Déjà, une année auparavant, l'évêque de Noyon, M. de Grimaldi, transmettait au cardinal secrétaire d'État une lettre datée de Paris, où on lisait : « L'opinion qui paraît la plus sage fixe le terme de notre délivrance et de l'abominable tyi'annie qui pèse sur nous à la fin de juillet ou au commencement d'août (1791). » C'était trop se presser. En 1794, l'évêque de Clermont ne sait « par quelle fatalité l'armée impériale a abandonné le Brabant à la férocité des Français rebelles 2 ». La longue correspondance de l'évêque de Carcassonne nous fait assister, en quelque sorte joiu' par joui*, aux espoirs, aux craintes, aux déceptions et aux retours

I Cf. Emile Ollivier, rj75p et i88g.

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