Ô32 STATISTIQUE ET VUE D'ENSEMBLE
Le 2 thermidor an IX (21 juillet 1801), six jours après la signature du Concordat, le fameux chimiste Ghaptal, ministre de l'Litérieur, adressait une lettre à tous les préfets pour leur demander un état des prêtres de leur département qui, disait-il textuellement, « méritent la confiance du gouvernement et jouissent de l'estime publique»^ Le ministre recommandait à ses agents « célérité et discrétion ». Avant de mettre à exécution la convention qu'il venait de signer avec la cour romaine, le Premier Consul voulait connaître en détail quelle était, en ce moment, en France, la situation du culte et du personnel ecclésiastique.
Les Archives nationales nous ont conservé la réponse des préfets. Le moment était bien choisi pour faire une telle enquête. La nouvelle des négociations entre le Pape et Bonaparte avait certainement encouragé soit les rentrées du dehors, soit le zèle des prêtres du dedans. Mais on peut dire que ce traité de paix n'avait point encore produit ses effets, et que la situation, telle que la décrivent les préfets ou d'autres informations contemporaines, était bien celle de la France avant le Concordat. A défaut de Concordat, il eût suffi de la sécurité et de la liberté pour hâter le retour des retardataires et la reprise universelle du culte.
Le lecteur réfractaire à la statistique peut omettre la note de plusieurs pages que nous insérons ci-dessous i ;
I. Ce précieux document est conservé aux Archives nationales sous la cote F *8, 865 et 866. Il est fortifié par un autre document qui est également aux Archives nationales AF " io65. C'est un résumé fait par le ministre de l'Intérieur de l'an IX au sujet de la situation et de l'esprit du clergé dans les départements. Nous citons ce document sous le nom de résumé.
Ain. — Le préfet donne iSg noms de prêtres. Il dit de 9 seulement qu'ils exercent publiquement. Cependant le résumé fait par le ministre en l'an IX dit de ce département : « Les cérémonies religieuses reprennent leur cours sans trouble et sans agitation. »
Aisne. — Le préfet ne cite que Sg présents qui, la plupart, sont dits exercer. Mais Pêcheur {Annales du diocèse de Soissons, 1893, in-8°, t. IX, p. 594) dit : « Dès le mois de mars 1800, l'exercice lie la religion avait repris de nouveau dans un grand nombre de paroisses, là où il se trouvait
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mais les chiffres sont la seule preuve convaincante et décisive, quand il s'agit d'établir dans quelle mesure était
Tin prêtre, mais sauf les cérémonies extérieures. » Le résumé du ministre dit que « le plus grand nombre » des prêtres de ce département avait refusé la promesse. Par suite, peu étaient portés comme exerçant publiquement.
Allier. — Préfet donne 252 noms en trois listes. Dans la première, il dit «xpressément de 97 prêtres qu'ils exercent. « J'aurais désiré, dit-il à Chaptal, vous envoyer le tableau général des prêtres existant dans toute l'étendue du département. S'il ne m'a pas été possible d'atteindre tout à fait ce but, je crois du moins en être approché de très près. »
Alpes {Basses-). — Préfet cite iSg prêtres qui tous sont dits exercer, sauf 35.
Alpes {Hautes-). — Préfet cite 188 prêtres qui ont tous fait la promesse et exercent en très grande majorité. « Voilà, ajoute le préfet, l'état de tous les prêtres connus. Si l'on considère que les insoumis se cachent pour l'exercice du culte, on ne sera pas surpris que les fonctionnaires publics n'aient pu les connaître en aussi grand nombre que celui des prêtres soumis. »
Ardèche. — Le préfet Cafarelli ne donne que 49 noms. Mais nous savons -que le culte était rétabli presque partout dans ce département. Dans son entrevue avec l'abbé Vernet, « le préfet exprima sa surprise d'avoir vu, à son arrivée dans le département, presque partout les églises ouvertes ». Mï' d'Aviau, qui avait parcouru ce diocèse, célébrait, dans son mandement du 17 janvier 1801, la résurrection religieuse qui s'y opérait en tous lieux. (Lyonnet, Histoire de Mgr d'Aviau, 1847, t. II, pp. 178, 179, 261.) Il avait confirmé dans le Vivarais et le Dauphiné 25,ooo fidèles.
Ardennes. — Le préfet cite 223 prêtres pour les arrondissements de Rocroy, Mézières, Sedan, Rethel. Les termes sont vagues au sujet de l'exercice du culte. Il est dit nettement d'une centaine seulement qu'ils exercent. Le résumé dit de beaucoup qu'ils « exercent clandestinement ».
Ariège. — Préfet ne cite que 37 prêtres lesquels exercent dans leur ancienne paroisse. Il ajoute que la liste pourrait être infiniment plus longue, mais le temps lui manque pour la dresser.
Aube. — Préfet écrit : « Le département de l'Aube contient plus de 400 prêtres ; tous ont fait leur soumission de fidélité à la Constitution. Le nombre de prêtres constitutionnels ne s'élève pas au-dessus de 3o. »
Aude. — i Le préfet, M. de Barante, ne donne que i5 noms, liste incomplète, car le préfet déclare avoir écarté, d'un côté, les intransigeants, de l'autre, beaucoup de constitutionnels qui ne jouissaient pas de l'estime publique..
Aveyron. — Le préfet, très hostile, ne donne que 40 noms. Mais il ajoute que les « catholiques purs... exercent en secret », que les constitutionnels « ont été abandonnés ». Le résumé dit par ailleurs : « Il est peu d'anciens réfractaires qui aient fait la promesse de fidélité ; ils n'en exercent pas avec moins de publicité et d'impunité. » Cela indique un grand mouvement religieux.
Bouches-du-Rhône. — préfet résume ainsi la situation : « Sur 109 communes qui composent ce département, 38 n'ont pas de prêtres. » Préfet ne parle que des prêtres exerçant le culte public, dont il porte le nombre à 341. Ils se répartissent ainsi : 167 pour l'arrondissement de Marseille, 62 pour celui d'Arles, 122 pour celui d'Aix.
Calvados. — Préfet cite 458 prêtres sur lesquels 322 sont dits exercer le culte. Liste incomplète, car le préfet n'y a pas compris les prêtres « insou-. mis ou qui n'ont fait promesse de fidélité que pour terminer leur exil ». Le résumé dit ces derniers nombreux, turbulents et « seuls en considération ». ,
Cantal. — Préfet cite 326 prêtres, a passé sous silence ceux « des deux
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déjà opérée en France la restauration religieuse; En parcourant ces réponses des agents du pouvoir, il ne faut
partis qui se sont fait connaître par leur immoralité ou une intolérance turbulente ». La grande, majorité a la note insoumis ^ Le résumé dit de ces derniers qu'ils « exercent dans des maisons particulières et sont très suivis ». Un rapport signale sous le Consulat, dans le Cantal, 5oo réfractaires, dont 3oo en surveillance. Les autres ont reparu sans aucune déclaration, sonnent les cloches, rouvrent les églises ou se cachent dans les bois, les cavernes. (Vaxdal, op. cit., p. 568.) .
Charente. — Préfet ne cite que 3i prêtres sur lesquels 21 sont dits exei*cer. Nous avons heureusement d'autres sources d'information. L'abbé Blanchèt (Le Clergé charentais pendant la Révolution, 1898, in-8'', p. 532-543> donne une liste de 104 prêtres exerçant publiquement au moment du Concordat dans des églises paroissiales ou oratoires connus. Il cite, en outre, 36 prêtres exerçant en secret ; il né prétend pas donner une liste complète.
Charente-Inférieure. — Préfet donne 86 noms, dit la majorité exercer. Le résumé dit des anciens réfractaires qu'ils « célèbrent dans des maisons particulières ».
Chéri. — Préfet donne liste de 169 prêtres sur lesquels 81 sont dits exercer. Préfet ajoute : « Tous ceux qui sont portés comme exerçant le culte n'ont pas fait leur soumission. » Le résumé dit de ceux-ci qu'ils « exercent dans des maisons particulières ». — « Les négociations (du Concordat) à peine entamées, une foule de prêtres s'étaient décidés à rentrer. » (Cf. Bri- MONT, op. cit.)
Corrèze. — Préfet cite 182 prêtres et ajoute : « îl en est beaucoup d'autres r mais ceux-ci m'ont été indiqués comme les plus propres à mériter la conliance du gouvernement. » Le résumé dit : « Il y a beaucoup d'anciens prêtres réfractaires. » Un rapport à Grégoire donne présents 900 réfractaires, 60 rétractants. Il y a 55 déportés, 20 mariés. Fage, Le Diocèse de Tulle pendant la Révolution, 1890, p. 83.
Côtes-du-Nord. r- Le résumé dit : « Ils se tiennent tranquilles. Il paraît que l'on ne leur fait pas prêter précisément la promesse de fidélité, et que l'on se contente d'une promesse de ne pas troubler l'ordre. »
Côte-d'Or. — Préfet n'envoie que 5o noms. Il accuse l'évêque, M. de Mérinville, d'avoir fait refuser la promesse de fidélité. Il faut donc ajouter à ce chiffre celui des réfractaires qui, écrit le préfet, « disent la messe en chambre ». '
Creuse. — Préfet donne « l'état nominatif des prêtres domiciliés dans le département », lequel comprend 347 noms.
Dordogne. — Préfet n'envoie que i3 noms. Nous lisons, d'autre part, dans le résumé : « Quelques-uns ont prêté la promesse ; ils exercent dans les églises; d'autres l'ont refusée et célèbrent dans les maisons particulières. »
Doubs. — Préfet énumère 656 prêtres domiciliés dans le département, et dit formellement du très grajad nombre qu'ils exercent. Il porte à 67 le nombre des prêtres habitant Besançon. Sauzay ^(I?tstoire de la. persécution révolutionnaire dans le Doubs, t. X, p. 720-777) donne un état détaillé et complet du clergé de ce département en 1801. C'est un des départements où le culte s'était le mieux reconstitué avant le Concordat.
Drôme. — Préfet énumère 274 prêtres, ne dit pas s'ils exercent, écrit cependant au sujet des 55 de l'arrondissement de Die : « Etat des prêtres connus pour s'occuper des fonctions de leur ministère ou pour avoir le désir de les reprendre. »
Eure. — Préfet énumère 5oo prêtres sur lesquels environ 3oo sont dits exercer. Préfet dit de tel : « Il à fait sa soumission pour exercer le culte » ; de tel autre : Il s'en va « caressant les partis tour à tour ».
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point oublier qu'il leur a demandé seulement les noms des prêtres qui «méritent la confiance du gouvernement et
Eare-et-Loir. — Préfet donne liste de 827 prêtres qui tous exercent à l'exception de 83. Outre ce nombre, préfet dit présents dans le département i5o autres prêtres qu'il a exclus de sa liste pour immoralité, incapacité, la plupart parce que, « sous le rapport de l'exagération des opinions politiques, il eût été dangereux de les employer ». C'est donc^ un ■ total de 4^7 présents. Nous lisons dans les rapports des conseillers d'État en l'an IX qu'en Eure-et-Loir « à peu près chaque village a son église et son ministre ; les temples sont ouverts etfréquentés dans les villes ».
Finistère. — Préfet n'envoie que i3 noms. Évidemment, c'est un chiffre dérisoire, comme le prouve le passage suivant du résumé relatif à ce département : « Les prêtres soumis ne peuvent à présent sans danger rester dans les campagnes. Les prêtres insoumis dominent. et pervertissent l'esprit public. Ils persécutent les paysans qui ont acheté des domaines nationaux. »
Forets. — Le préfet porte à 1,000 le nombre des prêtres de ce département, qui comprenait le duché de Luxembourg. Il ajoute : « Ils n'ont pas cessé d'exercer le culte, mais clandestinement », pour les ^22 qui n'ont pas fait la promesse.
Gard. — Le préfet n'envoie que 32 noms. Mais les Archives du Gard (Durand, op. cit., 3o5-3o6) signalent i33 prêtres exerçant publiquement, et 202 soumissionnaires au moment de la signature du Concordat.
Haute-Garonne. — Préfet donne liste de 181 prêtres qui, tous, exercent, sauf 51. Nous lisons dans le résumé : « Partout, les prêtres émigrés et déportés se trouvent en opposition avec les prêtres constitutionnels. Il y a des troubles et discussions domestiques, souvent des voies de fait. » Nous lisons dans VHistoire des évêques et archevêques de Toulouse, par l'abbé Cayre, i8j3, in-S», p. 466, que l'intrépide vicaire général du Bourg plaça 400 prêtres dans ce diocèse pendant la Révolution.
Gers. — Le rapport du préfet, très détaillé et très important, donne une liste de 6i3 prêtres présents qui, pour la plupart, sont dits exercer. Il y est dit, en particulier, de l'arrondissement de Lectourè : « La plus grande partie des prêtres sont, rentrés en France à la faveur des autorisations qu'ils ont reçues. Ils se sont rendus dans les communes pu ils exercent. »
Gironde. — Le préfet ne cite que i5o prêtres, dont la plupart exercent ; mais il ajoute : « Il y a beaucoup de prêtres dans ce département ; ils y sont répandus sur tous les points. » Le commissaire général de la police à Bordeaux écrit de son côté (Arch. nat., F i* 866), le i5 thermidor an IX, que les prêtres romains desservent quatre églises à Bordeaux, outre celles occupées par les constitutionnels. Les a prêtres non soumissionnaires exercent le culte dans des lieux cachés, dans des chambres, dans de petits oratoires. Le nombre en était prodigieux..., il a diminué depuis l'ouverture des quatre églises. »
Hérault. — Préfet énumère 296 prêtres, sur lesquels 118 sont portés comme constitutionnels. La presque totalité exerce le culte. Il a exclu de sa liste tous ceux qui ont refusé le serment de fidélité. Ils étaient fort nombreux. Le résumé dit : « Les anciens prêtres réfractaires ont tous refusé la promesse et continuent l'exercice clandestin de leur culte. » Après le coup d'Etat du i8 fructidor, nous comptons dans le département de l'Hérault 55^ prêtres sujets à la déportation et à la réclusion. C'est ce qui faisait dire, le 6 juillet 1397, à la Commission du pouvoir exécutif pour ce département.: « Les préjugés ont pris un tel empire, tant de prêtres réfractaires sont rentrés à la fois sur le sol de la République ; ils ont été accueillis et protégés par un si grand nombre de citoyens fanatisés, surtout dans les campagnes; enfin, la versatilité des lois rendues sur cette matière délicate par nos diverses Assemblées nationales a si fort
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jouissent de l'estime publique ». Les préfets ont presque toujours soin de transcrire en tête de leur liste cette for-
accru l'espérance d'une législation nouvelle, plus favorable aux prêtres insermentés, que tous nos efforts ont été inutiles pour maintenir l'exécution des lois actuelles. » (Cf. Saurel, op. cit., t. III, pièc. just., p. 5i ; t. IV, pièc. just., p. i-ii.) On y cite les SSj noms de prêtres.
nie-et-Vilaine. — Préfet envoie le « tableau indicatif des prêtres assermentés soumis et insoumis existant actuellement dans le département ». Il donne 333 noms. Le résumé dit : « Il est rentré beaucoup de prêtres réfractaires. Ils ont fait la promesse de fidélité. Tous ces prêtres officient publiquement ou clandestinement. »
Indre. — Le préfet n'envoie que 25 noms de prêtres qui, tous, exercent, sauf 2. Le résumé signale « quelques prêtres cachés ».
Indre-et-Loire. — Le préfet assez hostile au clergé écrit : « Le tiers de ce département est sans ministres du culte et ne s'en porte pas plus mal. » Dans son énumération, il ne donne que 88 noms.
Isère. — Le « tal)leau général des prêtres soumis et insoumis » comprend 33i prêtres sur lesquels près de sbo exercent jbon nombre secrètement, dans des granges, en chambre, etc. La liste des 33i est" incomplète, car préfet a trouvé « inutile de parler de cette foule de prêtres rétractés ou insermentés qui travaillent le peuple secrètement, ainsi que des sermentés qui déshonorent leur caractère par leur mauvaise conduite ».
Jura. — Liste de 235 prêtres, sur lesquels iio sont dits exercer, et la plupart des autres ne pas exercer. Le rapport est muet sur un certain nombre. Le résumé dit : « Le plus grand nombre des communes est livré à des prêtres qui, refusant toute soumission, officient publiquement. »
Landes. — Le préfet envoie une liste de 299 prêtres. Il ne dit pas formellement s'ils exercent et plusieurs n'exercent pas. On peut inférer que le grand nombre exerce de cette information très fréquente : « Ancien curé de la commune, ancien curé de la paroisse. »
Loir-et-Cher. — Liste incomplète de 19 noms. « Je n'ai pas cru nécessaire, dit le préfet, d'entretenir le gouvernement de gens médiocres, etc. » Le résumé dit des prêtres du département : « Ils ne sont point en général amis du gouvernement, ils cherchent à égarer les esprits. »
Loire. — Préfet donne liste de 71 prêtres dont la plupart sont dits exercer. Le résumé dit qu'un certain nombre de prêtres ont « refusé toute espèce de promesse. Ils officient clandestinement dans les campagnes. » Haute-Loire. — La liste de 92 noms donnée par le préfet est très incomplète. Le préfet écrit ailleurs, en l'an IX, que, dans cette contrée peuplée de montagnards rudes, mais bons, peu de prêtres ont quitté le pays. « La presque totalité a trouvé dans les habitations écartées, dans les bois, dans le flanc des montagnes, sûreté, hospitalité, dévouement, discrétion. » {Arch. nat., F ^^ 328.) Le préfet parle longuement dans sa lettre de la force que la question religieuse a donnée aux opposants et de la pacification qu'il a obtenue dans le département au moyen des prêtres pour lesquels il s'est montré conciliant.
Loire-Inférieure. — Liste de 268 prêtres sur lesquels iSg sont portés comme exerçants.
Loiret. — Préfet ne cite que prêtres soumis dont le chiffre est de 206. Je ne propose pas, aj ou te-t-il, les prêtres insoumis* dont je n'ai, d'ailleurs, pu savoir exactement le nombre parce qu'ils changent souvent de domicile ». — Nous lisons dans le. rapport des conseillers d'Etat en mission pour l'an IX que, dans le Loiret, « les églises sont fréquentées par la multitude avec presque autant d'assiduité qu'en 1388. Un sixième des communes (seulement) n'a ni culte ni ministres, et, dans ces communes, on désire vivement l'un et l'autre. »
Lot. — Préfet donne liste de 122 noms de prêtres qui tous exercent.
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imile limitative. C'était en exclure le plus souvent une foule de prêtres réfractaires, rentrés en France, mais qui,
sauf 4- Mais cette liste, ne comprenant que ceux qui méritent la confiance du gouvernement, est incomplète. Le résumé signale les « réfrafctaires obstinés qui n'ont encore fait aucune soumission et n'en exercent pas moins publiquement sous la protection des autorités locales ».
Lot-et-Garonne. — Préfet énumère i83 prêtres qui tous exercent, sauf 39. En dehors de cette liste, le résumé signale « les réCraétaires qui causent de justes inquiétudes aux bons citoyens ».
Lozère, — Le préfet n'envoie que 34 noms de prêtres tous soumissionnaires et exerçant. Nombreux étaient les non-soumissionnaires dont le résumé dit : « Ils bravent les autorités constituées et officient publiquement », etc.
Lys (la). — Le préfet de ce département, qui comprenait la partie occidentale de la Flandre, aujourd'hui Belgique, ne donne que 10 noms. Or, Fourcroy, dans son rapport (Cf. Rogquain, op. cit., p. 225), compte 100 prêtres soumis et 300 à 800 prêtres insoumis. « Ceux-ci exercent un culte clandestin. En le tolérant, il n'y a eu aucun trouble; depuis l'an VIII. » Cette statiistique prouve que les chiffres donnés par les préfets sont souvent bien incomplets et au-dessous de la vérité.
Maine-et-Loire. — Le préfet ne donne que 17 noms parmi lesquels figure l'abbé Bernier. Heureusement nous avons la listé complète des paroisses desservies, ainsi que le nom de 384 desservants avant le Concordat. Ce document est donné in extenso, par l'abbé Uzureau, dans la Semaine religieuse d'Angers, 3 mai 1899.
Manche. — Le préfet, nouvel arrivé dans le département, ne donne que io3 noms de prêtres qui presque tous exercent. Il avait dû se montrer prudent dans ses choix et rester incomplet, car on lit dans le résumé fait par le ministère en l'an IX : « Soutenus par le préfet (qui fut remplacé), ils prêchent publiquement contre la République, damnent les acquéreurs de biens nationaux, annoncent le retour de la monarchie. »
Marne, —r Liste de 170 prêtres qui tous exercent, sauf 9. Préfet ajoute : « Il est beaucoup d'autres ecclésiastiques existants de ce département qui peuvent avoir droit d'y être portés, mais sur lesquels je n'ai pas de renseignements assez précis. Il en est d'autres qui sollicitent- en ce moment l'autorisation de rentrer en France ou qui attendent la pacification religieuse pour le faire, » Préfet compte envoyer des états complémentaires.
Marne (Haute-). — Le rapport du préfet manque. Le résumé dit des prêtres : « Ils ont tous fait leur promesse de soumission et sont à peu près tranquilles. »
Mayenne. — Le préfet écrit à Chaptal qu'il lui envoie cinq tablraux, lesquels « vous présenteront plus de 400 ecclésiastiques exerçant le culte dans le département ». Le total est de 417.
Meurthe. — Préfet envoie liste de 172 prêtres avec les « lieux où ils résident et exercent ». Il a exclu de sa liste « les prêtres turbulents » et les prêtres immoraux qui ont renoncé au célibat.
Meuse. — Le préfet ne donne que 63 noms. Le résumé constate que tout est tranquille ; « mais oh craint que la rentrée des prêtres déportés ne soit un sujet de trouble et de dissension ».
Mont-BlanciSaooié). — Le préfet compte 83 prêtres résidants dans l'arrondissement de Mauriénne, et dans l'arrondissement d'Annecy 83 prêtres insoumis, mais qui pourraient être placés, après avoir fait la promesse, enfin, 16 prêtres qui ont ïait la promesse dans l'arrondissement de Chainbéry. Le résumé dit : « Ils exercent publiquement dans presque toutes les communes, refusent la promesse prescrite, etc. » ( Consulter abbé Lavanchy, le Diocèse de Genève pendant la Béaolntion, 1894, 2 vol. in-8"> ; Sgiout,'IV, 785-786.) — Dans un autre document (F. VU, 7875), le préfet
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ayant refusé la promesse de soumission à la Constitution de l'an VIII, demeuraient suspects au gouvernement et
d'Eymar, dans une lettre du 3 thermidor aii IX, .reconnaît qu'il y a, dans le département, plus de 200 prêtres rentrés, lesquels exercent le culteavec plus ou moins de publicité.
Morbihan. — La réponse du préfet manque. Le résumé dit des prêtres de ce département : « Ils font tout le mal possible. » Barbé-Marbois dit dans son rapport : « A Vannes, j'entrai, le jour des Rois, dans la cathédrale ; on célébrait la messe constitutionnelle, ; il n'y avait que le prêtre et deux ou trois pauvres. A quelque distance, je trouvai dans la, rue une si grande foule qu'on ne pouvait passer : ces gens n'avaient pu pénétrer dans une chapelle déjà remplie de monde où l'on disait la messe appelée des catholiques. Ailleurs, les églises des villes étaient pareillement désertes, et le peuple allait, à travers des chemins afQ7eux, dans les villages, voisins, entendre la messe d'un prêtre récemment arrivé d'Angleterre. »
(ROCQUAIX, op. cit., p. ICI.)
Moselle. —, Le préfet donne une liste de i53 prêtres, dont la généralité exerce. Bon nombre n'avaient pas quitté la France, beaucoup d'autresétaient redemandés par leurs paroissiens. Le résumé dit :. «Les prêtres, réfractaires sont rentrés en grand nombre;. » Le cardinal de Montmorency, évêque de Metz, écrivaiif à Louis XYIII, le 3o novembre 179", au sujet de son diocèse : « Dans ce moment-ci, il a'y a pas une seule personne qui manque de secours spirituels. »
Nièvre. — Le rapport du préfet manque. Le résumé dit des prêtres de ce diocèse : « Ils sont tranquilles. »
Nord. — Le préfet donne une liste de 368 prêtres sans dire s'ils exercent. Mais nous lisons dans le rapport de Fourcroy (Rocquain, op. cit., p. 225) :; « Il y a 3oo ministres exerçant publiquement le culte dans le Nord. »
Oise. — Le préfet, dans un rapport très détaillé, donne « l'état nominatif des prêtres du ci-devant diocèse de Beau vais », lesquels s'élèvent au chiffre de 467. H y a en outre 121 prêtres pour l'ancien diocèse de Senlis. et 91 pour l'arrondissement communal de Compiègne. De ce nombre considérable.il faut retrancher des prêtres mariés, ou qui ont renoncé à leurétat, quelques autres absents. Mais le chiffre des prêtres exerçant reste très important. Lacuée dit, dans son rapport de l'an IX sur l'Oise : « Le culte s'exerce dans toutes les communes du département. »
Orne. — Le préfet n'envoie qu'un total de n8 prêtres, sur lesquels une centaine sont dits exercer. Cette liste devait être fort incomplète, car ce département comptait beaucoup de prêtres constitutionnels, . et un peu après la publication du Concordat, il est vrai, le préfet, dans une lettre à Portails, en date du 4 frimaire an XI, compte 902 prêtres dans l'Orne.
Pas-de-Calais. — Le préfet n'envoie que 97 noms. Liste incomplète de son propre aveu. « Dans l'arrondissement de Saint-Pol, dit-il, je n'ai désigné qu'un seul prêtre, parce que, dans cet arrondissement gangrené, il n'y a que des prêtres insoumis, qui exercent le culte, et tous clandestinement. » A la même époque, Fourcroy dit (Rocquain, op. cit., p. 225), dans son rapport : « i58 (prêtres) seulement exercent le culte dans le Pas-de- Calais. » L'ancien diocèse de Boulogne avait une reconstitution presque complète du culte. Il y avait nombre de prêtres dans l'ancien diocèse de Saint-Omer. Mais un contemporain écrit du diocèse d'Arras, le 22 juin 1801 : « Dans le diocèse d'Arras, il n'y a aucune église ouverte, et ceux qui exercent secrètement s'exposent au danger d'être arrêtés. » L'ombre de Robespierre semblait faire encore peser la Terreur sur ce diocèse. (Cl". Deramecourt, op. cit., t. IV, p. 261-281.)
Puy-de-Dôme. — Le rapport du préfet manque. Mais nous lisons dans le .résumé : « Les prêtres réfractaires sont rentrés. Aucun- n'a prêté la promesse. Us exercent assez publiquement. » Cela est confirmé par un témoi-
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n'étaient point autorisés à célébrer un culte public. Ils exerçaient leurs fonctions dans des oratoires privés^ sou^
gnage officiel, par une lettre de l'évêque de Clermont, M, de Bonal (loc. cit.) du 9 novembre 179J, où il dit : « De tous les ecclésiastiques déporté» en I J92 de mon diocèse, il ne m'en reste pas au-delà de cinquante dans les différentes parties de l'Europe. » Le clergé était donc présent dans sa presque totalité.
' Pyrénées {Basses-). — Préfet énumère 285 prêtres répandus dans les arrondissements de Pau-, Oloron, Mauléon et Bayonne. La plupart habitent leur ancienne paroisse où ils devaient exercer.
Pyrénées (Hantes-). '— Préfet énumère Soj prêtres, tous exerçant, sauf 5 ou 6. Il ajoute : « Je n'ai pas cru devoir comprendre dans cet état les prêtres insoumis qui sont au nombre de 91. » Il enverra prochainement les noms des prêtres de trois cantons situes à l'extrême frontière. Cela fait un total considérable.
Pyrénées-Orientales. — Préfet> donne seulement une liste de 174 prêtres, qui tous ont fait leur soumission. Un autre document constate, au 12 décembre 1800,. la présence de 140 prêtres déportés. Le nombre grossit dans le cours de 1801, et, lors de son installation, M^' de Laporte compta 260 prêtres, outre les 5o constitutionnels. Il faut noter que 54 prêtres étaient restés en Espagne. Torreilles {op. cit., pp. 58o, 583, 590).
Bas-Bhin. — A la demande si beaucoup d'églises sont ouvertes, le préfet répond : <c Toutes le sont, parce que les prêtres ont prêté la dernière promesse de fidélité à la Constitution. » Le préfet compte dans le Bas-Rhin 520 prêtres catholiques, 210 protestants, 'j2 juifs. Il porte à 20 ou 25 le chiffre des constitutionnels. {Archives nationales, F '^ 328.)
Haut-Rhin. — Le préfet envoie une liste de 498 prêtres. Le rapporteur affirme pour trois arrondissements qu'ils exercent et reste dans le vague pour les trois autres. fVoyez, pour la résurrection du culte en ce département, Beuchot : le Clergé de la Haute-Alsace .en exil pendant la Révolu^ lion, 1896, in-8°.)
Rhône. — Préfet envoie une liste de i34 prêtres « soumis et y exerçant ». Le résumé dit : « Il y a un très grand nombre de prêtres insoumis. » .
Saône {Haute-). — Préfet n'envoie que 12 noms. Le résumé dit : « Il y a des prêtres insoumis qui n'exercent pas publiquement. »
Saône-et-Loire. — Le préfet énumère 58^ prêtres exerçant, sur lesquels 539 ont fait leur soumission. Il signale 47. « individus qui paraissent avoir entièrement , abjuré l'état ecclésiastique, non, compris ceux qui sont mariés ».
Sarthe. — Le préfet donne liste de 465 prêtres. La plupart sont rentrés et exercent le culte dans leur ancienne paroisse. Le résumé dit : « Il est rentré un grand nombre de réfractaires qui n'ont point fait d'acte desoumission. Les autorités leur ont ouvert les églises au préjudice des réunions décadaires. » (Consulter, sur ce département, dom Piolin i l'Eglise du Mans pendant la Révolution, 4 voL in-8°.) L'auteur dit, t. IV> p. i3o : « On commença à célébrer les offices divins publiquement dans. les églises au plus tard au cours de mai i8oo. »
Seine. — Point de rapport, mais nous savons par le, chapitre ci-dessus que le culte était rétabli à Paris sur une large échelle. Sous le Directoire, nous avons compté plus de 3oo prêtres. Le nombre avait augmenté sous le Consulat, où. il fallait desservir les nouvelles églises ouvertes et les 200 oratoires. Après le coup d'Etat de Fructidor, le Directoire avait fait fermer les oratoires et les églises qui n'étaient pas comprises dans l'arrêté du 8 juin 1796, lequel accordait i5 églises pour Paris. Nous avons donné (p. 5i^) la liste des églises qui furent ouvertes après le 18 Brumaire et l'état du culte à Paris (p. 432-442).
Seine-et-Marne. — Préfet envoie liste de 286 prêtres répandus dans les
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Tent à l'insu de l'administration civile. De là cette affirmation fréquente dans les rapports des préfets qu'en dehors
arrondissements de Melun, Coulommiers, Meaux, Fontainebleau, Provins. Tous exercent, sauf 55, dont plusieurs désirent reprendre du service.
Seine-et-Oise. — Le préfet envoie en trois listes les noms de 243 prêtres, ■dont la plupart sont portés comme exerçants. Lacuée, dans son rapport de l'an IX, dit de Seine-et-Oise : « Le culte catholique romain est exercé -dans presque toutes les communes du département. »
Sèine-Inférieure. — Le préfet signale 369 prêtres résidants, sur lesquels 472 sont portés comme exerçant le culte.
Sèvres (Deux-). — Le préfet donne une liste de ii3 prêtres qui, presque tous, exercent, bien que la plupai*t n'aient pas fait leur soumission. Le résumé dit aussi que ces non-soumissionnaires. « exercent publiquement».
Somme. — Le préfet énumère iJoj prêtres méritant la confiance du gouvernement et qui exercent presque tous. Le résumé y signale « beaucoup •de prêtres fanatiques, hypocrites ou turbulents ». A une pétition d'une commune demandant, le 6 messidor au VIII, le retour du curé émigré, le gouvernement du Consulat répondait : « Il y a déjà beaucoup de prêtres rentrés dans le département de la Somme, il est prudent d'ajourner les demandes. » (Archives, F. VII, 7,701 ; Scieur, IV, 770, 776.)
Tarn. — Le préfet dit dans sa lettre à Ghaptal des prêtres de ce dépai'tement : « Il s'en trouve plus de 100 en exercice paisible, lesquels reçoivent lin salaire plus ou moins fort, payé volontairement par les habitants des diverses communes. » La liste annotée et détaillée du préfet contient 80 noms. Nous avons la preuve que ces chiffres sont très au-dessous de la réalité, puisque pour le seul arrondissement de Gaillac iio églises ou chapelles avaient été rendues au culte en 1795. Après le coup d'Etat de Fructidor, il n'était pas sorti du département un quart des prêtres soumis à la déportation, et, rentrés depuis Thermidor, lesquels continuaient à exercer le culte en cachette. Or, un état envoyé au ministre le 11 pluviôse an VI «onstate que 340 individus prêtres étaient présents dans le Tarn. Or, s'ils y étaient encore après le coup d'Etat de Fructidor, à plus forte raison devaient-ils s'y trouver au temps plus calme du Consulat. Il y avait eu dans ce département 6do prêtres déportés en vertu des Ipis du 26 avril 1792, •et 21, 23 avril 1793. Le sénatus-consulte du 6 floréal an X (26 avril 1802) précipita et acheva le mouvement de rentrée. Au mois de prairial an X, 450 s'étaient fait inscrire sur le registre ouvert à la préfecture. (Cf. Rossignol, op. cit., pp. 224-226, 235-237, 243-2440
Tarn-et-Garonne. — Nous avons donné plus haut un document important sur la situation de-ce département où le. culte l'enaissait vivement. (Consulter abbé Daux, p. 78-98.)
Var. ^ Le préfet donne une liste de 256 noms, sans dire s'ils exercent.
Vaucluse. — Le préfet ne donne que 14 noms. Le résumé dit : « Les prêtres constitutionnels sont avilis. Le plus grand nombre des autres n'a pas fait la déclaration exigée. »
Vendée. — Le préfet énumère 5o insermentés du diocèse de Luçon qui «xercent, 34 constitutionnels en exercice, 67 prêtres dont beaucoup sont rentrés d'Espagne et paraissent exercer dans leur ancienne paroisse, enfin 17 prêti'es venus du dehors, en tout i58 prêtres. Mgr de Mercy, dans ses Lettres inédites, signale dans son diocèse de Luçon 55 prêtres présents en ■décembre 1795.
Vienne. — Le préfet donne 84 noms de prêtres qui la plupart exercent. Le résumé dit : « Il y a à Poitiers beaucoup de prêtres insoumis. »
Vienne (Haute-.) — Le préfet énumère 120 prêtres dont les trois quai-ls environ sont dits exercer. Liste incomplète. « J'aurais pu, dit le préfet, désigner un assez grand nombre de ministres du culte forcés de s'expatrier
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des sujets par eux coimus, proposés et méritant la confiance du gouvernement, il y en avait un grand nombre plus ou moins cachés, plus ou moins rebelles, livrés à un ministère plus ou moins secret. D'autres raisons rendent imparfaites plusieurs de ces enquêtes. Le ministre de l'Intérieur demandait célérité. Quelques préfets, soit empressement, soit pour s'éviter la peine des recherches ou la responsabilité des propositions, répondent presque immédiatement en thermidor, sans se donner le temps nécessaire, ils l'avouent eux-mêmes, d'établir un état détaillé du personnel ecclésiastique. Heureusement la plupart prirent au sérieux la demande du ministre. Leurs rapports parviennent à Ghaptal en fructidor de l'an IX ou même en vendémiaire et brumaire de l'an X. Dans l'espace de un, deux, ou trois mois, les administrateurs ont pu recueillir des informations importantes et dresser une précieuse statistique.
Il ressort de ces chiffres la preuve mathématique que le culte avait repris en France, avant le Concordat, une vitalité et une expansion étonnantes. Certes, pas plus à cette époque qu'en 1796, on n'y comptait 82,000 communes desservies par le clergé, comme l'ont affirmé plusieurs historiens après Grégoire qui, lui-même, invoque im document erroné de l'administration des domaines. Mais si ces écrivains ont beaucoup exagéré le nombre des églises rouvertes, d'autres l'ont beaucoup trop restreint. En additionnant les relevés fournis pour cinquante-deux départements ^, on atteint le chiffre de f2o,ooo prêtres, et peut-être
en IJ92 », qui jouissent de toute estime et pour lesquels les paroissiens font des vœux de retour.
Vosges. — Le préfet n'envoie que 92 noms. Il déclare avoir exclu de sa liste « les ennemis irréconciliables de la République » et les prêtres qui se sont compromis au point de vue moral.
Yonne. — Le préfet envoie une liste de 262 prêtres, dont 5o pour l'arrondissement de Joigny (dit ce relevé incomplet), 61 pour l'arrondissement de Sens, 125 pour l'arrondissement d'Auxeyre (ici la très grande majorité exerce), 11 pour celui de Tonnerre, i5 pour celui d'Avallon.
I. Voici ces départements par ordre alphabétique : Allier, Alpes-Maritimes,
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faudrait-il inscrire un chiffre supérieur, si on tenait complètement compte des déportés rentrés en France qui sont constamment signalés comme exerçant un culte privé dans les oratoires. Pour les autres trente-quatre départements, les rapports des préfets sont tantôt satisfaisants, tantôt manifestement incomplets, donnant à peine pour quelquesuns douze, treize, quinze noms. Mais là où l'état détaillé manque, l'affirmation que beaucoup de prêtres insoumis font du ministère en secret prouve que la vie religieuse s'est aussi ravivée dans ces contrées i. Aussi,. en portant à 7,000 ou 8,000 le nombre des prêtres de ces trente-quatre départements, pensons-nôus rester au-dessous de la vérité. L'enquête officielle est à peu près muette sur plusieurs diocèses à foi très A^ve, comme certains départements de Bretagne, tels que les Gôtes-du-Nord, le Morbihan, le
Ardèche, Ardennes, Aube, Bouches-du-Rhône, Calvados, Cantal, Corrèze, {Creuse, Doubs, Drôme, Eure, Eure-et-Loir, Haute-Garonne, Gers, Gironde, Hérault, lUe-et-Vilaine, Isère, Jura, Landes, Haute-Loire, Loire-Inférieure, Loiret, Lot-et-Gai'onne, Maine-et-Loire, Marne, Mayenne, Meurthe, Mont- Blanc (Savoie), Moselle, Nord, Oise, Puy-de-Dôme, Basses-Pyrénées, Hautes- Pyrénées, Pyrénées-Orientales, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Saône-et-Loire, Sarthe, Seine, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Seine-Inférieure, Somme, Tarn, Tarn-et-Garonne, Var, Vendée, Yonne. — M. Boulay de la Meurthe (Correspondant du 25 décembre 1881, p. 1004) porte à 10 ou i5,ooo le nombre total du clergé légitime, à 6,000 environ les prêti*es constitutionnels. Sur ce nombre, il y aui'ait eu 8,000 prêtres seulement exerçant réellement leur ministère, 6,000 du clergé catholique, 2,000 du clergé constitutionnel. Bien que cette appréciation soit pour le mois de novembre 1800, et que notre statistique soit postérieure de six mois et se réfère à juillet 1801, nous avons dit pourquoi ces chiffres nous paraissent très au-dessous de la réalité, du moins pour la situation à la veille du Concordat. Grégoire parle de 32,214 paroisses, « presque toutes desservies par des prêtres assermentés », et de 45531 autres demandes des communes. Ce chiffre pourrait s'entendre du nombre de demandes d'église faites par les communes en 1396, mais est manifestement erroné s'il s'agit d'églises réellement desservies à cette époque. M. d'Haussonville, M. de Pressensé, se sont autorisés du chiffre donné par Grégoire, par Lecoz (Annales de la Religion, 3 juin 1797), pour parler de 40,000 paroisses desservies avant le Concordat.
I. Pour les douze départements dont les noms suivent, les rapports signalent de 100 à 200 prêtres par département, et encore, dans ce chiffre, n'ont guère été compris les prêtres insoumis. Ce sont les départements de l'Ain, Basses- Alpes, Charente, Cher, Gard, Lot, Manche, Orne, Pas-de-Calais, Rhône, Deux-Sèvres, Haute-Vienne. Reste A'ingt-deux départements, pour quelques-uns desquels les rapports des préfets manquent, tandis que, pour les dix-neuf autres, les prêtres signalés n'atteignent pas le chiffre de 100 par département (Aisne, Ariège, Aude, Aveyron, Charente-Inférieure, ■ Côtes-du-Nord, Côte-d'Or, Dordogne, Finistère, Indre, Indre-et-Loire,
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Finistère, où le clergé; avait relevé les autels et attendait moins le Concordat que le retour de la tranquillité pour restaurer le ctdté dans toute sa splendeur au milieu de «es populations chrétiennes. Bref, si quelques diocèses •étaient encore en retard, on peut dire que, dans l'immense majorité, les temples s'étaient rouverts. En fixant à 28,000 le chiffre des prêtres présents en France au moment du Concordat, nous croyons donner une évaluation très modérée. Peut-être, à mesiu'e que de nouvelles publi- "Cations ^ feront la lumière sur l'histoire religieuse des provinces à cette époque, faudra-t-il élever le nombre à 3o,ooo. Si de ces 28,000 on déduit les 6,000 constitutionnels, dont la moitié seulement étaient dans le ministère, il reste 22,000 prêtres catholiques romains.
Pour ceux-ci la proportion des exerçants est bien plus •considérable que pour le clergé constitutionnel, dont une partie avait abandonné les fonctions ecclésiastiques. Si on retranche quelques vieillards ibapotents , quelques «goïstes amoureux du repos après tant de fatigues, l'immense majorité était rentrée ou allait rentrer en fonction soit dans les églises, soit dans les oratoires, et les prêtres
Loir-et-Cher, Loire, Lozère, Haute-Marne, Meuse, Morbihan, Nièvre, Haute- Saône, Vaucluse, Vienne, Vosges). Mais plusieurs d'entre eux étaient les plus religieux de France (Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan — nous avons parlé dû culte à Vannes, — Aveyron, Lozère). Pour d'autres, on dit que « la liste pourrait être infiniment plus longue » (Ariège), qu'on a écarté de la liste les prêtres insoumis (Aisne, Aude, Aveyron, Charente- Inférieure, Finistère; Gard, Indre, Loh-e, Lozère, Meuse, Haute-Saône, Vaucluse, Vienne, Vosges). Les rapports des préfets manquent pour les départements des Côtes-du-Nord, Haute-Marne, Morbihan, Nièvre, Puyde-Dôme. Ils sont peu importants pour plusieurs autres départements.
I. Dansla Charente, le rapport du préfet ne désigne que 3i noms, tandis que l'abbé Blanchet, que nous avons eu occasion de citer, énumère 140 prêtres catholiques. Dans l'Hérault, rie préfet ne parle que de 296, alors que l'abbé Saurel énumére 557 prêtres sujets à la déportation. Le préfet de Mainé-ét-Loire n'envoie que 17 noms, alors que l'abbé Uzereau nous montre le. culte reconstitué dans ce département, au moment du Concordat, avec 384 desservants. Dans le Puy-de-DÔme, le préfet ne donne que 40 noms, alors que l!évêque, M. de Bonal, dit à peu près tout son clergé rentré dès 1796. Ces chiflEres font tout espérer des histoires locales qui pourront être publiées. Mais la statistique que nous venons de dresser nous apporte déjà une preuve certaine et ne sera pas changée dans ses grandes lignes.
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nouvellement arrivés d'exil ne demandaient qu'à reprend dre baleine pour recommencer leur apostolat. 11 y avait donc environ 18,000 à 19,000 prêtres catholiques romains appliqués au ministère quand fut signé le Concordat. En y ajoutant les prêtres constitutionnels également en activité, on arrive à un total de 21,000 à 22,000 ecclésiastiques au service des fidèles. Pour assurer ce mouvement de restauration, le Concordat n'avait point été nécessaire. La sécurité et la liberté au dedans, l'immunité aux déportés ou aux émigrés revenus du dehors, voilà ce qui avait provoqué, ce qui devait accélérer et achever la reconstitution religieuse. L'Église catholique nous apparaît donc à cette époque comme une grande puissance spirituelle qui est sortie de ses ruines, qui a refait ses cadres à travers les orages de la Révolution et repris son action sur les âmes.
Au moment où la Révolution touche à son terme, où la question religieuse va être réglée par le Concordat, où la question. politique se résout par le Consulat d'où sortira l'Empire, il convient de jeter im regard en arrière pour caractériser l'attitude du clergé dans les dix années de crise qu'il vient de traverser.
Nous l'avons vu s'ébranler avec toute là nation, demander solennellement dès 1788 les Etats -Généraux, proclamer que « les Francs sont un peuple libre », assurer, par l'initiative de quelques prélats et des curés, la fusion de différents ordres en une seule assemblée nationale, porter à la Constituante le langage de la liberté. Dans leurs provinces, les évêques qui ne sont point députés parlent du « roi citoyen », du « restauratem* de la liberté française », font chanter des Te Deum à chaque phase nouvelle de la Révolution, sans en excepter la prise de la
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BastiUe. Les désillusions ne tardent pas à venir avec les destructions opérées par elle. N'importe, le pays paraît tellement enthousiaste des nouvelles institutions que l'épiscopat verrait un péril extrême à refuser son adhésion,. Au déclin de la Constituante, un des prélats les plus respectés, M. de Bonal, évêque de Glermont, au nom de tous ses collègues, se « déclare prêt à signer de son sang » la Constitution de 1791 qui consacre la ruine politique et la spoliation du clergé, en même temps qu'elle détruit l'autorité royale. L'Eglise de France avait obéi au sentiment exprimé dans ce mot profond de l'archevêque d'Aix, M. de Boisgelin : « H ne faut pas se séparer de la nation, parce qu'on ne peut pas emprunter toute sa force quand on ne s'unit pas à elle. »
Avec la constitution civile, l'expulsion des évêques réj5*actaires, la déportation des curés insermentés, les lois persécutrices de la Législative et de la Convention, l'attitude change, car la déception est cruelle. La grande majorité du clergé, qui a vu tomber, avec ï' avènement de la liberté, l'édifice religieux et politique qui était debout depuis des siècles, s'en prend à cette liberté même des crimes commis en son nom. La constitution, naguère tant vantée, devient « la monstrueuse constitution..., l'infernale constitution ». H s'agit de « balayer les immondices constitutionnelles ». La Révolution avec ses crimes, ses saturnales, ses échafauds où montent pêle-mêle les prêtres, les nobles, les femmes, les rois et les reines, les acteurs même du terrible drame, leur apparaît comme le temps prédit de l'Antéchrist, et c'est à qui, avec l'évêque de Castres, lancera à cette criminelle sinistre, le plus violent, le plus retentissant anathème,.
L'enthousiasme de 1789 a fait place à un décom^agement sombre, la confiance d'autrefois à un pessimisme qui ne veut plus entendre parler de ce qui naguère faisait battre les cœurs. A la Révolution il s'agit d'opposer la contrer
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Révolution. Cette expression revient fréquemment sur les lèvres, sous la plume des évêques, des prêtres désabusés ; et quand il est question dé prêter le serment de liberté-égalité prescrit par la Législative, ces deux mots, qu'avaient commenté joyeusement les cahiers de 89 et les orateurs du clergé ^, rencontrent maintenant une répugnance que les sages conseils de M. Emery et de M. de Bausset ne parviennent point à vaincre.
Dans l'émigration, la plupart des évêques sont heureusement plus occupés à prier et à pleurer qu'à faire de la politique. Les rares prélats qui s'aventurent sur ce terrain dangereux y apparaissent pour la plupart en adversaires des idées nouvelles. Ils ne semblent pas voir que la liberté, que l'égalité sont entrées dans l'esprit de la nation^ dans la constitution de la France, dans ce qu'on appellera désormais le droit moderne, pour n'en plus sortir. Les deux hommes d'État les plus importants que comptât l'épiscopat, M. de Boisgelin, archevêque d'Aix, M. dé Gicé, archevêque de Bordeaux, étaient de cœur avec les constitutionnels, c'est-à-dire avec les Malouet, les Mallet du Pan, les Mounier, les -Lally-ToUendal, les Montlosier^ ces précurseurs qui demandaient une monarchie représentative comme anneau nécessaire entre le monde ancien et le monde nouveau. Mais nous les avons vus rédiger,
I. M. Émery écrivait encore à l'abbé Courtade en. février 1800 : « Ce qu'on vous a dit de la rétractation du serment de liberté est une bêtise, il est malheureusement trop évident aujourd'hui que ce serment était licite. Je dis malheureusement, car c'est du refus opiniâtre et aveugle de C3 serment qu'a résulté la persécution violente que la religion catholique et ses ministres ont essuyée. » On sait que la Constitution de l'an II1> laquelle avait ajouté à la déclaration des droits celle des devoirs de l'homme et du citoyen, renfermait ces affirmations très acceptables : « i" Les droits de-l'homme en société sont la liberté, l'égalité, la sûreté, la propriété. 2° La liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas aux intérêts d'autrui. 3° L'égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse.,» Ces déclarations étaient acceptables, mais les malentendus avaient troublé les esprits. Dans un interrogatoire subi lors de leur détention, les Carmélites de la rue Cassette, eu novembre 1798, ne s'étaient-elles pas avisées de repousser le serment de liberté-égalité, sous prétexte que leurs vœux les empechaient.de se dire libres ?
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en 1799, pour le prétendant Louis XVIII, un projet de constitution qui s'inspirait moins des principes de 89 que de la proclamation de Vérone. Manifestement il semble que le clergé ait désespéré de la liberté, et c'est en toute vérité que Mounier mettait au nombre des crimes commis par les Jacobins d'avoir armé contre elle « la plupart des ministres des cultes ».
Plus l'épiscopat se retirait de la Révolution, plus il se rejetait dans les bras de cette royauté qui était tombée dans un commun désastre en même temps que l'Eglise. Dans l'affaire de la constitution civile, les évêques, nous en avons fourni la preuve, obéirent, dans leur opposition, à des considérations religieuses, non à des inspirations politiques, et ce sera là un éternel honneur pour leur mémoire. Une fois chassés de France pour leur résistance nécessaire aune organisation ecclésiastique que réprouvait leur conscience, ils se laissèrent entraîner dans l'émigration à faire des vœux pour le succès des armées étrangères «qui devaient ramener le roi, à trop identifier la destinée, la résurrection de l'Eglise avec la destinée et la résurrection de la monarchie. Nous avons entendu, du vivant de Louis XVI, l'évêque de Blois, M. de Thémines, affirmer que « l'Église doit être indifférente à toute institution civile, république ou monarchie »; l'évêque de Langres, M. de La Luzerne, dire que « la catholicité peut fleurir dans une république ». Le temps fait son œuvre, et telle est dans l'épiscopat l'évolution des esprits que l'évêque de Béziers peut encore écrire en septembre 1800 : « Mon système à moi, pauvre petit évêque, est que sans royauté légitime point de catholicité en France, de même que sans catholicité point de royauté. » Je sais qu'il faut plutôt voir dans ces paroles un cri du cœur qu'une affirmation doctrinale. Quand Louis XVIII a voulu prendre à son compte cette théorie et imposer au clergé « l'apostolat de la royauté », il a entendu ses confidents les plus quali-
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fiés, ses évêques de confiance, les Talleyrand-Périgordv les x\.sseline,.les Bonal, les La Marche, lui signifier courageusement que la religion peut vivre avec tous les régimes et ne s'identifie à aucune forme de gouvernement.
On le voit, l'évêque gardait le pas sur le gentilhomme, mais est-ce à dire que le gentilhomme n'ait point influé sur l'évêque? La grande discussion sur les serments politiques nous a prouvé le contraire. De 1792 à 1801 le clergé resté ou rentré en France s'est trouvé placé entre l'alternative de prêter ces serments, que les conseillers les plus autorisés à l'intérieur jugeaient permis, ou de renoncer, à tout le moins, à l'exercice du culte public. Nous savons avec quelle passion les irréconciliables opposaient un non possuinus absolu ; nous avons entendu le cardinal de Montmorency, évêque de Metz, s*écrier : « L'horreur de la république est telle que, si le Souverain Pontife ordonnait de la reconnaître, un grand nombre de catholiques n'obéiraient pas et aimeraient mieux devenir schismatiques que républicains. » Il parlait dans cette lettre de la république du Directoire. Presque aussi vive sera la résistance à la république du Consulat ; et quand il s'agira de faire la promesse de fidélité à la constitution de l'an VIII, d'accepter en fait im gouvernement manifestement réparateur, on assistera aux polémiques que nous avons fait connaître, polémiques peut-être d'autant plus ardentes que le nouveau pouvoir s'annonçait avec un caractère de force et de durée inquiétant pour le prétendant au trône.
Heureusement le parti des clairvoyants, le vrai sentiment des intérêts de l'Eglise ont en France, hors de France, des interprètes autorisés et opiniâtres. Dans l'exil, des prélats qualifiés, les La Tour du Pin, les Fontanges, les Mercy, les Barrai, les Boisgelin, les Gicé, se prononcent pour la soumission. Mais sur ce point c'est de l'intérieur
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que part la direction et le mot d'ordre. Dans ce combat où il fallait assurer le triomphe toujours difficile de la modération et du bon sens, nous avons rencontré aux premiersrangs l'évêque d'Alais, M. de Bausset, qui fut la plume,, et surtout le supérieur de Saint-Sulpice, M. Émery, qui fut la tête et le bras. Homme rare par l'étendue de son savoir, par la connaissance de son temps, par la netteté de ses vues, par le calme et l'énergie de ses décisions, oracle du clergé, consulté de toutes parts, moins pour sa haute situation que pour la supériorité de ses lumières, M. Emery avait été appelé par la Providence à diriger durant le long interrègne de l'épiscopiat pendant la Révolution. Né pour commander, ayant conscience de voir clair et de remplir une mission nécessaire, nous le voyons déployer, du fond de sa cellule de Saint-Sulpice, la décision, le coup d'œil de l'homme d'Etat, et prendre une initiative qui ne craint pas de blesser la modestie traditionnelle de sa Compagnie. Son entrée dans, le conseil archiépiscopal, au départ de M. de Juigné pour l'exil, lui donne une autorité nouvelle pour agir sur le clergé de Paris et par Paris sur le clergé de France, dont il est, au témoignage de M. de Bausset, le véritable « modératem^* pendant vingt ans des plus violentes tempêtes ». Les évêques qu'il a élevés et qui le vénèrent, le Pape luimême, qui l'a en haute estime, tiennent le plus grand compte des opinions d'un homme aussi ferme que sage, qui ne désire rien et ne craint rien. Gomme la communauté dont il est supérieur n'a pas fom'ni un seul de ses membres aux constitutionnels, et qu'elle a donné plus de martyrs à l'Église que toutes les autres congrégations ; comme il a lui-même bravé vingt fois la mort ; comme il peut se rendre le témoignage que « la vie ne lui tient à rien », et que durant dix-huit mois « ses pieds ont trempé dans le sang des prisons » ; comme, selon le mot de Chateaubriand, « il tenait toujours sa vie à votre disposition, en
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échange de sa volonté qu'il ne cédait jamais », on ne saurait l'accuser de défendre par faiblesse la cause de la modération. Après avoir combattu l'avis des évêques qui paraissaient introduire la politique dans la religion, on le verra, avec un courage alors trop rare, résister à Napoléon, qui voudra subordonner la religion à la politique. Hardi d'ailleurs au besoin, autant que calme, initiateur en théologie comme en politique, à la fois ancien et moderne, dînant im jour chez Talleyrand malgré sa répugnance, entrant dans le conseil de l'université et dans la commission des conciles, moraliste, polémiste, jom'naliste à ses heures, capable, par sa science acquise, par une facilité et une clairvoyance étonnantes, de suffire à une immense correspondance, toujours présent là où l'appellent les intérêts de l'Eglise, occupé naguère dans les aimées terribles à étayer ses ruines, bientôt, quand le calme succédera à la tempête, l'un des premiers ouvriers accourus pour rebâtir, conseillant aux évêques leur démission pour assurer le succès du Concordat, inspirant les nouveaux choix, le seul enfin dans le clergé de qui Napoléon acceptera la vérité, parce qu'il verra en lui une raison égale au désintéressement et à la piété, un conducteur d'hommes et un caractère : M. Emery, tout en restant dans la pénombre, exerça, aux aimées les plus agitées 'de notre histoire, une sorte d'hégémonie ecclésiastique, toute faite de persuasion, d'estime, de vénération, d'hommages rendus à la vertu, à la fermeté conciliante, à la sagesse, à la supériorité intellectuelle et morale.
Il fallait de tels hommes pour inspirer le clergé et lui épargner des erreurs de tactique dont les conséquences pouvaient être désastreuses pour la cause catholique. Ils avaient à invoquer pour leur thèse le spectacle d'une religion qui renaissait de toutes parts, en dehors de tout seQours humain, de toute intervention royale, de tout appui gouvernemental. Les souvenirs tout récents de la
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Constituante rappelaient fiux évêqnes, aux prêtres, avec quelle facilité et quelle rapidité l'Eglise avait été dépouillée de ce qui ne tenait point essentiellement à sa mission divine. Sa situation politique et ses prérogatives de premier ordre de la nation, les biens, patrimoine magnifique, qu'elle avait acquis à travers les siècles, son privilège même de religion d'Etat, tout ce décor extérieur qui faisait autour de son front une brillante parure mêlée de quelques taches, tout cela avait sombré en un clin d'œil,. en quelques séances, sous un simple vote de la majorité. Et c'en était fait pour toujom's. Du reste, le clergé de France, par sa dignité en présence de la spoliation dont il était victime,, par le courage, la force d'âme que nous lui avons vu déployer dans les épreuves et les privations de l'exil prouva qu'il était au-dessus de la faveur des hommes.
La majorité a continué à légiférer. Par la constitution civile du clergé elle a voulu organiser une église nationale. Mais, comme la Révolution entrait manifestement ici dans le domaine spirituel, elle a fini par échouer, malgré toute sa puissance, malgré toute la pression et toutes les violences exercées contre les prêtres. La Convention, a été plus loin, elle a décrété l'abolition du culte. Ce culte, elle a pu l'atteindre dans ses temples qu'elle a détruits ; mais comme la foi a un. refuge inviolable dans , la conscience où aucune puissance humaine ne peut péné- . trer, il a suffi d'un peu de calme après la tempête pour voir se rouvrir des sanctuaires sur toute la surface du territoire. Nous avons assisté à cette renaissance religieuse. Cette grande expérience a dm'é six ans, sous une republique, sous un régime de séparation de l'Eglise et de l'État, sous une législation ombrageuse et trop souvent • encore persécutrice. Les gouvernements, les parlements. Constituante, Législative, Convention, Directoire, avaient enlevé à l'Église tout ce que lui avaient donné les hommes.
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tout ce qu'ils purent lui retirer, jusqu'aux pierres de ses sanctuaires, jusqu'aux autels du sacrifice, et voilà que le peuple, voilà que les fidèles lui rendaient, lui rapportaient le seul bien qui lui soit absolument nécessaire, et. qu'aucune puissance humaine ne saurait lui ravir : la foi du croyant.
A la fin du xviii^ siècle, la royauté, pour laquelle nombre d'évêques ont plus ou moins combattu, liant imprudemment la religion à sa cause, semble perdue. Par contre, la religion, livrée à ses seules forces, malgré tous les pouvoirs humains, a repris manifestement possession de la France. Dans le cours de la Révolution , l'épiscopat, attentif aux événements qui devaient, pensàit-il, ramener la monarchie, et avec la monarchie l'Eglise, n'avait pas assez aperçu, derrière la scène politique où paraissaient et disparaissaient chaque jour tant de figui'ants grotesques ou terribles, le mouvement des esprits d'où devait sortir, en dehors des gouvernements et malgré eux, la renaissance chrétienne qu'ils ne croyaient possible qu'avec ses princes tant aimés, la puissance de résurrection que la religion porte en elle, en dehors de tout secours humain. D'autres hommes que les prêtres, leurs persécuteurs, les conventionnels , les thermidoriens, les gens du Directoire, ceux qui seraient tentés de les imiter, trouveraient aussi à s'instruire à cette grande expérience. Elle apporte une confirmation éclatante à ces maximes du grand Frédéric qu'il ne faut pas « se mêler de la foi des peuples », que « la religion est une ancienne machine qui ne s'usera jamais ^ ».
La question du culte soulevée avec tant de violence par la Révolution va donc être tranchée par la vitalité même de l'idée religieuse qtd a repris possession de la France et qui l'a conduite au Concordat. Il était malheureusement
I. Ernest Lavisse, ie Grand. Frédéric avant l'avènement, iSgS, in-S", p. i34.
STATISTIQUE ET VUE d'ensemble 553
un autre problème qui n'était pas résolu, c'est celui de la Révolution elle-même. Nous l'avons vu, le clergé y était entré avec enthousiasme et en était sorti avec horreur. Quelques esprits, tels que M. Émery, avaient regretté l'emballement des premiers jours et plus encore les cris de guerre et de malédiction des années sombres. N'ayant pas quitté la France, ils la voyaient absolument rélfractaire à toute tentative dç retour à l'ancien régime ; ils avaient, dm'ant le cours des événements, assisté à de terribles colères, à des massacres, contre les prêtres accusés d'hostilité à la Constitution ou de projets de contre-Révolution i. Aussi ne cessèrent-ils de multiplier leurs efforts, leurs supplications, pour empêcher le clergé de se mettre en travers de la nation, d'ajouter une barrière politique à tous les autres obstacles que l'Eglise était obligée de vaincre pour sortir de ses ruines. Ces conseils furent suivis dans l'intérieur de la France par la masse du clergé qui se renferma exclusivement dans l'apostolat des âmes, et qui, sous le Consulat, finit par se ranger à la promesse de fidélité à la Constitution.
Mais si, en fait, la trêve, la paix même semblaient conclues, la question de principe restait posée. Un oÏDservateur sagace pouvait écrire : « Les ëvêques, comme les prêtres, se trouvent divisés sur toutes les questions que la Révolution a fait naître 2. » Chose étrange, ces paroles, qui datent de 1800, auraient pu être dites cent ans plus tard, en 1900, c'est-à-dire, hier. La même diversité règne encore
1. Ce fut l'éternel refrain, non seulement sous le Directoire, mais aussi sous là Convention. Tallien dénonçait dans un rapport, le 25 octobre, la veille même de la clôture de la Convention, « les intrigues employées pour détruire la liberté, anéantir l'égalité... Depuis six années les prêtres, les nobles, se sont ligués contre la Révolution française... Les émigrés, les prêtres réfractaires rentrent en foule, et la contré-révolution se prépare. » Trois jours auparavant, le 22 octobre, M. Emery, dans une lettre à M. Duclaux, déplorait que le refus des serments politiques par les prêtres eût contribué à les faire passer pour des « ennemis irréconciliables de la république ».