‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 266 sur 355 · Annuaire de · texte numérisé non relu

Annuaire de

a A dix heures précises, lo corlège faisait son entrée dans la chapelle. A droite du catafalque prenaient place dans le banc occupé d'ordinaire par M. le proviseur, au-dessous de la plaque commémorative, M. Daguin, président de l'association, le Recteur M. Monrier, le proviseur M. Joguet; à gauche se plaçaient M. E. Chaude, vice-président, et le censeur M. Lenglier; puis venaient M. Legrand, proviseur du lycée Condorcet, ancien proviseur de Saint-Louis, les anciens présidents de l'association, MM. Leviez, Havet, Doncet, Denormandie, Dafiry de la Monnoyé ; le comité d'administration presque tout entier, M. de Royon qui avait donné le modèle de la plaque commémorative, et en a\ait surveillé l'exécution, M. E. Sabonrinqui avait apporté tous ses soins à la cérémonie. Le nombre des assistants eût été bien plus prend encore si l'exiguité du local n'avait empêché de convier tous les membres de l'Association. Le service religieux a été célébré avec pompe par M. Legrand. curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, vicaire général du diocèse, qui avait bien voulu à la prière de l'aumônier du lycée, M. Damnas, venir par sa présence relever l'éclat de la cérémonie.

« Le R. P. Olivier, de l'ordre des Frères-Prêcheurs, a, dans une admirable improvisation, ému tout son auditoire; s'inspirant des sentiments que faisait naître une telle solennité, et s'adressa nt surtout aux élèves du lycée, il a parlé successivement « de l'amour de Dieu, de l'amour de la famille et de l'amour de la patrie, » et fait battre tous les cœurs par l'énergie de sa parole et l'élévation de ses idées.

c Pendant toute la durée de l'office, l'excellente musique de la garde républicaine se tenait dans la cour, à l'entrée de la chapelle, et a exécuté différents morceaux avec son habileté ordinaire.

c A onze heures et demie le service religieux était terminé et chacun se retirait vivement impressionné et en remerciant le Proviseur et l'aumônier de s'être associas £vec autant de zèle à la pensée de l'Association des anciens élèves. »

Après avoir présenté aux lecteurs la maison, nous voudrions bien leur parler de ses habitants, de ceux qui depuis 1820 ont passé à Saint-Louis, aux divers titres de proviseurs, de professeurs, d'élèves, mais c'est une lâche que nous réservons pour l'avenir. Nous avons essayé de retracer l'histoire du vieux collège d'IlAftcouitT jusqu'à et y compris sa renaissance sous le nom de Saint-Louis, nous ne voulons pas faire attendre plus longtemps le résultat de cette tentative. Il en est d'ailleurs beaucoup encore, parmi les membres de {'Association des anciens élèves qui connaissent cette renais-

sance mieux que nous ne saurions la présenter, parce qu'ils peuvent dire

Quorum pars magna fui.

C'est à eux, à ces anciens, à ces contemporains qu'il appartient de nous renseigner sur ce qu'ils ont vu, ce qu'ils onl entendu, ce qu'ils ont fait dans le lycée Saint-Louis de leur jeunesse et de leur (emps. Nous ne pouvons que poser les jalons de ce complément en rappelant les noms des hommes remarquables qui ont perpétué les glorieuses traditions des ancêtres harcuriens.

Hais, à tout seigneur, tout honneur, laissons passer d'abord devant nous les proviseurs du lycée Saint-Louis depuis que l'ancien collège d'HARCouRT a reçu ce nom en 1820.

C'est ici qu'il faudrait donner la biographie de ces hommes de talent et de dévouement qui ont repris l'œuvre de leurs devanciers et perpétué la renommée de l'ancien collège cTHarcourt devenu le lycée Saint-Louis. Mais, oulre que les documents nous font défaut, nous risquerions de dépasser les bornes de ce modeste travail. Contentons-nous seulement d'en esquisser quelques traits avec l'aide des étals de service et des appréciations que nous avons recueillies dans V Annuaire de l'Association des anciens élèves du lycée Saint-Louis. On dit que la vérité sort do la bouche des enfants, nous le constaterons une fois de plus en entendant les disciples faire l'éloge de leurs maîtres.

Le premier proviseur du collège, lorsqu'on le rouvrit en 1820, comme nous l'avons rapporté, fut l'abbé Nicolas Thibault, dont nous avons vu plus haut la lettre à la comtesse d'Harcourt. Il étail né vers 1769, et appartenait nu diocèse de Nancy. Proviseur du collège de celte ville où il avait « donné de grandes preuves d'habileté, » il ne le quitta pas, pour venir à Saint-Louis, sans emporter les plus vifs et les plus profonds regrets de ses élèves, ainsi que le disait le Recteur Nicolle en l'installant dans son nouveau poste. Sa bonne administration devait assurer l'avenir de Saint-Louis. Il y réalisa, en effet, le programme qu'il s'était tracé en prenant pos-

session desa charge, quçnd il déclarait qu'il établirait au collège Saint-Louis « une discipline tout è la fois ferme sans rigueur et paternelle sans faiblesse*. » C'est ainsi qu'à l'exemple de ses glorieux prédécesseurs du collège d'HARcouRT il savait mettre en pratique le sage précepte du commandement qui prescrit un mélange de douceur et de force, suaviter et fortiter, comme nous le lisons sur l'écusson placé au bas du portrait du proviseur Padet1. Un des successeurs de l'abbé Thibault, dans un appel aux souvenirs de ses anciens élèves, caractérisait la physionomie de ce chef vénéré en le qualifiant de « respectable abbé Thibault* ». C'était, en effet, un homme de belle taille, d'allure militaire, et qui avait, dit-on, assisté à la prise de la Bastille. Après avoir administré pendant cinq ans le collège Saint-Louis, il le quitta pour devenir inspecteur général de l'Université, en 1825, et mourut à Paris le 28 mars 1830. M. l'abbé Thibault était chanoine honoraire de Toulouse et de Saint-Dié, et chevalier de la légion d'honneur.

Son successeur, eu 1825, fut l'abbé Valcntin Ernest Ganser, né vers 1775, et Alsacien d'origine. C'était un saint homme, que tout le monde estimait à cause de sa fidélité au devoir et de son administration aussi sage que bienveillante. Le même auteur que nous venons de citer, Ta appelé « l'austère mais paternel abbé Ganser k ». C'est à peu près le seul détail que nous ayons pu retrouver à son endroit, mais il est tout en sa faveur, car il prouve qu'il possédait les qualités des bons éducateurs qui voient dans leurs fonctions moins une magistrature qu'une paternité. Cette impression nous est confirmée par une lettre que H. Camille Doucet, secrétaire perpétuel de l'Académie française, a bien voulu nous communiquer. Élève de Saint-Louis au temps du proviseur Ganser, il écrivait à son père, en 1829 : « Je descends à l'instant de chez

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