Bib. Sorb., U. 132, n
invite le* collèges et monastères placés sous sa dépendance à prier pour le roi, la reine, le dauphin et la conservation des libertés de l'Église et du royaume de France. Elle préparait ainsi ses suppôts à la protestation publique qu'elle méditait. Le lendemain elle organise une procession solennelle, à laquelle prennent part tous les écoliers et toutes les Facultés, sous la présidence du Recteur, qui les conduit à Sainte- Calherine-de-la-Couture, où un sermon est prononcé sur la circonstance. Ce n'est pas tout : une députation du Recteur et de douze docteurs vient au Parlement pour protester contre le Concordat, s'opposera son enregistrement et demander aux magistrats de « juger les procès, nonobstant sa publication, selon la Pragmatique ». Le doyen du chapitre et plusieurs chanoines de Notre-Dame se présentent à leur tour et parlent dans le même sens. Pour couper court à toutes ces résistances, François Ier donne ordre au Parlement, le 22 janvier, de procéder sans délai à l'enregistrement du Concordat et envoie le sire de La Trémoille, son premier chambellan, pour y faire procéder officiellement en sa présence. L'Université, loin de se soumettre, jette feu et flammes, renouvelle ses processions, défend à ses libraires d'imprimer et de vendre le Concordat, veut en appeler au futur concile et s'adresse même à l'archevêque de Lyon/ pour lui demander, en sa qualité de primat des Gaules, de convoquer un concile national. Mais le roi ne cède pas : il fait arrêter et emprisonner quelques-uns des conseillers et des officiers de l'Université qui se montraient plus récalcitrants, et, autant par sa fermeté que par l'habileté de son chancelier Duprat, finit par rétablir la paix et assurer au Concordat son entière exécution1. Malgré cette opposition, le Concordat ne fut pas mal accueilli par la jeunesse des écoles appelée, d'ailleurs, à bénéficier la première de l'heureuse réforme qu'il apportait à la collation des grades universitaires. Ainsi, au lieu de quatorze années d'études, réclamées autrefois pour les docteurs et les licenciés en théologie, l'acte pontifical
1. V., sur cette affaire, du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. VI, p. 30-100. — Crévier, Hist. de VUniv., t. V, p. 98-120.
n'en exigeait plus que dix ; au lieu de huit ou neuf ans pour les docteurs el les licenciés en droit et en médecine, il ne fallait plus que sept ans; au lieu de six ans, cinq suffisaient pour les docteurs et les licenciés es arts; enfin six ans seulement pour les simples bacheliers en théologie, au lieu de huit; et cinq ans, au lieu de six, pour les simples bacheliers en droit, c'eslà-dire pour le plus grand nombre des étudiants* Les grades inférieurs, baccalauréat el licence, étaient les seuls requis pour la plupart des fonctions ou des bénéfices, et beaucoup d'écoliers n'arrivaient pas à la maîtrise ou au doctorat, à cause de ces longues années d'épreuves qu'il fallait parcourir, et aussi des frais assez considérables qu'entraînait la recherche de ce grade supérieur1. Il n'était ambitionné que par ceux qui se destinaient à l'enseignement, qui voulaient être incorporés à une Faculté ou qui aspiraient à de hautes dignités dans l'Église.
L'Université ne garda pas rancune à François Ier pour lui avoir imposé le Concordat : nous la voyons, en effet, en 1521, ordonner des prières dans les collèges et célébrer une procession générale, le 22 septembre, pour demander à Dieu sa protection sur les armes du roi, qui venait d'engager la lutte contre Charles-Quint*. Cette attention de la part de sa Fille aînée n'empêcha pas François I,r de retirer, en 1522, au prévôt de Paris la charge de conservateur des privilèges royaux de l'Université, dont le Chàtelet était en possession depuis Philippe de Valois9 (1340). C'est qu'on était alors au plus fort de la guerre contre les Impériaux el à bout d'expédients pour remplir le trésor royal épuisé par les prodigalités du roi. Le chancelier Duprat recourut au système des emprunts et créa la dette publique, qui, depuis, n'a fait que s'accroître. Il
1. Pour donner une idée de ces frais exorbitants! disons, d'après Ramus, que le doctorat es arts coûtait plus de 50 livres, celui de droit 150 livres seulement, celui de médecine près de 800 livres, celui de théologie 1000 livres, exigées pour les gants, bonnets, repas, tapis, etc. (P. Ramus, Proœmium reformations Academiœ Paris.* p. 457).