GALERIE DES FETE5, PEINTURE DE H. LEHMANN
Quels souvenirs .évoque à l'esprit ce nom populaire : l'Hôtel de Ville de Paris ! Pendant cinq siècles, il apparaît à toutes les pages de l'histoire nationale , expression , symbole éclatant de patriotisme, de liberté et de progrès. L'Hôtel de Ville, c'est le palais et la forteresse du peuple ; il tient là ses assises de gloire et de justice ; il s'y retranche pour défendre ses droits civiques et ses conquêtes libérales. Il en sort pour jeter bas des trônes, ou pour marcher à la frontière contre l'ennemi. L'Hôtel de Ville, c'est le cœur et la tête de la grande cité, sublime dans ses héroïsmes, terrible dans ses explosions de colère, dans ses affolements de terreur.
Né d'une révolution du peuple contre la royauté, grandis-
sant à chaque période de la prospérité et de l'extension de Paris, THôtel de Ville en devient pour ainsi dire la personnification vivante ; chaque pierre ajoutée au monument est le testimonial d'une liberté ou d'une gloire nouvelle. Son fondateur a nom Etienne Marcel, le grand prévôt des marchands du xiv^ siècle. La Renaissance française, cette efflorescence du génie national, le rebâtit, lui donne une forme en harmonie avec le caractère brillant et pittoresque de cette grande époque. La Révolution entreprend de l'agrandir et c'est la seconde Renaissance, celle du xix" siècle, qui exécute ce vaste projet; respectueuse du passé, elle enchâsse religieusement dans les constructions nouvelles l'œuvre primitive, sans en altérer le caractère ni la beauté. Et lorsqu'il disparaît, c'est emporté dans la plus terrible des tourmentes révolutionnaires. La Commune de 1871 en fait un brasier gigantesque pour éclairer la nuit sinistre de ses funérailles. Tout est grandiose dans l'histoire de l'Hôtel de 'Ville de Paris.
La troisième République le reconstruit; le vieil édifice municipal renaît de ses ruines, dans sa forme primitive légèrement modifiée, aussi fier, aussi imposant qu'autrefois, et entouré, comme d'une couronne de gloire, des images vénérées des ancêtres et des illustrations de la cité. Dans quelque temps il sera achevé et inauguré. Nos plus grands artistes, à l'appel de la municipalité, le décoreront, couvriront ses murailles des œuvres de leur génie et de leur talent. En présence de cette résurrection éclatante, nos fils pourront avoir l'illusion du passé et croire que le vieux monument parisien n'a point été détruit. Mais si le pré-
sent, plein de prospérité et d'apaisement social, doit faire l'oubli ou tout au moins le silence sur les événements douloureux de 1871, l'histoire a le devoir de ne point laisser disparaître le souvenir des chefs-d'œuvre dont l'art français avait orné l'Hôtel de Ville. Il y avait là des peintures d'Ingres, de Delacroix, véritables productions de génie, dont la destruction est un désastre pour l'humanité ; l'école contemporaine y avait exécuté des travaux considérables, qui formaient quelques-uns de ses titres les plus sérieux à la gloire.
C'est dans le but patriotique de conserver les vestiges documentaires de la décoration artistique de l'ancien Hôtel de Ville de Paris, que nous avons entrepris cet ouvrage.
Nous avons consacré plusieurs années à rechercher, à réunir toutes les esquisses, tous les dessins des peintures et sculptures qui s'y trouvaient, tous les renseignements historiques sur ces œuvres et sur leurs auteurs; nous pouvons ainsi donner, à très peu d'exceptions près, une reproduction fidèle des éléments de cette décoration merveilleuse.
L'histoire politique et administrative de l'Hôtel de Ville de Paris a été écrite d'une manière complète par Leroux de Lincy. Nous nous sommes préoccupé exclusivement de son histoire artistique. Nous avons, par une longue étude des dossiers des anciennes archives, heureusement sauvés de l'incendie, analysé tous les documents officiels relatifs aux commandes artistiques destinées à l'Hôtel de Ville, nous conformant sur ce point important au type adopté par la municipalité pour la publication des inventaires de ses richesses d'art.
Nous avons consacré de longues écritures aux archives, qui contenaient tant de trésors inappréciables pour l'histoire de la ville de Paris, à la Bibliothèque, pleine de livres d'un si grand prix et dans l'incendie de laquelle a péri, hélas ! la Bible de Juvénal des Ursins, cet incomparable monument de l'art du xv' siècle.
Nous avons entrepris et poursuivi ce long travail avec l'espérance intime et l'orgueil patriotique qu'il ne serait peut-être point inutile à la gloire de l'art français et à celle de Paris. Il ne faut point que l'on puisse dire un jour du vieil Hôtel de Ville : Etiam periere ruinœ.
GRANDE GALERIE DES FETES, H. t.