‹ L'ancien Hotel de Ville de ParisChapitre 38 sur 68 · PEINTURES · texte numérisé non relu

PEINTURES

Les registres de l'Hôtel de Ville, qui ont pu être consultés avant l'incendie par Leroux de Lincy, et ceux qui existent encore dans les Archives nationales, contiennent la mention de très anciennes peintures qui décoraient non seulement la grande salle, mais encore plusieurs autres pièces du monument. Elles formaient un véritable musée municipal parisien, en raison des portraits des membres de l'édilité parisienne qui y étaient exposés. La plus ancienne mention remonte au i" août i55i. En voici le texte :

Aujourduy, messieurs les prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris, esjans assemblés en leur petit bureau pour les affaires de ladicte ville, ont

advisé et délibéré que la somme de quatre-vingt-douze livres, treize solz, six deniers tournois, consignés audict bureau, provenue de la vente de pastel ou guesde, prétendu par le procureur du roy et de ladicte ville avoir esté confisqué, et dont n'est encore intervenu Jugement deffinitif; ladicte consignation cy devant enregistrée du xvn" juillet mil v' l, après ce que le receveur de ladicte ville, ne le greffier d'icelle ne se sont vouUuz charger de ladicte somme, et aussi qu'il ne se trouve partie qui prétende droit audict pastel, guesde, ne qui en face poursuitte, qu'elle sera employée au payement de l'aornement, vernys et doreure du fons du plancher du petit bureau faict au bastiment neuf de ladicte ville ; et que la quictance dudict payement sera cy dessoubz escripte et enregistrée. Et s'il advenoit cy après que aucun feist poursuitte de ladicte somme, et qu'il faulsist icelle rendre, qu'elle sera rendue des deniers de ladicte ville. Et cedict jour, selon le pourtraict à nous baillé par la vefve feu maistre Charles Dorigny, paintre, avons faict marché avec elle et ses gens à ladicte somme de un"" xii livres, xiii sols, VI deniers, pour la façon dudict aornement, verniz et dorure dudict petit bureau. Aujourd'hu}^ en la présence des notaires du Roy nostre seigneur, ou Chastellet de Paris, soubz signez, JaqueUne Bordier, vefve de maistre Charles Dorigny*, en son vivant painctre, demourant à Paris, a confessé avoir eu et receu de messieurs les prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris, la somme de quatre-vingt-douze livres, treize solz, six deniers tournois, à quoy lesdictz prevost des marchans et eschevins ont, suyvant la délibération escripte de l'autre part, verballement convenu et marchandé avec ladicte vefve, pour la paincture et façon de l'aornement du fons du plancher du petit bureau de l'Hostel neuf de ladicte ville, verniz et dorure d'icellu}^ qui a esté faict par ladicte vefve, suivant le portraict par elle faict et baillé qui est demouré au bureau de ladicte ville. Dont et quictant, etc., pour la quelle somme de iiii" xu livres, xiii sols, vi deniers, iceulx prevost des marchans et eschevins ont dict et declairé, presens lesdictz notaires, estre la somme qui avoit esté cy devant consignée en leurs mains pour les causes et ainsi qu'il est contenu en ladicte délibération escripte de l'autre part. Promectant, obligeant, renonçant, etc. Faict l'an mil cinq cens cinquanteung, le lundi vingt-huictiesme jour de septembre.

Les registres de i556 à i5gg font défaut. En 1602, Jérôme Francœur, « paintre de Paris », reçoit cent vingt écus pour avoir exécuté un tableau représentant le prévôt des marchands et les échevins, ainsi que les autres officiers municipaux en charge à

I. Dans les Comptes des bâtiments du Roy, le nom de Charles Dorigny figure pour des ouvrages de peinture exécutés à Fontainebleau : « Ce

Charles Dorigny, peintre, à raison de vingt livres par mois. »

AVANT LA RÉVOLUTION. i35

cette époque. En i6o3, Jehan Danger (d'Angers?), maître peintre de la ville de Paris, reçoit trente-cinq écus quarante sols pour ce avoir travaillé de son estât pour ladite ville de Paris ». Nous trouvons plus loin le nom du même artiste, avec mention d'un ordre de i ,5oo livres « pour son payement des peintures et armoiries qu'il a faites pour la ville ».

En 1609, Ferdinand Hellé, maître peintre, demeurant au faubourg Saint-Germain, s'engageait à fournir, moyennant quatre cents livres tournois, « un grand tableau avec le cadre, où le prévôt des marchands, les échevins, les procureurs du roi, et les greffiers, seraient représentés tous ensemble». En 161 1, Georges Lallemand recevait la même somme pour une oeuvre pareille; cinquante livres en plus y étaient ajoutées « pour huit petits tableaux et portraits séparés faits par ledit Lallemant desdits sieurs officiers». En 1624, le même travail était payé cinq cents livres à Louis Bobrun'.

Vers 1620, François Porbus, fils d'un peintre flamand, dit Félibien dans Ses entretiens sur la vie des peintres, acquit une assez grande réputation en exécutant le portrait de plusieurs prévôts et échevins. Les œuvres de cet artiste que possède le Louvre, les portraits de Henri IV, de Marie de Médicis et de Guillaume de Vair, justifient l'appréciation du vieil historien. Dans ses Antiquités de Paris, Sauvai, faisant mention de ces portraits, écrivait que ceux des autres (très vraisemblablement ceux de Jehan Dangers, de Francœur, etc.) ne paraissaient que « peintures de village ou du pont Notre-Dame ». Le même écrivain signale encore un autre tableau de Porbus où il avait représenté Louis XIII recevant les serments du prévôt et des échevins en présence de Marie de Médicis sa mère, du chancelier et de quelques grands du royaume, et il ajoute la pittoresque critique que voici : « Tout y est animé, vivant; les têtes en sont peintes

I. Reg. des rec. et dép.. Archives royales, cités par Leroux de Lincy

avec une' facilité incroyable, ou plutôt inimitable; il y en a où l'imprimerie de la toile s'est déteinte. Les poils y sont si bien touchés et si bien distingués qu'on les pourroit compter. « De son côté, Dargenville, dans le Voyage pittoresque de Paris, dit : « Les têtes en sont aussi belles que de Van Dyck. » A la lin du xvir et au xviii= siècle, la décoration picturale de l'Hôtel de Ville devient très importante; les descriptions du temps mentionnent

GALERIE DES FETES

Peinture de H. Lehmann.

une série d'œuvres de Largillière, Mignard, Jean de Boullongne, de Troy, Michel et Carie Vanloo, Roslin, Halle, Vien, etc.

Dargenville décrit ainsi la décoration des principales salles de l'Hôtel de Ville : « La grande salle est ornée de plusieurs tableaux faits par d'habiles mains, suivant les différentes époques remarquables dont ils sont les monuments. Le premier des quatre qui occupent une des faces principales est le mariage de M. le duc de Bourgogne avec Marie- Adélaïde de Savoie, peint par Largillière.

AVANT LA RÉVOLUTION

« Le second est un tableau allégorique représentant la publication de la paix en 1749; il a été peint par M. du Mont.

« On voit dans le troisième le roi, après sa maladie et son retour de Metz, reçu à l'Hôtel de Ville par le gouverneur, le prévôt des marchands et par les échevins. C'est Touvrage de M. Roslm.

« Le quatrième est le festin que la ville donna à Louis XIV et à sa cour, en 1687, à son retour de Notre-Dame, où ce prince avait

QALERIE DES FETES

Peinture de H. Lehmann.

été remercier Dieu du rétablissement de sa santé, après une dangereuse maladie. Il est de Largillière. Sur une des cheminées paraît Louis XIV qui accorde à la ville des lettres de noblesse, par Louis de Boullong-ne.

« Au-dessus des deux portes qui sont à droite en entrant, on a placé deux excellents tableai^x de Porbus le fils, qui représentent le prévôt et les échevins de cette ville à genoux aux pieds du trône de Louis XIII avant et depuis sa majorité. Marie de Médicis paraît dans un de ces tableaux auprès du roi son fils.

i38 L'ANCIEN HOTEL DE VILLE

« L'antichambre de la salle des gouverneurs offre un tableau peint par de Troy le père, à l'occasion de la naissance de M. le duc de Bourgogne, père du roi. Ce prince est entre les mains du génie de la France qui est à ses pieds; Apollon, Minerve et la Renommée sont dans le haut du tableau.

« La salle des Gouverneurs est ornée de tous les portraits en pied des gouverneurs dans leurs différents habillements de cérémonie ou des ordres qu'ils portaient ; elle est terminée par un grand morceau de M. Carie Vanloo, dont le sujet est la publication de la Paix, en i73g. Le roi, assis sur son trône, est accompagné de Minerve qui lui présente un rameau d'olivier et de la Justice qui pèse dans sa balance les sentiments qui déterminent pour la paix le cœur du roi. La Paix et l'Abondance sont à la gauche du trône d'où sort la Renommée. Le reste du tableau est occupé par les prévôts des marchands et les échevins de la ville qui viennent rendre de très humbles actions de grâces à Sa Majesté. Une magnifique architecture et la ville de Paris en perspective forment le fond du tableau qui a treize pieds de haut. »

Les registres de la ville, aux Archives nationales, contiennent quelques renseignements complémentaires sur ces tableaux.

Le tableau de la paix d'Utrecht, de six pieds six pouces de dimension, fut payé six mille livres à François de Troy; celui de la remise des lettres de noblesse à la ville, par Louis de Boullongne, exécuté sur neuf pieds trois pouces de hauteur et huit pieds trois pouces de largeur, cinq mille livres.

A la date du 14 septembre 1702 est un document ainsi conçu : « Le sieur de Largillière, peintre ordinaire du Roy, promest et s'oblige par ces présentes envers nous... (les échevinsî de faire un tableau de dix à onze pieds de hauteur en dedans de la bordure, sur quinze à seize pieds de largeur ou plutost de la même hauteur et largeur que celui de la prévosté de M. Bose, représentant nous dit prevost des marchands, les sieurs de Santeul, Guillebon,

AVANT LA RÉVOLUTION. iSg

Boutet, S. Desnotz, Lehueins et les sieurs procureur du Roy, gresfier et receveur, accompagnez de la Justice et de V Abondance, une tapisserie dans le fond, représentant l'avènement du duc d'Anjou à la couronne d'Espagne, avec toutes les allégories convenant au sujet, suivant le dessin que ledit sieur de Largillière nous en a présenté..., et de nous livrer ledit tableau au jour et feste de sainct Jean-Baptiste au plus tard pour estre mis en place dans la grande salle de l'Hostel de Ville, au lieu qui sera trouvé le plus convenable et moyennant la somme de cinq mil trois cens livres. » Dans le Voyage pittoresque de la France, nous trouvons la description détaillée des cinq autres tableaux historiques peints par Largillière, Roslin, Halle et Vien.

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