AIT JAMAIS EUS
Je rencontrais à l'hôtel Florence, il y a quelques jours, un Américain distingué dont j'avais fait la connaissance, il y a quelques années, à New- York. Ce monsieur, en promenade dans notre vieille cité, qu'il semble affectionner tout particulièrement, me faisait une remarque que je désire rapporter ici :
" N'est-il pas étrange, disait-il, que nous trouvions si peu de personnes, à Québec, qui puissent nous renseigner congrûment sur votre Québec ancien, dont vous devez être fiers cependant. Sur cent de vos cochers, on peut à peine en trouver un qui puisse nous servir de cicérone, comme on en voit tant en Italie et dans d'autres pays de l'Europe. Ceci est regrettable, car ce qui nous attire, nous Américains, vers Québec, que nous préférons généralement à Montréal, c'est parce que Québec est la ville historique par excellence du continent américain. "
Je tenais à rapporter ces remarques de mon ami américain, et tout le monde conviendra qu'elles sont parfaitement justes et raisonnables.
Notre vieux Québec, le boulevard ancien et moderne de la race française sur ce continent ; cette ville qui a vu tant de luttes de géants livrées par nos pères contre la race anglaise; cette ville, berceau de notre nationalité, n'est connue que par un petit nombre de ses enfants ! L'aveu est pénible à faire et pénible à entendre de la bouche d'un étranger.
Mais que sont donc devenus tous les ouvrages publiés sur le compte de Québec ancien, sur ses monuments, sur ses batailles héroïques, sur son archéologie, en un mot ? Ces ouvrages ont été lus et relus par le très petit nombre, il faut bien en convenir, puisque la très grande majorité n'a pas le goût de ces " vieilleries. " Si vous voulez connaître le goût général de notre population, annoncez une troupe de ménestrels ou de saltimbanques convertis en nègres ; annoncez encore un cirque et même une bataille de coqs, et vous verrez de quel côté sont les goûts populaires.
En présence de ces goûts baroques, qui mènent à l'indifférence des choses d'un ordre relevé, devons-nous déposer la plume, cesser nos recherches historiques et nous taire ? Nous serions bien coupables d'agir ainsi. La persévérance finira par recevoir sa récompense, en changeant le goût du peuple et en lui mettant dans le cœur l'amour
du beau et du grand. Il y a uu siècle, les Américains étaient aussi ignorants et aussi apathiques que nous, sous ce rapport. Les livres et l'école ont opéré, dans les esprits américains, une révolution que nous pouvons provoquer chez nous, si nous le voulons.
J'ai promis à mon ami américain de publier une petite étude topographique et historique de notre Québec d'il y a 174 ans, et, pour cela, je me sers, entre autres manuscrits et brochures, du travail de M. l'abbé L. Beaudet, publié en 1887, et intitulé: " Recensement de la ville de Québec pour 1716."
A cette époque, M. de Vaiidreuil était le gouverneur de la Nouvelle-France.
En l'année de l'arrivée de Mgr de Saint-Vallier au pays, en 1685, ou 31 ans avant 1716, le recensement donnait 1,205 âmes habitant Québec et 187 maisons ou édifices dans l'enceinte de la ville. En 1716 on voit que Québec renfermait 2,369 âmes et 462 habitations, ce qui donne, pour le nombre d'âmes, une augmentation de 1,164. et de 275 pour les habitations.