POUR ‘LE PIONNIER
Il est un äge dans la vie ‘Où chaque rêve doit finir # Un âge où l'âme recueillie
‘ A besoin de se souvenir.”
On me demande, à titre d'ancien rédacteur et correspondant du Pionnier, d'écrire quelque chose pour son 25e anniversaire : “ Tous les sujets sont bons, me dit-on, sauf la politique.” À défaut des questions brülantes qu'enfante tous les Jours cette mégère, recueillons-nous un instant el voyons les étapes parcourues par Le Pionnier depuis 1866 : vingt-cinq ans, c'est un bel âge pour un journal, dans notre pays, où les journaux, Île plus souvent, vivent ce que vivent les roses.
En 185% (il y à 85 ans) je visitais Sherbrooke pour la première fois. [l n'y avait alors, dans cette ville en herbe, que peu de familles d'origine française (parmi celles-ci figurait la faille Camirand) et rien ne faisait prévoir que notre race dût s’y porter en nombre, comme elle l’a fait depuis.
Aujourd'hui, nos compatriotes ont la tres grande majorité dans les cantons pris ensemble, et même à Sherbrooke.
(1) A propos du vingt-cinquième anniversaire du ion nier de Sherbrooke, célébré le 13 d'octobre de cette année,
Dix ans après, en 1866, deux jeunes avocats, ayant beaucoup plus de patriotisme que d'argent, s’unirent pour fonder Le Lionnier : je viens de nommer M. L.-C. Bélanger et M. H.-C. Cabana.
Le premier s'était chargé de la rédaction et l’autre de l'administration et de la garde des fonds. Cette dernière oceupetion ressemblait bien à une sinécure ; car les fonds ne furent jamais abondants dans la caisse du Pionnier, a son début. Les deux jeunes disciples dd: Thémis suppléaient à la rareté du numéraire par de l'éncreie, du dévouement et la plus stricte économie.
En 1874, M. Bélanger quitta Le Pionnier pour fouder un autre journal: Le Progrès, remplacé, plus tard, par Le Progrès de l'Est, qui vit encore.
Après quelques difficultés financières, qui semblent inhérentes à presque tous nos journaux, et pour des causes que je ne me charge pas d’expliquer ici, Le Pionnier fut placé sous la direction de M..i.-A. Chicoyne, administrateur intelligent : c'était en 1886.
Aujourd'hui, grâce à cette administration, Le Pionnier possède une position financiere relative: ment très bonne.
Ce journal est devenu surtout un journal d’a-
oriculture et c’est là sa plus grande utilité dans un milieu agricole comme l’est Sherbrooke, la
capitale des Cantons de l'Est. M. Chicoyne s’occupe d'agriculture et il a eu le bon esprit de s’attacher un agronome distingué dans la personne de M. G. Vekeman, Belge, venu au pays, il y a déjà plusieurs années. Les articles de M. Vekeman, signés JEAN DES ÊRABLES, sont remarquables et reinarqués: ils font honneur aux connaissanees de ce monsieur en agronomie et en économie sociale.
Sherbrooke d'il y a 35 ans est devenu le siège d'un évéché, d’un séminaire et de plusieurs maisons d'éducation importantes. Sherbrooke est devenu de plus le centre d’un commerce prospère. Nos nationaux, là comme partout ailleurs, grâce à leurs qualités prolifiques, conséquence naturelle d’une vie réglée et de bonnes mœurs, se sont créé une majorité considérable, se recrutant, à Sherbrooke surtout, parm, les juges, les avocats, les médecins, les notaires, ete,
Cet état de choses, si consolant pour notre race, est en partie l’œuvre du Pionnier ; c'est l'œuvre du patriotisme de ses fondateurs et de leurs successeuirs, qui n'ont jamais hésité un seul iastant à défendre vaillamment ce que nous avons tant à cœur : notre Religion et notre langue, Honneur à eux ! et au Pionnier, le souhait traditionnel en ce jour de son 25e anniversaire: A4 mullos annos !
Québec, 13 octobre, 1890.