‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 120 sur 192 · Roux et Bucbez, I, 190. Rapport do M. de Calonne · texte numérisé non relu

Roux et Bucbez, I, 190. Rapport do M. de Calonne

sions de détail, les réductions, les retards indéfinis de payement, et tous les procédés violents ou frauduleux qu'un débiteur puissant emploie impunément contre un créancier faible. « On compte cinquante-six violations de « la foi publique depuis Henri IV jusqu'au ministère de K M. de Loménie inclusivement* » et l'on aperçoit à l'horizon une dernière banqueroute plus effroyable que toutes les autres. Plusieurs, Bezenval, Linguet, la conseillent hautement comme une amputation nécessaire et salutaire. Non-seulement il y a des précédents, et, en cela, le gouvernement ne fera que suivre son propre exemple ; mais telle est sa règle quotidienne, puisqu'il ne vit qu'au jour le jour, à force d'expédients et de délais, creusant un trou pour en boucher un autre, et ne se sauvant de la faillite que par la patience forcée qu'il impose à ses créanciers. Avec lui, dit un contemporain, ils n'étaient jamais sûrs de rien, et il fallait toujours attendre *. a Plaçaient-ils leurs capitaux dans ses emprunts, ils « ne pouvaient jamais compter sur une époque fixe pour « le payement des intérêts. Construisaient-ils ses vais- « seaux, réparaient-ils ses routes, vêtissaient-ils ses sol- « dais, ils restaient sans garanties de leurs avances, sans « échéances pour le remboursement, réduits à calculer « les chances d'un contrat avec les ministres comme o celles d'un prêt fait à la grosse aventure. » On ne paye que si l'on peut et quand on peut, même les gens de la maison, les fournisseurs de la table, les serviteurs de la personne. En 1753, les domestiques de Louis XV n'avaient rien reçu depuis trois années. On a vu que ses palefreniers allaient mendier pendant la nuit dans les rues de Versailles, que ses pourvoyeurs « se cachaient, » que, sous Louis XVI, en 1778, il était dû 792 620 francs au

Page 1