‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 64 sur 192 · Dumouriez, Mémoires, III, chap. m (21 juillet · texte numérisé non relu

Dumouriez, Mémoires, III, chap. m (21 juillet

auxquels il faut répondre par des arguments de même nature, monter la garde autour de l'Assemblée, se faire ce astable volontaire, n'épargner ni sa peau ni la peau d'.iutrui, être peuple en face du peuple, voilà des procédés efficaces et simples, mais dont la grossièreté leur semble dégoûtante. Il ne leur vient pas à l'idée d'y avoir recours; ils ne savent ni ne veulent se servir de leurs mains, surtout pour cette besogne '.Elles ne sont exercées qu'au duel, et, presque tout de suite, la brutalité de l'opinion va, par des yoies de fait, barrer le chemin aux combats polis. Contre le taureau populaire, leurs armes sont des traits de salon, épigrammes, bons mots, chansons, parodies et autres piqûres d'épingle*. Le fonds et la ressource manquent à ce caractère; à force de s'affiner, il s'est étiolé, et la nature, appauvrie par la culture, est incapable de^ transformations par lesquelles on se renouvelle et on se survit. — L'éducation toute-puissante a réprimé, adouci, exténué l'instinct lui-même. Devant la mort présente, ils n'ont pas le soubresaut de sang et de colère, le redressement universel et subit de toutes les puissances, l'accès meurtrier, le besoin irrésistible et aveugle de frapper qui les frappe. Jamais on ne verra un gentilhomme arrêté chez lui casser la tête du Jacobin qui l'arrête ^ Ils se lais-

1. « Toutes ces belles dames et ces beaux messieurs qui savaient si bien « marcher sur les tapis et faire la révérence ne savaient pas faire trois « pas sur la terre du bon Dieu sans être accablés de fatigue. Ils ne savaient « pas même ouvrir ou fermer une porte ; ils n'avaient pas la force de « soulever une bûche pour la mettre dans le feu ; il leur fallait des domes- « tiques pour leur avancer un fauteuil ; ils ne pouvaient pas entrer et sor- « tir tout seuls. Qu'auraient-ils fait de leurs grâces, sans leurs valets pour « leur tenir lieu de mains et de jambes? » (G. Sand, V, 61.)

2. « Quand Mme de F. a dit joliment une chose bien pensée, elle croit «avoir tout fait. M... disait que, quand elle a dit une jolie chose sur « l'émétique, elle est toute surprise de n'être pas purgée. » (Champfort, 107.)

3. Exemple de ce qu'aurait pu faire la résistance armée de chacun chez soi et pour soi. Un gentilhomme de Marseille, retiré dans sa bastide et proscrit, se munit d'un fusil, d'une paire de pistolets et d'un sabre, ne sortit

seront prendre, ils iront docilement en prison; faire du tapage serait une marque de mauvais goût, et, avan . tout, il s'agit pour eux de rester ce qu'ils sont, gens de bonne compagnie. En prison, hommes et femmes s'habilleront avec soin, se rendront des visites, tiendront salon; ce sera au fond d'un corridor, entre quatre chandelles; mais on y badinera, on y fera des madrigaux, on y dira des chansons, on se piquera d'y être aussi galant, aussi gai, aussi gracieux qu'auparavant: faut-il devenir morose et mal appris parce qu'un accident vous loge dans» une mauvaise auberge? — Devant les juges, sur la charrette, ils garderont leur dignité et leur sourire; les femmes surtout iront à l'échafaud avec l'aisance et la sérénité qu'elles portaient dans une soirée. Trait suprême du savoir-vivre qui, érigé en devoir unique et devenu pour cette aristocratie une seconde nature, se retrouve dans ses vertus comme dans ses vices, dans ses facultés comme dans ses impuissances, dans sa prospérité comme dans sa chute, et la pare jusque dans la mort où il la conduit.

plus sans cet atlirail, et déclara qu'on ne l'aurait point vivant. Personne n'osa exécuter le mandat d'arrêt. (Anne Plumptree, a Résidence of three years in France (1802-1805), II, 115).

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