‹ L'Ancien soldatChapitre 5 sur 5 · PER · texte numérisé non relu

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pour négliger de flagornet le pouvoir ; si, enfin, conscients de leur solidarité de classe, ils osent être demain les porteemblème des revendications populaires, ils sauveront Île monde en assurant leur pain quotidien.

À chacun des problèmes qui frôlent la loi des Pensions (c’est-à-dire tout ce qui touche au budget national), les mutilés pourront suggérer une solution et comme dans les villages autrefois on écoutait avec crainte respectueuse les œuerriers aveugles, ainsi les hommes seraient-ils contraints d'écouter la voix des anciens combattants.

En un mot, droits et devoirs sont liés en un seul faisceau, et au surplus ne sont qu’une même chose, puisque le seul devoir du peuple est d'exercer ses droits. |

Voilà les mutilés condamnés, s'ils veulent vivre, à feprendre leur place en première ligne, dans une autre lutte d’une autre Défense Nationale, lutte plus sourde, plus âpre encore, plus féroce que celles d’où ils reviennent et qui exige un courage plus rare que le simple courage de se faire tuer en groupe : je veux dire le courage de son opinion, et l'effort intellectuel nécessaire pour atteindre à une opinion.

Le Programme

Et s’il est vrai que l’ancien combattant soit condamné à la politique, comme il a été condamné à la tranchée, quelle politique choisir? Pourquoi aller à gauche où à- droite? Pourquoi risquer l'avenir d’une cause universellement respectée sut la chance d’un parti? Pourquoi déchoir ? Pourquoi descendre encore dans la lutte, encore boire de la poussière, encore cueillir de la boue, encore subir de la haine?

Ou’on prenne seulement le soin de feuilleter dans lPOfÿ1ciel le compte rendu des débats de la loi des Pensions à la Chambre ; on jugera. On verra avec quelle spontanéité se sont groupés les partis, tout ce qu’il y avait de démocrates sincères se ralliant autour des mutilés, et, d’instinct, tout ce qui tenait aux classes possédantes, s'entendant pour étouffer des prétentions fâcheuses.

On les connaissait, pouttant, les vœux des mutilés.

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Réunis en Congrès à Lyon, ils les avaient, la veille même, iormulés clairement, d’une voix unanime.

Pour ne pas les entendre, on a crié plus fort qu'eux, que la: France leur conservait une Dette Impérissable.….

Unanimes ! La Droite, le Centre, la Gauche « modérée » ont relusé de satisfaire aux réclamations de ceux qu’ils accablaient de flatteries lourdes. Seule, l’Extrême-Gauche (unanime) a entamé à fond la lutte pour les mutilés. Sans elle. le texte de 1918 aurait été plus inconvenant -encore qu’il n’est.

La presse à fait comme les parlementaires. La presse $ocialiste où radicale d’extra-gauche a reproduit et appuyé les revendications de Lyon. Le reste, la presse prétendue patriote avec un ensemble étonnant, les a tues ou décriées.

Les groupements économiques, charitables, littéraires, se Sont Comme entendus pour faire le silence sur les revendications de Lyon. Mais les Syndicats ouvriers et le Parti Socialiste ont, à fond, milité pour elles.

Et cela était inévitable. Peut-être si la guerre avait peu duré, Si, par conséquent, elle avait peu mutilé de monde, et si, au lieu de tant de dizaines de milliards, elle n’en avait coûté que sept ou huit (remboursés par un ennemi vaincu avant qu'il soit ruiné), peut-être alors la bourgeoisie auraitelle mis sa coquetterie à faire bien les choses avec les veuves et les blessés, comme un milliardaire qui couvre d’or la famille d’un homme renversée par son automobile.

Mais la bourgeoisie d'Europe croûle sous ses dettes, elle est réduite à une politique de fils de famille, elle emprunte à taux énormes, elle hypothèque, elle brûle... et c’est à elle que vous allez, mutilés naïfs, demander un supplément de rente viagère de plusieurs milliards ?

Non! C’est au peuple qu’il faut qu’on s'adresse, et c’est d'accord avec lui qu’on doit dresser la note.

La note, c’est-à-dire, aw minimum

19 En ce qui concérne personnellement les anciens combattants :

A. La Loi des Pensions, telle que les mutilés eux-mêmes, réunis en Congrès, l’ont faite. |

B. Pour tous les hommes revenus du front, des places au:

moins égales à celles qu’ils avaient avant leur départ.

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CE, Le choix donné à chacune des victimes des conseils de guerre où de leurs familles, entre l’ammistie et la révision.

29 En Ce qui concerne l’ensemble du pays :

La Société des Nations, le désarmement universel et total, le libre-échange international et un budget international.

Les dettes de guerre imputées au budget international, ce qui aurait pour effet de décharger des épaules de la France une grosse pait du poids, et d’égaliser ce poids sur toutes les épaules humaines, des nations neutres, comme des nations belligérantes (x).

La taxation et la réquisition des matières premières réparties par une Commission internationale.

Mines, force motrice, chemins de fer, avions appartenant à l’Etat, à la Province, au Canton, à la Commune.

Impôts de 100 % sur les bénéfices de guerre (directs où indirects). Un impôt international Sur le revenu.

La journée de huit heures internationale. Tois d'hygiène, de protection, de retraites ouvrières et paysannes.

Suppression de l'alcoolisme.

Méthodes d’action pour faire aboutir

ce Programme

Et si on se demande maintenant pourquoi un groupement des anciens combattants est nécessaire, pourquoi pas se fondre tous dans l’organisation syndicale ou dans les cadres d’un parti, en matière de réponse, nous préciserons quelles méthodes d'action s'imposent, aujourd’hui, au seuil de la paix.

C’est qu’en effet le pire obstacle que demain opposeront à la volonté des peuples, les serviteurs de la ploutocratie eu-

(1) Avantage qui n’est pas médiocre, car la concurrence commerciale ignore les alliances et un négociant américain, anglais ou suisse sera pour un négociant français un adversaire aussi redoutable qu'un négociant allemand. -

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ropéenne, ce Sera ce reste vivace de haïne et de rancune que laissent derrière soi, l’incendie,‘le viol et la défaite. |

On se traitera de barbares, d’affameurs, et l'Humanité, si on la laisse sous la funeste direction qui voulut la guerre, renouvellera le geste héroïque et absurde du blessé mourant, qui essaie encore, de ses doigts déjà gourds, le geste de viser les brancardiers.

Oui, c’est vrai que les pires atrocités ont été perpétrées sur notre sol, à nous Français, par l'ennemi : c’est vrai que des généraux allemands ont fait sauter des villes innocentes, assassiné des terres jusqu'alors fécondés ; ‘c’est vrai aussi que des violences ont été commises par des soudards. Tout cela est vrai.

Mais (et ici la parole appartient aux hommes qui reviennent de faire la guerre et qui ont vu)... mais il est à la fois absurde et injuste d’imputer à une armée de 6 millions d'hommes le crime de 50 généraux et de 4 où 5 mille repris de Justice.

Et si on nous pousse à bout, si on veut à tout prix que nous expliquions à ceux qui n’ont pas vu de champ de bataille ce que c’est que l’âme hagarde et navrée d’un soldat ivre de la mort des autres et de la hantise de la sienne propre, Si of veut qué nous évoquions l’hortible dilemne entre l’imprudence de laisser defrière soi un blessé ennemi vivant et le geste qu’il faut pour le réduire à l’impuissance de nuire... Si on veut, enfin, que nous révélions aux apôtres du devoir de haine, ce que nous avons vu et fait, nous sommes prêts à cette confession.

Au reste, le devoir des anciens combattants sera, non pas d’oublier leurs souffrances et leurs luttes, mais au contraire de les évoquer chaque fois qu’un naïf ignorant parlera de lauriers, de vengeance. |

Car la guerre n’a été possible que par le mensonge ensoleiilé dont l’avaient auréolée d’innocents poètes et de rétrogrades historiens. La surprise de 1914, il ne faut pas que nos enfants la connaissent. Et c’est pourquoi, il faut que notre souci constant s’acharne à œuiner, à salir, arracher l’amour de la guerre du cœur des enfants et des adolescents. Il faut que nous sachions leur faire comprendre, à eux qui ont eu la chance d’être trop jeunes pour voir ce que nous avons vu, quelle différence il y a, entre ce sentiment inotffensif, tendre, lyrique, l’amour de la Patrie, et cette ineptie haineuse, coûteuse, tueuse, qu’on nous enseignait. Il faut que nous montrions avec respect à nos enfants, un drapeau de mairie, un drapeau de lavoir, parce que la vie municimale est bonne, comique, plantureuse, saine, et que -le spec-

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tacle d’une douzaine de jeunes femmes rinçcant dans le fleuve et frappant à grands battements clairs le linge blanc et bleu, est une belle et plaisante chose à voir. Mais, quand nous ménerons nos enfants au musée des Invalides quelque dimanche après-midi, et que nous leur montrerons ces drapeaux qui, pendant quatre années dormirent d’un auguste Sommeil dans des cantonnements de train de combat, nous leur dirons, à nos enfants, non plus les choses qu’on nous avait dites et dont le mensonge nous prit à la gorge dans des tranchées blêmes, mais que ces jolies pièces de soie brochée, cousues après ces manches de bois représentent le symbole farouche d’une religion exigeante, aujourd’hui délaissée.

Et s’il faut qu’un reste dé haine subsiste dans ces enseigne-. ments de l’ancien soldat, cette haïne n'ira qu'aux cheîfs civils et militaires et au principe même au nom desquels ont agi ces chefs. Ce sera une haine révolutionnaire ; ce ne sera plus une haine nationale.

Dans le Kaiser nous haïrons l'Empereur, et non l’Allemand. (x)

Cette réconciliation des peuples, nécessaire au bon fonctionnement de la Société des Nations, nécessaire donc à la vie du monde, à la prospérité populaire, à la sécurité publique, qui donc mieux qu’un Congrès de toutes les Associations d'anciens Combattants d'Europe et d'Amérique auraient autorité pour l’imposer ? Qui donc, mieux que cette assemblée, aurait autorité pour fouler aux pieds la haïne, et qui oserait la leur retirer de dessous les pieds!

Sans nous, que pourra être Wilson, sinon un phraseur ?

A nous donc, qui nous sommes entretués, à faire le premier geste d’où naîtra l'Unité.

Aussi faudra-t-il qu’à côté des Congrès de l’Internationale socialiste et syndicaliste, UN CONGRÈS DES VICTIMES se tienne, qui sera le grand reniement historique de la gloire par Îles héros eux-mêmes — qui sera comme le démantèlement des Patries par ceux même qu’on avait portés aux créneaux, — qui sera la définitive trahison de l'Humanité au Devoir de Haine.

Et puis, quiconque a fait la guerre a droit à dicter la paix,

(1) Ceci fut écrit avant l’éclosion de la Révolution allemande,

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et Les délégués de dix millions de victimes sauront utilement aider les diplomates qui rédisent un devis de Société des L Nations.

ee Sans le rassemblement de l’âme humaine, que peut être la meilleure Constitution Mondiale sinon un papier vide?

RAYMOND LEFEBVRE, Vice-président de l'Association Républicaine des Anciens Combattants.

(Siège social, 9 ter, rue Albouy, Paris).

ee Imprimerie LA PRODUCTRICE (Ass. Ouv.) 51: rue S-.-Sauveur. Paris. CE Téléphone : GUTENBERG 21-78.

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