L'ancien trésor de l'abbaye de Silos
L'abbaye île Silos est située dans la Vieille-Castille, au milieu de montagnes arides et sauvages, et à peu près à égale distance des villes de Burgos et d'Osma. Jusqu'en ces dernières années, elle était éloignée de quinze lieues environ du chemin de fer et de trois ou quatre lieues de toute voie carrossable'. C'est assez dire que l'accès en était difficile et que le nombre de ses visiteurs a été fort limité.
Un abbé, un thaumaturge, un saint a fait la principale grandeur spirituelle et temporelle de ce monastère; nous avons nommé Dominique dont le gouvernement dura plus de trente années (1041-1073). La fondation de l'abbaye, cependant, ne peut lui être attribuée, puisqu'une charte de 919 prouve que Fernand Gonzalez en a été le bienfaiteur". D'ailleurs, plusieurs noms d'abbés des xe et xi" siècles nous sont connus. Mais, enfin, la situation de l'abbaye était lamentable au commencement du xi* siècle et c'est à Dominique qu'elle doit sa restauration matérielle, une restauration qui fut presque une reconstruction totale; c'est à lui qu'elle est redevable de l'accroissement de ses religieux et de sa vie parfaitement monastique.
Le zèle de saint Dominique ne fut pas restreint aux limites de son abbaye. Pendant sa vie, un grand nombre de chrétiens, captifs des Maures, obtinrent leur délivrance, par sou intercession, et le pouvoir du thaumaturge
t. Une ligne de chemin de fer reliant Vatladolid à Osma passe maintenant à la Yid distant de Silos de 37 kilomètres environ, et on a commencé une route qui, partant de Covarrubias, traversera la vallée de Silos il 2 kilomètres environ du monastère.
2. C'est le plus ancien document certain pour l'histoire du monastère dont les origines sont assez obscures.
VIII INTRODUCTION
ne lil que croître après sa mort. L'histoire nous le raconte loyalement e1 les nombreux fers de prisonniers, suspendus encore près de la chapelle du saint, en sont un témoignage éclatant.
Après Dominique, vint l'abbé D. Fortunius. C'est sons le gouvernement de ce pieux prélat que la nouvelle église du monastère fut consacrée (29 septembre 1088). Ses successeurs immédiats maintinrent l'abbaye dans sa ferveur religieuse et dans sa prospérité matérielle. Mais aucun n'atteignil la réputation si parfaitement justifiée de D. Rodrigue Yenenguez de Guzman. Ce religieux fut lié (l'une façon très particulière avec le roi de Casiille, Alphonse le Savant, Ris de saint Ferdinand, Son abbatial dura trente quatre années (1242-1276) et, parmi les abbés de Silos, aucun, après saint Dominique, n'a laissé une m ('•moire plus vénérée.
Au \ivc siècle, l'ordre bénédictin était en décadence. Nous pouvons signaler le choix que lit alors Benoît XII, d'un abbé de Silos, D. Jean [V, pour faire exécuter la bulle Fulgens sieut Stella, dans les monastères de la Castille. C'est la constitution qui avait pour liai de ramener les familles bénédictines à leurs excellentes traditions. Mentionnons encore, en 1384, un terrible incendie, dont l'abbaye cul beaucoup à souffrir et, en 1388, la visite à Silos de Pierre de Lune, depuis l'antipape Benoît XIII.
Nous passons sur le xve siècle qui, pour nue esquisse aussi rapide, n'offre pas de faits bien remarquables à signaler. Au xvi", commence une phase nouvelle pour l'abbaye. En 1512, (die l'ut, en effet, réunie à la congrégation de Valladolid, par son abbé Luiz Mondez et, à partir de celle époque, soumise au régime des abbés, élus d'abord tous les trois ans, puis tous les quatre ans, à dater de l'année 1613. De nombreux abbés se succèdent par conséquent, pendant les xvn" cl xvili* siècles et, précisément, cette succession rapide est cause, en partie, de la pénurie d'événements remarquables. Une mention, cependant, doit être accordée à la visite que le roi d'Espagne, Philippe III, et la reine Marguerite d'Autriche firent à l'abbaye, en juillet 1608. De ce fait important, nous passons jusqu'à l'invasion de l'Espagne par les armées de Napoléon et à l'abolition des ordres religieux, en 1833. Mais ces événements, d'une importance majeure pour le mo-
INTRODUCTION IX
nastère, ont naturellement place dans la seconde partie de cette Introduction et, bientôt le lecteur les y verra consignés.
Au reste, les gens désireux de connaître le passé de l'abbaye castillane pourront recourir aux deux volumes de dom M, Pérotin', récemment couronnés par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et auxquels des juges aussi compétents que M. Léopold Delisle2, M. Morel-Fatio8 el le R. P. dom Gabrol, prieur de Farnborough (Angleterre)', n'ont point ménagé leurs éloges.
Grâce à ce double ouvrage, nous connaissons maintenant les diplômes royaux de l'abbaye, ses bulles pontificales, ses titres divers, émanés de cardinaux, d'évêques, de grands feudataires de la couronne ou de simples particuliers, ses manuscrits wisigothiques, ses manuscrits en écriture « française », ses inscriptions et enfin son histoire.
Une partie des richesses de Silos, cependant, n a pas été étudiée par I). Pérotin. Nous voulons parler des objets d'art qui formaient autrefois, dans l'abbaye, un ensemble du plus haut intérêt, soit au point de [vue de la liturgie, soit au point de vue des arts indus! riels. Puisque nous devons à un séjour de plusieurs années en Espagne, d avoirpu examiner longuement et ii maintes reprises les pièces de cette magnifique collection, aujourd'hui divisée, nous essaierons de faire connaître les plus importantes, en les décrivant, en les comparant, s'il y a lieu, à des œuvres similaires, en les reproduisant par l'héliogravure ou par la photogravure. Quelques-unes des notices oui été publiées récemment. Elles paraîtront de nouveau, après avoir subi diverses corrections et seront augmentées do plusieurs descriptions de petits monuments fort peu connus ou même complètement inédits.
Mais d'abord, nous avons composé, pour celle Introduction, une liste qui peut être intéressante. Elle comprendra presque tous les objets conservés encore de nos jours, puis un lion nombre de petits monuments dis-
1. Mistoiredel'ab6ayedeSUas.PvrU,lw<mx, et Recueil des chartes de l'abhayede SilosM.