Chapitre sixième
privilèges ; il était l’objet de la vénération de tous ses collègues. A son entrée dans l’Ecole, tous se levaient; les appariteurs, portant leur masse d’argent, allaient à sa rencontre. Pour tous les honoraires, il percevait le double des docteurs régents ; absent, il était considéré comme présent et avait, comme tel, droit à ses jetons de présence. Dans les salles inférieures, il occupait la petite chaire, à droite de la grande. En l’absence du Doyen , il pouvait, à la demande d’un docteur, convoquer la Faculté.
Le Doyen était le chef de la Faculté, Caput Facultatis. Sa nomination varia selon les temps. Depuis 1267 jusqu’en 1338, le Doyen était le plus âgé des maîtres régents. En 1338, il fut nommé au scrutin par toute l’assemblée et ses fonctions ne duraient qu’une année. C’est Hugo Sapientis , Hugues du Sage, qui fut le premier doyen d’élection annuelle. Quelques-uns cependant furent réélus plusieurs années de suite, tels que Henri Doigny en 1401, 1402, 1403; Jean Des Pois, en 1410, 1411 ; Guillaume Denis, en 1420, 1421 : Roland Lécrivain, en 1427, 1428, 1429. A partir de 1448, presque chaque Doyen resta deux ans en fonctions. Au mois d’octobre 1566, on changea la forme d’élection. L’Université était divisée en quatre nations, Française, Picarde, Normande et Germanique. Chacune de ces quatre nations se faisait représenter par un docteur régent, et c'étaient ces quatre docteurs qui élisaient le doyen. Mais la Faculté n’avait pas toujours des docteurs des quatre nations. Si le représentant d’une nation manquait, les trois autres suffisaient; mais s’il en manquait deux ou trois, ils étaient remplacés par d’autres docteurs régents, au nom de la nation absente, Jean Rochon, en 1566, fut le
L'Ancien, le Doyen et le Censeur.
premier doyen élu par les quatre nations (1). Un décret du 7 mars 1644 modifia encore ce genre de nomination. Les statuts établirent que le Doyen serait nommé pour deux ans, Decanus ipse singulis bienniis eligetur, mais il était chaque année confirmé dans ses fonctions; en outre la réélection ne serait plus permise. Mais à la date du 30 décembre 1674, un décret de la Faculté autorisa la réélection, à la condition toutefois que le doyen aurait fait preuve d’une grande capacité et que sa réél'ection se ferait à l’unanimité. Claude Berger fut doyen pendant quatre ans, de 1692 à 1696 ; Jean Boudin lui succéda également pendant quatre ans. Armand Douté fut doyen en 1716, 1717,1718 et 1719; Etienne-François Geoffroy, Hyacinthe- Théodore Baron, Elie Col de Vilars, Martinencq, etc., remplirent pendant quatre années les importantes fonctions de doyen. René Le Thieullier les conserva pendant six ans, de 1768 à 1774.
L’élection d’un doyen était une importante affaire pour l’honneur et pour les intérêts de la Faculté; aussi se faisait-elle avec une certaine solennité.
Le samedi, après la Toussaint, toute la Faculté en robe se réunissait, suivant l’usage, pour entendre la Messe dans la chapelle des Ecoles. Immédiatement après la cérémonie religieuse, le doyen, sortant de fonctions, rendait compte de sa gestion, selon le décret du
mars 1644, et déposait les insignes dudécanat qui étaient les clés
(1) Commentaires, VII* p. 144. La vieille Université avait exclu la nation anglaise à. la suite des guerres avec l’Angleterre et l’avait remplacée par la nation allemande. Nous pourrions bien l'imiter à notre tour dans son patriotisme.