‹ L'ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres de V e siècle à la RévolutionChapitre 65 sur 101 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La Maîtrise survécut de deux ans au Chapitre qui l'avait fondée et entretenue. Celui-ci futsupprimé définitivement le 25 décembre 1790; elle ne disparut que dans les derniers mois de 1793 *.

On la vit paraître à quelques fêtes patriotiques avec la musique : elle se trouvait à la grande fête de la Fédération, qui eut lieu aux Grands-Prés le 10 juin 1790. Mais elle ne tarda pas à être menacée dans son existence. La Fabrique et le Département se renvoyaient l'un à l'autre le soin de l'entretenir. Celle-ci, toujours à court, prétendait ne payer que ce qui intéressait l'église au point de vue paroissial. Ce qui appartenait à la même église, considérée comme épiscopale, devait être à la charge du Département : elle ajoutait que la Maîtrise rentrait dans cette seconde catégorie. La paroisse n'avait pas besoin, disaitelle, de musique : il lui suffisait de quelques chantres pour les dimanches et pour les inhumations, et de quel-

1 Tous les faits signalés dans ce chapitre sont empruntés aux Registres de la Fabrique et aux pièces y annexées, conservés à l'Ëvéché de Chartres.

ques servants, acolythes, thuriféraires, porte-eroix. Le Département ou District admettait en principe cette manière de voir ; mais, sous prétexte d'examiner à fond, plus tard, la question, il donnait l'ordre à la Fabrique de payer provisoirement les dettes de la Maîtrise, quitte à l'en indemniser ensuite. Celle-ci s'exécutait de mauvaise grâce, non sans renvoyer le plus souvent qu'elle pouvait les mémoires qui lui étaient présentés, avec ses plaintes et ses gémissements sur son impuissance à les acquitter.

C'est à cette situation équivoque de la Maîtrise que nous devons deux suppliques, l'une de tous les musiciens, l'autre du maître de musique lui-même, adressées toutes deux au District pour en obtenir des paiements arriérés que la Fabrique ne voulait ni ne pouvait leur solder.

Ces suppliques, du 29 mars 1791, nous permettent de dresser le tableau de tous ceux qui chantaient au chœur à cette époque. Ils étaient trente-deux en tout : seize chantres, six instrumentistes, dix enfants de chœur. Il y avait :

5 hautes-taille avec Delalande :

Desvignes, maître de musique, à 1352 livres.

Dupont, taille, id.

Muguet, musicien, id.

Boucher, taille, » 1092 livres.

2 basses-taille :

Courtois, basse-taille,

id.

Caillot, id.

1000 livres

7 basses-contre :

Guyot, basse-contre, à

id.

Delafoy, id.

id.

Macé, basse-contre, à

1000 livres

Gaillard, id.

id.

Brazon. id.

id.

Houbron, id

1352 livres.

Rommereu, id.

id.

2 hautes-contre :

Pichot, haute-contre,

id.

Doineau,

1092 livres

4 serpents

Blanchet, serpent et basson,

id.

Chartier, l'aîné, id.

id.

Turben, serpent,

id.

Chartier, le jeune, id.

id.

1 contre-basse :

Goblin, contre-basse,

Prota, organiste,

Les dix enfants,

Delalande, ancien maître de musique.

id.

id.

Les traitements de ces musiciens se décomposaient ainsi. Ceux qui avaient 1352 livres gagnaient par semaine 18 livres comme chanoines de Saint-Piat et 8 livres comme chantres, en tout 26 livres. Ceux qui avaient 1092 livres gagnaient, dans le même temps, 10 livres comme chanoines de Saint-Piat et 11 comme musiciens, en tout 21 livres; enfin, ceux qui ne touchaient que 1000 livres n'étaient pas hénéfîciaires et étaient simplement payés pour leur service 18 livres par semaine.

Tous ne restèrent pas avec le clergé intrus. Houbron, les deux Chartier, Romereu, Muguet, Doineau, Blanchet,

se retirèrent, et le chœur ne compta plus que seize musiciens. Il y eut aussi bientôt des suppressions à la Maîtrise des enfants de chœur. La première fut celle du maître de grammaire, opérée par la Fabrique elle-même. Desvignes, maître de musique, et Moriette, son confrère, lui avaient écrit au sujet du logement et des fonctions de ce maître. Le 6 juillet 1791, elle répondit qu'un maître de latin étai t inutile, et chargea deux de ses membres de se transporter à la maison des enfants, d'en examiner le régime, et de faire leur rapport à la prochaine assemblée. De l'étude à laquelle se livrèrent les conseillers de Fabrique et l'évêque intrus, sortirent deux projets successifs. L'un, élaboré le 9 août 1791, comportait un maître de chant, un organiste, huit chantres, deux serpents, huit enfants de chœur, douze musiciens. L'autre, daté du 13 août, ne réclamait que huit chantres, deux serpents, quatre enfants de chœur, logeant chacun chez leurs parents, et deux clercs. Ce dernier projet, conçu exclusivement au point de vue paroissial, supprimait la musique et la Maîtrise. Heureusement, le Conseil général s'inspira surtout du premier, et, après avoir entendu le procureur de la Commune, le 14 décembre 1791, décréta ce qui suit :

Art. 1er. — Il y aura un maître de musique, six bassescontre, deux hautes-contre, deux basses-taille, deux hautes-taille, deux serpents, qui seront en même temps basson, un organiste et huit enfants de chœur, qui seront logés avec le maître de musique près la Cathédrale. Tous ces musiciens seront assujettis à l'office de la Cathédrale. Il y aura, en outre, les chantres ordinaires pour la

paroisse et pour les convois et les Sacrements. Ils seront logés près de la Cathédrale.

Art. 2. — Les appointements et traitements des musiciens désignés ci-dessus seront à la charge de la Cathédrale et, par conséquent, de tout le Département.

En vertu de ce décret, l'existence de la Maîtrise était prorogée pour quelque temps. Les musiciens s'acquittèrent assez bien de leurs fonctions. On chanta treize motets aux treize grandes fêtes selon la coutume ; nous avons encore le mémoire de 19 livres présenté par Pichot pour se faire payer de ses assistances. Les enfants avaient été mis au service de la paroisse et servaient les messes : chose nouvelle pour eux. L'évêque prétendit qu'ils étaient inexacts, et, le 5 octobre, les marguilliers ordonnèrent à Desvignes de faire en sorte qu'il y en eut toujours trois de six heures à midi, à la sacristie. Huit jours après, l'évêque se plaignit de leur nombre insuffisant, et fît observer qu'au lieu d'être sept ils devaient être huit. Sur sa demande, on fît annoncer au prône qu'il y avait à la Maîtrise une place vacante, et, le 9 novembre, Desvignes présenta aux marguilliers quatre enfants parmi lesquels ils choisirent Leveau, fils du greffier de la justice de paix de Bonneval. Selon l'ancien usage, les enfants adressèrent, le 22 décembre, en français sans doute, au Conseil de Fabrique, la requête qu'ils présentaient autrefois en latin au Chapitre pour la célébration de la fête des Saints Innocents. On leur donna 12 livres pour en faire les frais.

Les fabriciens n'étaient pourtant pas encore bien disposés pour la Maîtrise. Le District leur renvoyait toujours les mé-

moires qui la concernaient malgré leur protestation. Ils devaient payer la demoiselle Hamond qui continuait de raccommoder les bas, les chaussons et les bonnets des enfants. Jusqu'au 23 juillet 1792, ils lui donnèrent les mêmes gages qu'autrefois, c'est-à-dire 72 livres par an ; ce jour-là ils l'avertirent qu'elle ne serait plus payée qu'en proportion de son travail, et, le 17 novembre 1792, elle ne reçut que 8 livres 9 sols. Les blanchisseuses furent aussi traitées avec parcimonie, et chaque fois qu'au bout du trimestre leur mémoire pour le linge de l'église et des enfants revenait du District, les fabriciens se plaignaient. Le 23 juin 1792, les sœurs Esnault et Pipereau, les dernières Sœurs de Sous-Terre, furent renvoyées : on leur fît l'injure de réduire leur note ; et on les remplaça par la femme Diet qui fut logée à leur place près de l'Horloge, et installa sa lessive sous le grand clocher On fît des prix avec elle : on la paya, pour le blanchissage de l'église et de la Maîtrise, le 17 novembre 1792, et la dernière fois, le 3 avril 1793 (moyennant 293 livres 6 sols 9 deniers). On ne paraît pas avoir beaucoup g^agné au change. Le perruquier Gai llaux reçut encore ses gagnes se montant à 18 livres, le 15 février 1792. Les enfants manquaient de souliers et d'habits d'église, comme l'attestait un inventaire du 20 mars de cette année. Sur la demande de Desvignes, le 4 avril, la Fabrique en fît faire, tout en protestant que cette dépense incombait au Département, et, le 3 septembre 1792, on donna au cordonnier Esnault 89 livres pour six mois : on lui fît un dernier versement de 36 livres, le 30 août 1793. Les enfants manquaient même de culottes : pour en faire, on acheta du drap à Petey de la Gharmoye,

le 17 septembre 1792, pour 80 livres 10 sols 9 deniers.

L'hygiène n'était peut-être pas aussi très observée à la Maîtrise. Plusieurs enfants furent atteints de la teig*ne. Rondeau fut confié, le 7 mars 1792, à une dame Girard, rue de la Clouterie, moyennant 24 livres pour ses soins et 24 livres par mois pour la pension de l'enfant. La même dame vint soigner, à la Maîtrise même, les nommés Leveau et Renou, atteints du mal, et la Fabrique lui donna 24 livres pour chacun, tout en protestant que cette dépense ne lui revenait pas.

La Fabrique paya encore, toujours la mort dans l'àme, les musiciens Dupont, Delafoy, Creusas, père et fils, pour leur assistance. A Prota, l'organiste, elle donna 265 livres 15 sols tous les trois mois, sauf à partir de juillet 1792, où elle le réduisit à 165 livres par trimestre. Elle ne put également éviter de rétribuer Huchet, maître d'écriture, le 14 mars 1792, et de lui accorder les 72 livres de gage que, sur l'attestation de Desvignes et de Le Page, l'ancien Chapitre lui avait fixées. Quant à Desvignes, elle fut obligée, malgré elle, de le payer, non seulement comme musicien, mais comme maître de musique. Elle lui solda son arriéré de 727 livres 12 sols en deux fois, pendant le mois de mars 1792. Le 17 avril, il avait adressé un mémoire de tout ce qui lui était dû pour cinq quartiers, du 25 décembre 1790 au 25 mars 1792, de ce qu'il avait reçu et de son reliquat de comptes. Il y disait que le Chapitre lui allouait, chaque année, sept muids de blé au cours, 1121 livres et 300 livres pour les obits, que ces cinq quartiers d'argent équivalaient, pour le blé, à 1816 livres, pour l'argent à 1776 livres, qu'ayant reçu, en quatre fois, 3500

livres, il ne lui restait plus dû que 93 livres. Ces 93 livres, le District les paya le 5 juillet : mais il renvoya Desvignes pour ce qu'il aurait à toucher dans la suite au Conseil de Fabrique. Celle-ci lui paya son quartier du 1er juillet au 25 septembre. Mais elle lui demanda de joindre au nouveau tableau d'organisation qu'elle proposait, un état des dépenses nécessitées à l'avenir par la Maîtrise.

Les deux tableaux furent portés à la municipalité le 13 août 1792.

Pour le personnel, la Fabrique réclamait douze chantres, y compris le maître de musique : c'étaient les douze musiciens restés jusqu'alors, parmi lesquels il y avait deux serpents. Ils devaient être ainsi rétribués ; Desvignes, Dupont, Guyot, outre leurs 860 livres comme chanoines de Saint-Piat et leurs 200 livres dégages, auraient, de plus, 400 livres, au total 1660 livres: Boucher, outre son Saint Nicolas de 330 livres, plus 500 livres de gages, aurait 100 livres, au total 930 livres. Caillot, Gaillard, Macé, Brazon , Turben, Pichot, Goblin, qui étaient sans bénéfice, auraient, pour leur service journalier, chacun 800 livres. Prota garderait ses 1063 livres. « M. Prota, disait-on, est âgé de 72 ans : outre qu'on ne peut se passer d'organiste, on ne voit pas comment, s'il venait à manquer, on pourrait s'en procurer un autre à si bon marché, surtout étant obligé à un service journalier. »

Le projet portait l'article 3 suivant : « Huit enfants de chœur, nourris, chauffés, éclairés, blanchis, instruits et entretenus de bas et de souliers, le tout à raison de 300 livres chacun; cy... 2,400 livres. Le règlement de discipline à observer par les enfants de chœur est ci-joint. »

L'article 4 fixait les appointements du maître desdits enfants, compris son logement, sa nourriture, celle de sa domestique et ses gages : 600 livres. « On ne peut guère donner moins, ajoutait le fabricien. »

L'article 5 prévoyait, pour l'habillement de chaque enfant, 125 livres, et pour les huit, 1000 livres. Les 1000 livres pour l'habillement des enfants, ajoutait-on, sont indispensables « parce que les draps et surtout le rouge sont fort chers. »

L'article 6 gardait les 72 livres, gages du maître d'écriture : « C'est un prix fait depuis trente ans avec M. Huchet, maître de lecture et d'écriture. »

A l'appui de l'article 4, le conseiller de Fabrique disait : « Parmi plusieurs projets de réforme de cette maison, celui d'instruction, de nourriture et d'entretien, qui a été présenté au Conseil de Fabrique, a mérité son attention et les suffrages des membres qui le composent, attendu ses vues économiques et le service que la paroisse en tirera. »

Ce projet était celui de Desvignes. Nous le relatons parce qu'il nous donne une idée nette de la vie intime de la Maîtrise.

« Messieurs, disait Desvignes, je crois que l'état, que je vais vous présenter, est au plus bas qu'on puisse le porter, vu la cherté des vivres.

1° Pour huit enfants, depuis l'âge de sept ans jusqu'à dix-sept et dix-huit ans, je crois qu'il faut au moins par jour dix livres de pain y compris la soupe : le pain à raison de 20 sols les neuf livres, quoique en ce moment il en

vaille 24. C'est pour 364 livr. 6 s.

2° Il faut entre cinq à six livres de viande par jour : .la livre à 9 sous aujourd'hui : elle peut augmenter . . . 985 livr. 10 s.

3° La boisson en cidre. Le poinçon coûte aujourd'hui 50 livres : il en faut au moins deux pintes par jour : la pinte à 5 sols 182 livr. 10 s.

4° Les souliers. Il en faut pour des enfants chacun trois paires à raison aujourd'hui de 5 livres la paire, l'un dans l'autre ; cela fera vingt-quatre paires 120 livr. »

Les bas sont oubliés : estimés, par an, 50 livres 100 livr. »

5° Le blanchissage des chemises, mouchoirs, bas, etc., raccommodage de soutane, bas, culotte, veste, gilet, etc., sabots, chaussons, etc 200 livr. »

6° Le chauffage : il faut au moins trois cordes de bois à 34 livres la corde 102 livr. »

Plus un cent de fagots ..... 20 livr. »

7° Le beurre. L'un dans l'autre je mets trois livres par semaine à raison de 24 sols la livre : par an 93 livr. 12 s.

8° Le poisson, les œufs qui sont presque toujours chers, les légumes, les épices. Je mets pour tout cela encore 120 livr. »

Nota. Il me faut les gages et la nourriture d'une domestique.

Total 2.307 livr. 32 s.

« A 300 livres de pension pour chaque enfant, grand comme petit, cela me rapporterait la somme de 2,400 livres. Le profit que jaurai comme vous voyez, Messieurs, fournira à grand'peine de quoi gager et nourir une domestique. »

« Il est vrai que jaurois le logement. Mais, Messieurs, il faut surveiller exactement ses enfants, il faut les instruire; c'est donc huit écoliers dont je me chargerois et ses huit m'obligerois par devoir et en conscience dabandonner ceux que jai en ville. Quand je n'en aurois que six en ville, cela peut me raporter, à raison de 12 livres par mois chaque, la somme de 600 livres, à cause des rhumes, maladies ou absences, tant du maître que de lescolier : caries leçons prise et donnée régulièrement, les mois nétant surtout pour la musique que de 20 jours, les 6 me raporteroient 864 livres. Quand à cela, Messieurs, je ne vous demande que ce que votre justice vous suggérera. »

« Je pourrois encore. Messieurs, vous proposer un avantage réelle pour le bien de vos enfants. Jay un frère qui étoit maistre de musique à Ghinon. Gomme il joue fort bien du serpent et que vous désirez en avoir deux pour votre église, vous pourrez luy donner les mêmes apoin-

tements quà vos musiciens. Il demeureroit avec mc-'y de manière quil auroit, avec vostre permission, le nom de soumaître, et en cas que je fusse malade ou à la campagne, il me remplacerait de manièrre que les enfants ne seroient jamais seuls et que de luy ou de moy recevraient exactement leurs leçons. »

Ce tableau, mis à exécution, aurait conservé une assez belle Maîtrise. Mais avant de l'adopter la municipalité voulut connaître le revenu de la Fabrique. 11 était de 16,809 livres. Alors elle se prononça dans un sens opposé. Et, le 8 janvier 1793, elle rendit le décret suivant :

Art. 1. La musique de la Cathédrale sera supprimée.

Art. 2. Il y aura six chantres de chœur à 700 livres 4.200 liv.

Art. 3. Il y aura quatre chantres pour assister aux inhumations, qui auront chacun 75 livres par an. Mais les chantres des paroisses supprimées pourront se joindre à eux et faire leur semaine 300 liv.

Art. 4. Il y aura deux serpents qui n'assisteront qu'aux offices des dimanches et fêtes et des Vigiles ; ils auront chacun 300 livres 600 liv.

Art. 6. Il y aura quatre enfants de chœur qui demeureront chez leurs parents; ils serviront les messes, assisteront aux inhumations et à tous les offices ; leurs appointe-

ments seront de 150 livres par an chacun :

ce qui fait pour les quatre. 600 liv.

Ces enfants de chœur seront instruits pendant le cours de leur exercice, et, à l'âge de quinze ans, il leur sera donné une profession en sortant.

11 leur sera fourni , pendant leur exercice, soutane, surplis, rochet et camaille : ce qui pourra faire une dépense par chacun an de 200 liv.

Art. 7. — Il y aura un organiste à 600 fr. par an : mais, attendu les services de Prota, on le garde aux appointements de . . . . 1,063 liv.

Cet arrêté était la suppression de la Maîtrise, puisque les enfants étaient réduits à quatre, ne vivaient plus ensemble, n'avaient plus de maîtres d'écriture, ne chantaient plus.

On fît cependant un effort pour en sauver quelques débris. Le 9 janvier 1793, on décida que les quatre enfants de chœur seraient choisis parmi les sept qui étaient actuellement à la Cathédrale, et qu'on verrait que faire des trois autres. On rapporta l'arrêté qui, la veille, avait supprimé la musique; car les musiciens s'offrirent à être chantres et à continuer, même avec les nouveaux traitements, la musique d'autrefois. Desvignes accepta de rester pour 400 livres à la Cathédrale, d'instruire ces quatre enfants dans la lecture, l'écriture et la musique, et de garder son service : ce qui fut admis unanimement en

pleine séance ; on lui alloua donc 400 livres et on lui laissa son logement gratuit, du moins jusqu'à la Saint-Jean.

Le 15 janvier 1793, le chœur fut définitivement constitué comme il suit : Desvignes, Dupont, Delafoy, à 400 livres, Brazon, Boucher, Macé, Caillot, Turben, serpent, Pichot, Gaillard, à 700 livres. Goblin avait 500 livres pendant son service militaire, sur lesquels on en donnait 300 à Cog*nier, enfant de chœur qui le remplaçait. Tous ces chantres restèrent dans leurs fonctions jusqu'au bout.

Quant aux enfants, dès le 6 février, on en plaça trois en apprentissage, selon l'ordonnance. C'étaient Maheu, Cognier et Hoyau ; on leur donna 25 livres de gratification. Le boulanger eut, de plus, la commission de leur fournir chaque jour du pain. Cog*nier fut mis chez un perruquier. Il eut 6 livres pour sa trousse et, comme suppléant de Goblin, 300 livres qu'il toucha par quartier.

Les quatre autres enfants s'étaient retirés chez leurs parents, sauf un, Pierre Renou, porte-croix, qui fut accepté, le 10 novembre, par le menuisier et fabricien Dauphinot, à raison de 150 livres par an. Ils venaient servir de chez eux.

On trouva bientôt ces enfants insuffisants en nombre, et, le 9 octobre 1793, on pensa en prendre trois autres, de préférence dans la classe indigente des citoyens, demeurant aussi chez leurs parents, et moyennant 50 livres. Le 23 octobre, Ph.-Al. Renou, fils de Louis-André Renou, maçon et couvreur de la ville, âg*é de neuf à dix ans, fut choisi : mais ce fut le seul et le dernier enfant reçu.

Desvig"nes, de son côté, las du nouvel état de choses, et se voyant sans logement, se retira dès le 22 avril, après

avoir touché, pour la dernière fois, la pension de ses enfants. On avait d'abord décidé, le 6 mars et le 24 avril, de mettre la maison qu'il occupait en location pour le 24 juin suivant: on préféra ensuite la vendre aux enchères avec le linge et les meubles. Cette vente n'eut lieu que le 26 mai et le 3 juillet. A ce moment, il restait encore un peu de musique dans une armoire. Vitalis et Boucher furent invités à en dresser l'inventaire. Tout le reste, meuble et immeuble, fut vendu. Cette fois, la Maîtrise était bien morte, parce qu'elle n'avait plus ni maîtres, ni refuge.

Le 15 novembre, l'église était fermée, et quelques jours après, convertie en Temple de la Raison ! Tous les serviteurs étaient supprimés, le 31 janvier 1794. Renou, l'enfant de chœur, placé chez Dauphinot le 20 brumaire (10 nov. 1793), fut renvoyé à son père le 20 pluviôse (8 février 1794), et reçut 16 livres pour avoir porté la croix pendant deux mois. Il ne restait plus à la Cathédrale que le sacristain Chambre tte et Martin, l'accordeur d'orgue : il n'y avait plus d'enfants !

La Maîtrise était tout entière engloutie dans le gouffre révolutionnaire.

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