Chapitre quatrième. — Aménagement, — Traitement. — Définition
— La méthode d'aménagement par contenance ne préjuge pas le mode de traitement; énumération des opérations qu'elle comporte; résumé des indications culturales qu'elle fournit dans la forêt des Éperons.
Conclusions. — I. Conclusions particulières à la forêt des Éperons.
— II. Conclusions relatives aux méthodes d'aménagement en général. — Distinction entre l'aménagement et le traitement. — Aménagement des commissaires réformateurs; comment il se complète. — III. Conclusions relatives aux méthodes de traitement en général. — L'art forestier ; son principe. — La forêt abandonnée à elle-même, après avoir été semée ou plantée. — La forêt venue naturellement. — La forêt se reproduisant après la coupe à blanc étoc. — La forêt vierge des climats tempérés. — Peuplement type fourni par la nature ; deux manières d'en comprendre l'amélioration ; origine des deux écoles forestières. — La nouvelle école ; état normal; possibilité; révolution. — L'ancienne école; constitution générale du peuplement; elle est abandonnée avant d'avoir défini d'une manière rigoureuse l'état normal et la possibilité; sa manière de procéder : la coupe ordinaire de futaie admise seulement dans les forêts aménagées; insuffisance de ses moyens d'investigation. — Les deux méthodes diffèrent par la manière de comprendre l'éclaircie. — Le cahier d'aménagement soumet au calcul l'accroissement de la futaie, définit rigoureusement l'état normal et la possibilité, et complète l'ancienne méthode.
L'enseignement forestier.
Considérée au point de vue de l'idée, l'évolution historique montre le désordre dans les forêts exploitées par pieds d'arbres et l'impossibilité d'y remédier autrement qu'avec la coupe par contenance de proche en proche, le tire et aire (ord. de 1376).
La coupe doit revenir à des intervalles ou révolutions de durée restreinte et fixée arbitrairement.
Au bout de deux siècles (ord. de 1573) un minimum de 100 ans eét assigné aux révolutions. C'est le tiers de la longévité du chêne, et, d'une manière générale, la révolution doit être le tiers de la longévité de l'essence de la forêt.
Mais comment, à si court terme, produire les arbres de grandes di-^ mensions ? De là un inextricable conflit sur la durée des révolutions, la formation des réserves, l'éducation des futaies, les avantages et les inconvénients de chaque chose. Les compétitions se multiplient et naissent de l'insuffisance des procédés d'investigation et du choix défectueux de l'âge des arbres comme base du traitement et de l'aménagement des forêts.
Il en résulte finalement une déperdition de la richesse publique et des privations progressivement croissantes et frappant surtout les campagnes.
Le régime forestier n'est pas justifié et la loi d'exception qui le consacre fait peser sur la partie de la population qui en souftre le plus, malgré les tempéraments apportés dans le service, les effets d'une insuffisance technique dans le traitement des forêts dont elle n'est pas seule à avoir le sentiment et qui entrave même la colonisation de l'Algérie.
C'est à l'insuffisance de l'enseignement forestier que tient le mal. Des trois degrés, primaire, secondaire et supérieur, un seul existe, l'enseignement supérieur, donné à l'école de Nancy. La partie scientifique de cet enseignement, empruntée aux mathématiques, à la physique, à la chimie, à l'histoire naturelle, au droit et à l'économie politique, est ce qu'elle peut être. Il n'en est pas de même de la partie technique. Ne pouvant s'appuyer sur les enseignements primaire et secondaire qui n'existent pas, l'enseignement technique supérieur repose sur des conceptions arbitraires.
Le moyen de remédier au mal est : 1© de créer à Técole primaire l'enseignement forestier et de le sanctionner par un certificat d'études faisant l'objet d'un concours ; 2<> d'introduire l'enseignement secondaire dans les facultés qui délivreront le brevet de licence ; 3» et l'école de Nancy, adoptant les derniers perfectionnements de la méthode française, conséquence de son enseignement, délivrera le brevet d'ingénieur forestier.
On a toujours compris que l'enseignement forestier doit être essentiellement pratique et d'importantes forêts sont attribuées à l'école de Nancy. De semblables attributions de forêts et, le cas échéant, de terrains à restaurer et à mettre en valeur par la culture de l'arbre, seront pareillement nécessaires aux facultés et surtout aux écoles primaires.
Cette attribution de forêts et de terrains à restaurer ne peut avoir d'inconvénients. La méthode du contrôle s'applique dans les deux cas. Nous savons que la forêt, pai* son application, parvient sans sacrifices et
dans le temps le plus court à Fétat normal, que eet état normal estrévâé par l'égalité des taux de placement et d'accroissement en forêt et qa*fl se perpétue par la coupe équivalente à l'accroissement.
Quant aux terrains à restaurer par la culture de l'arbre, la con^ttance normale de la forêt étant connue, on en conclut que la plantation dirigée conformément aux indications de la nature sera la plus avanta*geuse à tous égards et la meilleure préparation à la forêt normale.
Tous les propriétaires» État, communes et particuliers, ont intérêt à cette institution, et les forêts et terrains ainsi affectés étant régularisés, entretenus et administrés sous l'œil du public, seront un enseignement pratique à la portée de tous et la meilleure préparation à la décentralisa- . tion administrative véritable, à Tadministration du pays par le pays.
Mais, dira-ton, cette décentralisation ne peut-elle venir d'en haut^ procéder de l'enseignement supérieur, et ne doit-on pas l'attendre comme le couronnement des savantes études faites à l'envi par les stations forestières créées dans les différents États européens ?
On ne peut l'espérer. Ces études présentent des intérêts d'un autre ordre. Elles sont, en général, relatives à la forêt composée de peuplements en arbres de même âge, considérée par définition comme régulière. Mais cette composition de peuplements ne répond pas à la constitution naturelle qu'il s'agit de prendre comme point de départ pour arriver à la forêt normale, et ces études, malgré l'intérêt qu'elles présentent, ne peuvent servir qu'indirectement au perfectionnement du type naturel qu'il fallait avant tout déterminer.
La forêt venue naturellement se compose de peuplements d'âges mêlés, pour l'étude et la conduite desquels la méthode du contrôle est le meilleur procédé d'investigation et le guide le plus sûr, car il résout, sur chaque forêt en particulier, et à mesure qu'elles se produisent, toutes les questions que soulève le problème complexe de l'exploitation des bois.
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