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PLACE DE VALOIS (PALAIS-ROYAL) 189I

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IL A ÉTÉ TIRÉ DE L'ANDROGYNE Huitième roman de YÉthopée.

io exemplaires (i à îo) sur papier des manufactures impériales du Japon, avec trois épreuves de i'eauforte de POINT avant la lettre.

10 exemplaires (u à 20) sur papier de Chine avec trois épreuves avant la lettre, de l'eau-forte de POINT.

10 exemplaires (21 à 30) sur papier Wahtman avec deux épreuves avant la lettre, de l'eau-forte de POINT.

10 exemplaires (31 à 40) sur papier de Hollande avec deux épreuves avant la lettre, de l'eau-forte de POINT.

DÉDICACE A Mademoiselle

MARIE THERESE GASTELIER

Mademoiselle,

On exalte la race, la beauté, l'esprit d'une femme : mais louer son âme — l'inconvenant hommage !

Cent années de déraison, dont les vingt dernières de sans-culottide, ont enlisé cette galanterie française, reflet déjà méconnaissable des Symposionsde Careggi ; et, chassé des institutions, l'idéal a disparu des mœurs.

La pure dilection n'existe pas même au vocabulaire, non plus que le platonisme dans la culture — • et toutes les bienséances s'opposent à la formule de mon baise-mains. Je plierai les bienséances.

Vous m'avez révélé, Mademoiselle, l'insoupçonnée profondeur cachée en cette prose de la Vita Nuova : « Comme elle passait, elle tourna ses regards vers V endroit où fêtais, et avec cette iiineffable courtoisie qui est maintenant recom-

DÉDICACE

pensée dans le ciel, elle me salua avec un certain mélange de dignité et de bonté...

« L heure à laquelle elle me fit la grâce de son doux salut était précisément la neuvième heure du iour. »

Ce regard et ce salut, voilà les maîtresses œuvres du moderne féminin : je l'ai compris par Vous, Mademoiselle, quoique j'eusse proclamé déjà Béatrice Portinari l'emperière de son sexe, puisqu'elle a inspiré, progression sublime, l'Amour de la Vita Nuova, le mysticisme de la Divine Comédie et la magie du Convito, belle, sainte et Diotime !

Microcosme du désir, Evah transforme ses sensations en sentiments, qu'Adamah à son tour surélève en idées : c'est toute l'esthétique des sexes.

Telle qui croit penser psittacise ; mais celle qui fait penser, officie un rite splendide. Incitatrice, voici l'épithète féminine vraiment nommante ; incitatrice d'idéal, voilà la vraie gloire, Mademoiselle.

Après les saintes, les plus nobles femmes sont ces radiantes que les Kasdim mes ancêtres appelaient le type solaire, pour exprimer la fécondation sentimentale.

Vous réalisez doublement, Mademoiselle, ce

DÉDICACE

caractère hélien. D'abord par Votre ressemblance corrégienne avec ces anges qui, à la coupole de Parme, entraînent la Vierge dans un vertige d'éternelle joie. — ensuite par ce talent d'interprétation des maîtres qui ressemble à du génie.

En musique, je ne suis qu'un serpent. La matérialité de cet art tout nerveux me distrairait infructueusement de mesdesseins sévères d'abstrait • esthète sans technie, j'ai peut-être plus qu'un autre restitué dans les lettres les modes perdus eumolpides, mais mon jugement n'est jamais que mon émotion, et depuis Rubenstein, nul ne m'a extasié autant que Vous, Mademoiselle.

Quoi de plus grandiose que Beethoven passant par Votre àme plus encore que par Vos mains ; J'ai pénétré du môme coup le mystère de ce génie et la beauté de Votre cœur. Je ne sépare point en mon souvenir l'exécutante admirable du maître suprême, et ma pensée Vous voit toujours sous les traits de cette muse que le sculpteur appuie au buste du grand homme — du plus grand homme de toute la musique.

Parsifal, ce saint sacrement du drame musical ; Tristan, ce sathanismede l'amour, Vous les avez célébrés de telle façon que j'ai revécu les sensations de Bayreuth.

DÉDICACE

A ce finale du Roi de Gloire qui rythme mes nobles pensées et cadence mes beaux sentiments, j'ai vu quelque chose d'adorable, doux et fort comme un ange deMelozzo da Forli : — Votre tête corrégienne parsifalisée.

Votre prestige orphique, Mademoiselle ; ce caractère de prêtresse de Beethoven, comme Cymodocée est dite prêtresse d'Homère; Vos improvisations où passe du Gluck, ne me voilent pas la perpétuelle harmonie de Votre âme, où symphonisent sur des thèmes suaves et forts Vos intuitions orientales et un si beau mélange d'enthousiasme et de paix.

Vous avez lu et Vous aimez mon Ethopee, je puis donc sans contexte, Mademoiselle, Vous faire un madrigal de mage, qui serait une ironie, adressé à beaucoup. — Votre lumière astrale est bellement pure.

« Ce mélange de dignité et de bonté, cette ineffable courtoisie... » qui furent la plus forte impression de la vie sur le Dante — signifient incomparablement à Vous désigner, Vous et Votre charme.

Je ne m'excuse pas de Vous offrir une œuvre où la puberté est peinte : ces hypocrisies d'homme de lettres à bourgeoise seraient ridicules d'un

DÉDICACE

écrivain d'aristie à une de la race des vraies princesses.

Daignez accueillir l'octénaire de mon œuvre comme le rite d'une admiration spirituelle infiniment honorable, même pourVous, Mademoiselle.

Étranger à cette décadence latine que je peinds, tenant irréductibles des vieilles vérités, comme elles méconnu, j'incline devant Vous une pensée de dévotion.

Votre âme entrevue restera pour moi l'argument optimiste en faveur de ce monde où je subis le dam de quelque crime mystérieux et ancestral.

Comme Vous passiez, Vous avez tourné Vos regards vers V endroit où fêtais, et Vous m'avez salué avec un certain mélange de dignité et de bonté... »

« Uozuvre, quand Vous me fîtes la grâce de Votre doux salut, était la huitième. »

Et comme je ne puis croire le ciel assez intéressé à mon effort d'idéalité pour qu'il récompense Votre ineffable courtoisie, je baise ici Vos mains de druidesse musicale, Vos mains douces et fées, d'un baiser qui vibrera, encore je crois, longtemps après Vos mains, après mes lèvres.

Sar Peladan.

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