‹ L'Ane mort, drame en 5 actes, avec un prologue et un épilogueChapitre 14 sur 76 · P1CHER1C · texte numérisé non relu

P1CHER1C

Lui!... encore lui!...

l’étrangér.

Un crime de plus ou de moins, vous ne devez pas y tenir, n’esl-co pas, maître Picheric ?

PICHERIC.

Monsieur !

l’êtrangrr.

Est-ce que vous ne vous souvenez pas de m’avoir passé votre épée au travers du corps un soir qu’il pleuvait et que je sortais d’un tripot où j’avais gagné au jeu... j’ai oublié le chiffre; combien y avait-il dans ma bourse?

PICHERIC.

Je ne sais ce que vous voulez dire.

l’étranger, riant.

Des façons!... Ce n’est pourtant pas dans vos habitudes, vous n’en faisiez pas avec moi cejour-lk... Tudieu! quelle estafilade I un magnifique coup d’épée... Seulement, comme la pointe me sortait par devant, ça vous fait beaucoup moins d'honneur.

PICHERIC.

Mais...

l’étranger.

Ça ne va pas mtfi, je vous remercie... Que voulez- vous?... moi, je ne meurs jamais.

PICHERIC.

Finissons-en... Que me voulez-vous?

l’étranger.

Je veux vous dire ce que vous avez été, ce que vous êtes et ce que vous serez... Vous avez été un fripon, vous êtes un coquin, et vous serez pendu... ( Picheric hausse les épaules .) Ancien officier de fortune, vous avez mis pendant vingt ans votre épée au service de toutes les puissances .. mais l’ingratitude des hommes vous a décidé à faire fortune par vousmême... et vous en cherchez le moyen, de concert avec votre complice, l’homme que vous appelez provisoirement Robert aujourd’hui et que vous espérez nommer bientôt Robert de Royan,

et voici pourquoi... [Picheric s’ assied à droite.) Si je vous ennuie, vous me le direz... Or, feu monsieur le duc de Royan était affreusement jaloux; la duchesse, sa femme, était pourtant le modèle de toutes Us vertus, et il la soupçonnait, c’est toujours comme ça, on ne vous soupçonne pas, vous... ( Changeant de ton.) Enfin, monsieur le duc se mit un beau jour dans la cervelle que son fils n'était pas son fils, le jeune Robert avait deux ans à peine; monsieur le duc le fit enlever secrètement et conduire à la Martinique... Il y est resté pendant vingt-deux années, abandonné aux soins de je ne sais qui, ignorant le nom de sa famille et jusqu’à ron nom de baptême... On l’appelait Raymond tout court... Il y a un an, dans un duel, vous serviez par hasard de témoin à monsieur le duc de Royan lui-même... Monsieur le duc fut frappé mortel'ement... Il n’y avait personne là que vous, et la mort approchait... alors le duc vous remit une lettre pour la duchesse. Dans cette lettre il la réhabilitait, il lui demandait pardon, car le jour même il avait eu la preuve de l’innocence de sa femme. Le duc vous parla du fils arraché à sa mère, il vous donna les moyens de le lui rendre... et il mourut. Bientôt vous étiez le confident, l’ami de la duchesse... et vous aviez mission de ramener le fils du duc de Royan. Voilà le premier volume de votre histoire, monsieur l

pichrric, se levant.

Pardon, vous devez être fatigué, je vais vous dire le second. [L'Etranger le regarde avec étonnement.) Au moment de m’embarquer, je rencontrais un matelot de mes amis, nommé Bertram.. .je le mettais au courant de l’aventure, et il m’apprenait que le jeune Raymond avait voulu revenir en France et que le vaisseau qui le ramenait avait péri corps et biens... mon ami faisait parti de l’équipage et avait été sauvé par miracle. Quant au jeune homme, il ne restait de lui qu’une cassette dont ce cher Bertram avait hérité... elle renfermait de l’or et des papiers, le journal circonstancié de la vie du jeune homme, jour par jour, heure par heure... Bertram garda l’argent et me remit les papiers. Alors une idée me vint... mon cœur saignait en songeant a la douleur de la duchesse quand elle apprendrait la mort de son fils, et, ma foi 1 je résolus de lui épargner des larmes.

l’^tbangrr.

Et voilà pourquoi, dans quelques jours, vous mettrez monsieur Robert dans les bras de ladmhessede Royan. Eh bien! j’exige que vous renonciez à vos projets sur l’héritage du duc et que vous empêchiez Robert de séduire Henriette Bernard.

* PICHRR1C.

Pardon, monsieur le comte de, . .

L’ANE MORT

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