ACTE I
robert, à part, en entrant.
Oh! je ne puis la quitter ainsi... il faut au moins...
Henriette, l'apercevant.
Ah! c’est lui... Viens, vieas, Robert... Si tu savais avec quelle impatience je t’attends... tout à l’heure, mon père m’a menacée.
ROBERT
Sait-il donc?...
HENRIETTE
Rien, rien encore, mais il se doute... heureusement que te voilà, et si tu m’aimes, Robert, ne tardons pas plus longtemps... allons le trouver. .. je lui dirai ma faute!... Oh! ça lui fera bien du chagrin, va! car tout paysan qu’il est, mon père est l’honneur même., mais tu le consoleras, n’est-ce pas, en lui tendant la main et en lui disant permeitez-moi d’êtr e son époux... Viens, viens, Robert, car il souffre. (Elle va à la maison.) robert, à part .
Du courage... il le faut.
Henriette, voyant que Robert ne la suit pas.
Eh bien ! Robert ?
ROBERT
Pardon, Henriette... pardon... mais...
Quoi donc?
ROBERT
Henriette.. . pardonne-moi le chagrin que je vais te faire... Henriette, il faut... il faut nous séparer.
Henriette, ne comprenant pas.
Nous séparer, Robert?
robert, regardant Picheric, qui se montre au fond.
Crois bien que j'obéis à une volonté plus forte que la mienne; depuis une heure, je ne m’appartiens plus... le monde, que tu ne connais pas, a ses exigences, ses cruautés, va. .. mon bonheur serait do passer ma vie à tes pieds... car mon cœur tout entier est à toi... Je t’aime... tu le sais...
Henriette, toujours sans comprendre .
Oui.
ROBERT
Eh bien ! une heure a suffi pour changer toute ma destinée., celte heure enchaîne mon avenir... cette heure nous sépare à jamais.
Henriette, la tête entre ses mains.
Mon Dieu!... Tiens! c’est drôle, Robert... je ne comprends pa$ bien tout ce que tu me dis là.
L’ANE MORT
robert, avec ennui.
Henriette!...
HENRIETTE
Est-ce que tu veux nie quitter? Non, c’est impossible... car vous êtes le seul homme que je puisse aimer désormais... et si tu m’abandonnes?... Maisjo seraiperdue! perdue pour toujours.. Ah ! Robert ! je me suis trompée, n’est-ce pas? C’est à présent que je ne comprends plus.
ROBERT
Si, Henrielte! si... c’est la vérité! De ce jour, un abîme nous sépare 1 car j’ai retrouvé un nom illustre! une famille puissante.
HENRIETTE
Oh!
ROBERT
Et je te le répète, je ne m’appartiens plus.
HENRIETTE
Mais alors, qu’est-ce que vous voulez donc que je devienne? (Elle pleure.)