LA NUIT AUTOUR DE L'HOMME
Si rhomme est majesté, cette majesté boite. Quand la mort a serré ce pantin dans sa boîte, En sort-il un esprit qui s'envole ? Psyché Jaillit-elle à travers l'arlequin démanché? Je n'en sais rien. Cherchez. Il fait nuit.
Ce qui reste Évident dans la brume adorable ou funeste, C'est que c'est un vivant médiocre et mauvais. Je deviendrais méchant, si je ne mé sauvais. Rien que pour avoir vu de près ce pauvre hère.
Je n'estime pas plus son grelot que sa haire,
Et son austérité que son relâchement;
Quand sa bouche dit vrai par hasard, son œil ment ;
Fumée, il s'évapore en toutes les emphases ;
Son ventre et son cerveau n'ont point les mêmes phases,
La terre a son instinct, la lune a sa raison;
Entre l'air et son souffle il met une cloison ;
Au lieu d'être le vaste esprit cosmopolite,
Il est toujours d'un lieu quelconque satellite,
Juif, grec, anglais dans l'Inde, au Brésil portugais;
Il rêve des édens et fait des paraguays;
Il se tient hors du code ou hors de la nature ;
Las, refroidi, blasé, s'il veut par aventure
Devenir vertueux, quels lugubres essais !
Il ne sait que passer de l'excès à l'excès.
De l'abus au défaut, de l'alcôve à la haine,
D'Eve au cloître, et que fuir don Juan dans Origène.
Voletant vaguement de la Trappe à Paphos, Mouche heurtant de l'aile au soupirail du faux. Bourdon de tous les dieux et de toutes les vitres, Donnant pour moule aux fronts les casques et les mitres. Forgeron d'imposture, ouvrier de fureurs, Fabriquant au mensonge une armure d'erreurs. Il n'est pas d'épithète outrageuse, honnie. Vile, dont on ne puisse orner sa litanie.
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Certe, on se tromperait de croire que lazur. Les sphères, les levers d'étoiles, l'éther pur, Et le nimbe solaire et l'auréole astrale Filtrent dans l'âme humaine en lumière morale. Kant, c'est un malheur d'être une voûte à cachot, Une cave fermée au ciel splendide et chaud. Une maison de nuit. Hélas! l'homme en est une. 11 a cette mauvaise et fatale fortune Que son obscurité résiste obstinément Au lys, à la colombe, à l'aube, au firmament. Rien, ni l'Etna qui semble en braise se dissoudre. Ni le passage vaste et fuyant de la foudre. Ni la lune, ébauchant quelque sacré contour. Pas même l'évidence éclatante du jour.
Pas même le feu noir qui dévore Sodome, Rien ne peut éclairer l'intérieur de l'homme.
0 Kant, l'homme est drapé de rêves mal tissus. Vêtu d'un haillon sombre, il porte par-dessus
Une pourpre d'orgueil prise aux fausses sagesses. Il est fils des géants mariés aux singesses ; Il a plus de grimace encor que de grandeur ; Son profil de beauté d'un profil de laideur Se double, et son sublime adhère au ridicule De si près qu'on le croit fait pour le crépuscule. Aussi quelle ombre en lui ! quelle ombre autour de lui ! Il sent sous tous ses pas trembler le point d'appui, Ce qu'il espère étant presque ce qu'il redoute ; Un flot de trouble passe après un flot de doute ; Tout se résout en gouffre, en chute, en tremblement Sur on ne sait quel vague et blême escarpement, En ouverture sombre, en cécité muette, Tâtonnement au docte et vertige au poëte ; Et toujours, au-dessus du lugubre horizon. Et de votre savoir et de votre raison. L'idole, le cromlech, l'autel, dressent leur cime Que blanchit un rayon monstrueux de l'abîme.
Mais du moins faites-vous ce qu'il faudrait p our voir Un peu plus de clarté dans votre cerveau noir?