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PREMIER GROUPE

Anesthésie chirurgicale par hypnotisme sans suggestion.

Observation IIL.

Anesthésie par hypnotisme sans suggestion en pelite chirurgie (M Thomas] (1).

Mr W..., 30 ans, bien constituée, nullement névropathe, a des abcès furonculeux à 3 doigts de la main droite, et 2 doigts de la main gauche. Nuits sans sommeil : un peu de fièvre.

Un petit débridement pour l’un d’eux serait nécessaire, afin de hâter la sortie du pus très épais. Je le propose; refus catégorique ; on ne s’y soumettra que si je donne le chloroforme, ce que je refuse évidemment. M" W.. veut bien essayer l’hypnotisme. Je la place près d’une table, l’avantbras allongé sur le bord, la main étalée. C’est le médius qui est le siège de cet abcès. J’use du procédé : fixation des yeux, en me plaçant devant ma malade. Au bout d’un instant, les paupières battent, puis se ferment. Je saisis aussitôt le bistouri, et pratique une petite incision. Je panse immédiatement ; une partie du pus sort. La malade se réveille; elle n'a rien senti. Je vais continuer la pression, elle me repousse et crie ; on fait le pansement.

(1) Gette observation a été extraite de l'ouvrage déjà cité de MM. Fontan el Ségard .

Le lendemain, une nouvelle pression serait nécessaire ; elle n’est pas acceptée. J'e fais de nouveau la fixation du regard ; la malades’endort. Je presse fortement: la malade se réveille et me regarde ; elle n’a rien senti.

Le lendemain, il faut débrider l'index... ; même procédé d’hypnotisme instanstané, même résultat.

Observation IV (1).

Analgésie hypnotique dans le travail de l’accouchement (Dumontpallier).

Chez une jeune femme de 24 ans, hypnotisable, M. Dumontpallier commença vers le sixième mois de la grossesse à déterminer, de temps en temps, le somnambulisme, dans le but surtout de produire un entraînement qui devait rendre plus facile et plus certaine l’hypnotisation au moment de l’accouchement.

Le 28 décembre, les premières douleurs ayant commencé dans la nuit, le somnambulisme fut facilement déterminé par la pression sur le vertex ; les contractions utérines avaient lieu toutes les six à dix minutes, et avaient une durée de une minute à une minute quarante-cinq secondes. Pendant le somnambulisme, cette femime sentait très bien les contractions utérines, mais elle affirmait que ces contractions n'étaient pas douloureuses. Venait-on à la réveiller aussitôt que les contractions utérines avaient lieu, elle souffrait, criait et demandait à être endormie de nouveau.

Les contractions petites et moyennes ne réveillaient pas la malade, mais une très forte contraction la réveillait en sur-

(4) Extraite de la Semaine Médicale, ? mars 1887.

Het er saut, ses yeux étaient hagards et sa figure exprimait subitement une très vive souffrance. j

Elle pouvait cependant être endormie de nouveau, et, si les douleurs n'étaient pas excessives, le réveil n’avait pas lieu. De 1 heure 20 à 7 heures du soir, le travail marcha. d’une façon régulière.

A partir de 7 heures 20, la pression sur le vertex et la suggestion. verbale ne déterminèrent plus le somnambulisme, les douleurs étaient trop vives ; à 8 h. 40, l’accouchement était terminé. Les suites de couches furent normales, et actuellement cette jeune femme est bien portante. L'enfant est né dans les conditions favorables ; il n’y a pas eu de menace d’asphyxie au passage.

Il me semble par ce fait particulier que, chez une primipare. l’état somnambulique a pu déterminer pendant la première période de l’accouchement une analgésie complète, et que, pendant la seconde période, l’analgésie complète n’a été qu'intermittente, — c’est-à-dire que l’analgésie cessait d'exister, lorsque survenaient de très violentes contractions utérines.

Mais dans la troisième période du travail, lors des fortes pressions de la tête et de l'engagement de l’occiput sous l’arcade pubienne, l’hypnotisation a été impossible chez cette jeune femme.

Voilà ce que j'ai observé. Toutefois, une observation rapportée par le D" Pritz, assistant de Karl Braun, à Vienne, permet de penser que, dans l’état léthargique, la fenime peut accoucher sans avoir conscience de l’accouchement.

Il importe donc de ne pas s’en tenir à la période somnambulique, mais deproduire l’état léthargique pourobtenir l’analgésie absolue, surtout à la fin du travail de l’accouchement.

Dans cette dernière phase de l’hypnotisme, la femme

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peut accoucher sans avoir conscience de la naissance de son enfant, et, si elle a souffert sans crier pendant le travail, elle n’a pas conservé le souveuir de la douleur, une fois réveillée.

Dans l’état somnambulique, la femme en travail conserve sa conscience, elle cause avec les personnes qui l’assistent, elle mesure la durée et la force des contractions utérines, elle se rend parfaitement compte de la marche du travail et elle ne souffre pas.

Réflexions. — Dans cette observation, lanalgésie n’a été bien constatée que pour les douleurs dues aux faibles contractions, les autres ayant pu faire sortir la malade du soimmeil hypnotique. De plus, ce dernier n’a pu être obtenu au moment des dernières douleurs. M. Dumontpallier a provoqué le somnambulisme dans les six premiers mois, dans le but de rendre l’hypnotisation plus facile au moment de l’accouchement, mais ilne nous dit pas qu’il ait eu recours à la suggestion pour commander l’insensibilité pendant le travail. Le résultat aurait-il été, dans ce cas, plus complet au point de vue de l’analgésie? Il est permis de le croire, si on rapproche cette observation de l’observation XVII, si remarquable, dans laquelle nous voyons une domestique, sous l'influence d’une suggestion à terme ou post-hypnotique, se livrer à ses travaux habituels et ne sentir qu’au moment où la tête va franchir la vulve.

L'hypnotisation a été impossible au moment où les douleurs étaient devenues concassantes. Ceci n’a rien qui doive nous surprendre. Ayant pour principales conditions l’attention du sujet, le ealme d’esprit, l'absence de bruit, l’hypnotisme, on le comprend, peut échouer devant l’idée dominante de l'événement prochain, les douleurs et l'agitation qui s'emparent exclusivement de l'imagination d’une femme en

Re ne travail. Il faut vraiment que le chloroforine soit puissant et brutal comme ilest l’est, pour terrasser les malades dans des conditions pareilles.

Observation V.

(Inédite). 5

Nous devons cette observation et les deux suivantes à la bienveillance de M. le médecin en chef Thomas, qui a bien voulu rappeler ses souvenirs et lestranscrire pour nous. Nous les publions à cette place, bien qu’elles eussent dû figurer dans la 2m° partie de notre travail, à cause de l’époque à laquelle elles rattachent.

Anesthésie chirurgicale hypnotique. — Extraction l’une grosse molaire. Hôpital du bagne à Toulon.— Service de M. Marroin, médecin-professeur (Fiévreux), mars 1860.

X...., 37 ans, manœuvre (vol avec effraction, condamné à temps), a encore trois ans à faire. Bonne santé habituelle. Depuisil jours à l’hôpital pour pneumonie. Est convalescent. Souffre de la dernière molaire inférieure gauche; cette dent porte un trou de carie. Me demande dela lui extraire comme étant chargé des pansements et des menues opérations. C'est la premièrede ces extractions que j'aurai à pratiqueretje crains par suite qu’elle ne soit doublement douloureuse pour le malheureux. M. Marroin nous dit alors qu’il va essayer de mettre cecondamné dans l’état dit «chypnotisme» dont on a parlé récemment à l’Académie des Sciences et à la Société de chirurgie (Broca, Follin, ete.). C’est, nous ditnotre professeur, la première fois qu’il va essayer ce procédé d’anesthésie, dans lequel, nous fait-il entendre, il n’a pas grande

LS NE à confiance. La visite générale étant finie, M. Marroin revient avec tout le personnel de la visite auprès de X...; je prépare sur une petite table la clef de Garengeot, préalablement entourée de linge, undavier,un petit bistouri pour déchausser la gencive.

Le chef de salle présente alors à X...., préalablement mis sur son séant, la face convexe d’une petite cuiller à café en argent, à environ 15 centim. en avant de la racine du nez. Les yeux du sujet convergent légèrement vers cette surface brillante. M. Marroin l’engage à regarder sans effort, mais fixement, le point de l’objet ainsi présenté et continue par la parole à le persuader de concentrer son regard sur la cuiller. Au bout d'environ 2 minutes les paupières battent, puis les yeux se ferment: on enlève un coussin; le malade est mis dans nne position un peu déclive. On enlève la cuiller, il est bien endormi. En effet, je fais maintenir la bouche ouverte; je glisse la lame du bistouri le long du bord interne de la dent, j'incise, quelques gouttes de sang coulent dans la rainure génio-maxillaire.

Je place le panneton, à cause de la situation de la dent (dent de sagesse!) et pour éviter l'obstacle que crée lapophyse coronoïde sur la face interne de la dent. Je luxe fortement, mais la dent n’étant pas entraînée avec la clef, je la saisis sans peine avec le davier et l’amène an dehors. Le malade n’est pas réveillé. M. Marroin souffle fortement sur ses yeux. X.. se réveille étonné. Il n’a absolument rien senti.

Les suites de cette petite opération furent très simples.

Observation VI (inédite).

GCommuniquée par M. Thomas, médecir en chef, (mars 1860).

Y..., charron, 29 ans (tentative de viol), deux ans de séjour au bagne, 8 ans à faire encore. Est à l'hôpital pour une fièvre gastrique (fièvre typhoïde légère?)

Est convalescent. Souffre également d’une carie dentaire siégeant sur la première grosse molaire gauche de la mâchoire supérieure.

Encouragé par le succès obtenu chez X.., M. Marroin propose à Y..… la même intervention. Notre sujet est également de constitution forte, sans aucun attribut du tempérament nerveux. On procède à l’hypnotisation de la même manière. Une minute environ suffit cette fois; il est probable que cela tient à la connaissance qu’a notre sujet du fait de l’avant-veille. Malgré le silence obligatoire des condamnés plus rigoureux encore à l’hôpital, ces disgrâciés, ont on le sait, mille moyens de correspondre.

Ici encore la dent, bien que plus résistante, munie de 3 racines et ayant entraîné un fragment de maxillaire, est extraite sans douleurs. La petite incision préalable n’avait pas été nécessaire.

Le malade fnt réveillé promptement par l’insufflation sur les paupières.

Observation VII (inédite).

Cotmmuniquée par M. Thomas, médecin en chef.

L.., 45 ans, ex-instituteur, N° 84. Constitution moyenne, bonne santé habituelle. Entré il y a trois jours avec symptômes

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