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Observation I.
Extraite des Bulletins de la Société de chirurgie, séance du 7 décembre 1859 (Broca).
Une femme de 24 ans, entre à lhôpital pour une vaste brûlure du dos et des deux menibres droits. Elle est atteinte, en outre, d'un abeès volumineux et extrêmement douloureux de la marge de l'anus. Epuisée par la douleur, et d’aïlleurs très pusillanime, elle redoute extrêmement une incision, dont elle comprend la nécessité. Après avoir placé son lit en face d'une fenêtre, je lui ai annoncé que j'allais l’endormir. J'ai placé ma lorgnette à 15 centimètres en avant de la racine du nez, bien en deçà, par conséquent, des limites de la vision distincte, et la malade, pour fixer cet objet, a été obligée de loucher fortement en dedans. Les pupilles se sont aussitôt contractées. Le pouls, déjà rapide avant l'expérience, s’est d'abord un peu accéléré, puis, presque aussitôt, il est devenu plus faible et plus lent. Au bout de deux minutes, les pupilles commencent à se dilater, nous élevons le bras gauche presque verticalement au-dessus du lit ; ce membre reste immobile. Vers la quatrième minute, les réponses sont lentes et presque pénibles, mais sont du reste parfaitement sensées. La respiration est très légèrement saccadée. Au bout de cinq minutes, M. Follin, à l'insu de la malade, pique la peau de l’avant-bras gauche ; rien ne bouge. Une nouvelle piqûre plus profonde, qui fait sortir une gouttelette de sang, passe également inaperçue. On relève le bras droit, qui reste suspendu et immobile comme le gauche. On soulève alors les couvertures, on écarte les membres inférieurs pour mettre à découvert le siège de l'abcès; la malade se laisse faire, en remarquant toutefois avee tranquillité qu’on va lui faire du mal. Enfin, sept minutes environ après le début de l’expé-
re
rience, M. Follin pratique sur l’abcès une large ouverture qui donne issue à une énorme quantité de pus fétide. Un léger cri, qui dure moins d’une seconde, est le seul signe de réaction que donne notre malade. 17 n'y a pas eu le moindre tressaillement soit dans les muscles de la face, soit dans les muscles des membres. Les deux membres sont restés, sans le moindre ébranlement dans l’attitude qu’ils conservent depuis plusieurs minutes. Le visage est immobile comme un masque, le pouls exactement comme au moment de notre arrivée; la respiration est parfaitement libre, mais l’opérée est toujours insensible. Le talon gauche soulevé au-dessus du lit reste en l’air. Il est digne de remarque que le matin encore, la malade, tourmentée par une large brûlure du dos, ne pouvait se mouvoir dans son lit qu'avec beaucoup de douleur et de difficulté.
On fait sur les yeux une friction légère et une insufflation d’air froid ; l’opérée fait quelques petits mouvements ; on lui demande si on lui a fait quelque chose; elle répond qu’elle n’en sait rien. Les membres restent dans les attitudes qu’on lui a données. Une nouvelle piqûre pratiquée sur le bras gauche amène une goutte de sang. La malade ne s'aperçoit de rien.
Enfin, 20 minutes après, on insuffle sur le visage une plus grande quantité d’air froid. Cette fois la malade se réveille presque subitement. Les deux bras se relâchent et retombent. Elle se frotte les yeux et reprend toute sa connaissance. Eile ne se souvient de rien et s'étonne d'apprendre qu’elle est opérée. Son état est comparable à celui des individus qui sortent du sommeil anesthésique ordinaire, avec cette différence, toutefois, que le réveil a été beaucoup plus prompt, sans agitation et sans loquacité.
Cette communication souleva à la Société de chirurgie une
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importante discussion (1). Depaul prétendit que, dans ce cas, l’insensibilité n’avait pas été complète, parce que un cri avait été poussé et que ce cri devait être considéré comme l'expression d’une souffrance. Cette objection ne pouvait faire naître de doutes dans l’esprit de personne. En effet, ces cris ne prouvent rien contre l’anesthésie. Verneuil et Broca le firent remarquer, en ajoutant que, sans cela, il faudrait douter de l'utilité du chloroforme, les malades qui sont soumis à son influence s’agitant et criant souvent quand on les opère. Ce qui est important, ajoutaient-ils, c’est qu'au moment du réveil, ils n’ont aucun souvenir et doutent même que l’opération ait été pratiquée (2).
Verneuil, sur huit expériences, obtint quatre fois l’insensibilité complète. Les pincements, les châtouillements de la plante du pied, l'introduction d’une barbe de plume dans la profondeur des fosses nasales, etc., ne provoquèrent pas la moindre contraction réflexe. Aucune tentative chirurgicale ne fut faite.
Préterre adressa à ce moment une lettre sur l’application de l’anesthésie hypnotique à la chirurgie dentaire. Il a réussi 14 fois sur 21 à arracher des dents sans douleur chez des individus hypnotisés. L’hypnotisation n’a réussi que 4 fois sur huit hommes adultes. Les autres succès étaient relatifs à des femmes et à des enfants.
Dans cette même séance (3), le D' Levavasseur fit savoir qu’il avait pratiqué une opération sur un individu de {4 ans, préalablement hypnotisé. N'ayant obtenu, au bout de 8 minutes, que des phénomènes de catalepsie sans anesthésie, il crut l'expérience manquée et fit alors une incision de 3 cent.
(D Société de chirurgie, séance du 7 Décembre 1859. (2 Verneuil, Société de chirurgie (même séance). (3) Société de chirurgie, séance du 21 décembre 1859.
SRE
pour ouvrir un vaste abcès lombaire. L'enfant a poussé un cri au moment de l’incision, mais au bout de quelques instants il ne s’est souvenu de rien. [l n’y aurait donc pas eu, dans ce cas, anesthésie, mais simplement oubli de la douleur!
Mais le fait, de beaucoup le plus important, fut communiqué par le D' Guérineau, professeur à l’École de médecine de Poitiers. Il s’agit d’une amputation de cuisse, pratiquée par ce chirurgien, pendant le sommeil hypnotique.
Nous reproduisons ix extenso cette observation telle qu’elle fut publiée par les journaux de l’époque.
Observation II (1).
Amputalion de cuisse praliquée pendant le sommeil hypnotique.
Le 25 octobre 1859, entre à l'Hôtel-Dieu de Poitiers, pour y être traité d’une tumeur blanche du genou gauche, le nommé J... Georges, âgé de 34 ans, du village de Morthemer.
Le malade, d’une constitution lymphatique, esttrèsamaigri; il ne parait nullement impressionnable, car, fatigué par des privations de toute nature et par une maladie qui dure depuis deux ans, il réclame lui-même avec le plus grand calme l’amputation de la cuisse. Certains symptômes fournis par l’auscultation de la poitrine me faisant craindre la présence de tubercules, je le soumets pendant deux mois environ à une nourriture substantielle, à l'usage du vin de quinquina et de l'huile de foie de morue.
(1) Extrait de la Gazelle des hôpilaux, 29 décembre 1859.
DOG Re
Le 19 décembre, son état s'étant amendé d’une façon très favorable, je lui propose l’opération pour le lendemain, ce qu'il accepte sans hésiter. Je dois faire observer ici que, pendant le séjour à l'hôpital, le genou malade, qui présentait un volume d’un tiers au moins plus considérable que le genou droit, a été traité localement, mais sans succès, par tous les moyens dirigés ordinairement contre les tumeurs blanches, et qu’il était tellement douloureux, que le moindre mouvement imprimé au membre arrachait des cris au patient. Ce dernier craignait tellement la douleur, qu’il a mieux aimé se traîner peu à peu lui-même à la salle d'opération que de s’y faire porter par les infirmiers. Toutefois, il se trouva mal en y entrant.
Une heure environ après cette syncope, j'explore le pouls, qui était encore un peu faible. Le malade, il est vrai, n’avait pas voulu prendre de nourriture depuis 24 heures. J’opérai en présence de MM. les docteurs Pomonti, chirurgien-major au 72% de ligne, Delaunay, professeur-adjoint, Jollet, chef des travaux anatomiques et les élèves de l'Ecole. L'un d’eux place une spatule à deux décimètres environ de la racine du nez du malade, qui était couché dans la position horizontale, les jambes et les cuisses ne reposant pas sur le lit. Craignant les vives douleurs que le moindre mouvement imprime à son: genou, J.. soutient sa jambe gauche avec sa jambe droite, qu’il croise sous la première et qu’un des élèves maintient dans cette position. Le strabisme convergeant se produit aussitôt. Je veux séparer les deux jambes du malade, il se plaint beaucoup et s’y oppose; mais, sur l'observation que je lui fais qu'il m’est impossible d’opérer dans la position qu’il occupe, il se décide, malgré les vives douleurs qu’il éprouve, à se laisser placer les deux cuisses dans l’abduction.
Cinq minutes après que le malade a commencé à regarder la spatule, j'élève le bras gauche et je l’abandonne à lui-
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même ; il retombe aussitôt sur le lit; il n’y a point de catalepsie. J.... me fait observer alors que je ne pourrai pas l’endormir par ce procédé. Je recommande aussitôt le plus grand silence dans la salle, où de nombreuses conversations particulières s’établissaient déjà, et moi-même je n’adresse plus la parole au patient, qui regarde avec persévérance l’objet brillant.
Après cinq minutes du plus profond silence, je pratique l’amputation à la partie inférieure de la cuisse par la méthode à deux lambeaux. Pendant cette opération, qui dure une minute et demie, le malade, à la grande surprise de tous les assistants, ne fait pas le moindre mouvement, bien qu’il soit à peine maintenu. Je lui adresse alors la parole, et lui demande comment il se trouve: il me répond qu’il se croit dans le Paradis, saisit vivement ma main et la porte à ses lèvres pour la baiser. Les yeux du malade sont restés ouverts pendant tout le temps de lopération; ils étaient mus d’un mouvement oscillatoire ; le strabisme persistait.
Deux minutes à peu près avant le commencement de l’opération, un élève pinça la cuisse du malade en lui demandant s’il éprouvait de la douleur. «Oh! jesens bien un peu,» répondit-il. Vers le même temps, un autre élève souleva l’avant-bras du malade, mais ce bras retomba sur le lit. [Il ne paraît pas y avoir eu de catalepsie. L’opération terminée, le malade dit à l'élève: « J’ai senti ce qu’on m'a fait, et la preuve c'est que la cuisse a été coupée au moment où vous me disiez: éprouvez-vous quelque douleur?» Or, ce n’est que deux minutes plus tard que commença l'opération, et pendant tout ce temps les traits du malade n’ont pas éprouvé le moindre spasme ni la moindre contraction; il avait l'air de chercher dès yeux le corps brillant.
I est resté bien évident, pour tous les assistants, que J... n'avait pas éprouvé de douleurs, car il n’a pas proféré la
PIRE moindre plainte, lui qui criait aussitôt qu’on imprimait le. plus léger mouvement au membre malade.
Larrey, dans son rapport sur l’éléphantiasis du scrotum, parle de très nombreuses opérations pratiquées par le D' Esdaile, chirurgien des hôpitaux de Calcutta. Celui-ci écrivait, en effet, à la même époque, qu’il avait enlevé deux cents tumeurs de scrotum, dont le poids variait depuis 10 livres jusqu’à 103 livres, grâce à l’insensibilité obtenue par l'hyp-. notisine. [1 avait fait, en outre, cinq grandes amputations, plusieurs amputations moins importantes, enlevé des tumeurs, réduit des hernies étranglées, redressé des membres contracturés (1). Sur sa demande, le gouvernement nomma une commission, Chargée de vérifier la réalité de ses allégations. Cette commission, après avoir fait de nombreuses expériences, rédigea un rapport dont nous extrayons le passage suivant :
«Dans tous les cas, sans exception, les patients n’avaient ni »Cconnaissance, ni souvenir de l’opération, niant avoir rêvé »et n’accusant aucune douleur, jusqu’à ce qu’on eût attiré »leur attention sur l’endroit opéré (2).»
Après avoir fait connaître une grande partie de ces faits, Broca terminait sa communication en disant: «J’anesthésie hypnotique pourra être utilisée dans un certain nombre de cas, Wais ne pourra prendre place dans la pratique courante.» Il faudrait d’abord, dit-il, trouver un procédé capable de provoquer l’hypnotisme, sinon chez tous les individus, du moins chez la plupart. Si cette objection était la seule qu’il eût formulée contre le moyen anesthésique qui nous occupe, son procès serait vite gagné. En effet, nous pourrions ré-
(1) Société de chirurgie, loc. cil.
(2) Du Potet, Traité du magnélisme animal.
pondre, avec MM. Fontan et Ségard, que la proportion des individus hypnotisables est bien plus forte que ne l'ont trouvée beaucoup d’observateurs : (Nous sommes certains dene pas exagérer. en affirmant que, dans nos expériences, nous n’avons pas enregistré une moyenne de 4 réfractaires sur 100 sujets (1).»
Mais voici un reproche plus grave adressé à cette méthode: «Il y a, dit Broca, des sujets chez lesquels l’hypnotisme n'arrive jamais à la période d’anesthésie.»
À cette objection, nous pouvons répondre que ce n’est pas seulement pendant le sommeil hypnotique et par le fait de ce sommeil, que nous recherchons l’anesthésie suffisante. La méthode suggestive nous permet d'atteindre, même après le sommeil, cette anesthésie, de sorte que bien des sujets, qui ne seraient pas suffisamment insensibilisés par l’hypnotisme seul, le sont par l’hypnotisme aidé de la suggestion; toutefois, il en est un certain nombre qui, accessibles aux pratiques de l’hypnotisme, ne peuvent être suggérés efficacement pour une anesthésie totale et durable. Enfin, il peut arriver que des malades qui, d'ordinaire, s’endorment facilement, ne peuvent être hypnotisés dans une salle, au milieu de nombreux spectateurs, près des instruments, avec l’idée dominante d’une opération. Nous reviendrons plus tard sur ce point.
Il peut arriver encore, comme Braid l’a annoncé, que l'hyperesthésie précède l’anesthésie. Mais les effets du chloroforme ne présentent-ils pas des variations analogues, plus accusées même et plus constantes? Et cependant cela a-t-il jamais empêché un chirurgien d’y recourir ?
Il est certain que d’un sujet à un autre, il peut exister dans la nature des phénomènes qui se produisent pendant l’hyp-
(1) Fontan et Ségard, Ouvrage cité, p. 87.
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nose et dans leur ordre de succession des différences telles, que c'est manquer de prudence que de vouloir les régir par une loi immuable. En matière d’hypnotisme surtout, on aurait raison de dire qu’il n’y a rien d’absolu. C’est en se plaçant à ce point de vue que l’on pourrait, peut-être, trouver trop exclusives les conclusions par lesquelles certains observateurs, dont nous parlerons dans un instant, condamnèrent irrévocablement l’anesthésie hypnotique.
A côté de ces succès, quelques-uns si brillants, à enregistrer au profit de l’anesthésie hypnotique, notre impartialité nous fait un devoir de signaler les essais infructueux qui furent communiqués par d’autres expérimentateurs.
Richet ayant à opérer deux malades atteints de fissure à l'anus, résolut d’essayer la méthode hypnotique.
Chez la première malade, une femme de constitution très nerveuse, les résultats furent à peu près complètement négatifs. La malade qui ne perdit pas un seul instant sa présence d’esprit. déclara ne ressentir qu’un peu de fatigue dans les yeux. La sensibilité interrogée de toutes les façons était restée aussi intacte que l'intelligence. On dut lasoumettre aux inhalations de chloroforme pour l’opérer.
Chez le deuxième malade, un homme de 36 ans, d’une rare pusillanimité et qui redoutait beaucoup l’opération, on renouvela l'expérience faite sur la malade précédente. Au bout de dix minutes de tentatives infructueuses, on fut aussi obligé de recourir au chloroforme.
Malgré ces insuccès, Richet fit suivre ces communications des conclusions suivantes, qui auraient peut-être dû servir
d'exemple à d’autres observateurs qui condamnèrent trop.
vite, croyons-nous, l’anesthésie hypnotique.
«Que conclure de ces faits négatifs? Une seule chose, à »savoir: qu'il doit y avoir une grande variabilité dans la »production des phénomènes de l’hypnotisme, et que, selon
séve NES EU E
»toute probabilité, on ne pourra les faire naître que sur un »nombre limité de sujets. Or, c’est là au point de vue de » Papplication à la chirurgie une chose qui me paraît impor- »tante à noter dès à présent, et dont il faut que les médecins »vqui répètent ces expériences soient prévenus, afin de ne » point aborder cette étude avec une trop grande confiance et »de ne pas se laisser décourager par des insuccès (1).»
En présence des communications qui continuaient à affluer de tous côtés sur l’hypnotisme, la Société de chirurgie, jugeant que cette question ne devait pas retarder plus longtemps ses travaux ordinaires, nomma une commission spéciale chargée de les recevoir. Elle se composait de: Legouest, Monod et Michon. Il est à regretter qu’elle n’ait publié, dans la suite, aucune des observations qui lui furent adressées et surtout qu’elle n'ait donné dans aucun rapport où compte-rendu le résumé de ses travaux. |
Demarquay et Giraud-Teulon commencèrent de leur côté une série d'expériences dans divers services. Les conclusions qu'ils présentèrent tendaient à l’abandon absolu de ce procédé d’anesthésie, dont ils ne parlent qu'avec ironie. Leurs expériences portèrent sur 18 sujets, dont 15 femmes et 3 hommes.
Quatre fois seulement l’kypnotisme se présenta avec les caractères que les auteurs précédents lui avaient attribués ; les quatre cas furent offerts par des femmes, les hommes ayant été généralement réfractaires. Dans un cas, la sensibilité fut nettement abolie.On ne chercha pas du reste à l’éprouver par une grande opération, par l'excellente raison qu’il n’y avait point d'opération indiquée. Bref, sur 18 cas, deux seulement auraient pu être offerts à l’action chirurgicale.
Ils concluaient par ces mots:
(1) Société de chirurgie, 14 décembre 1859.
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«Nous pensons que l’espérance déçue d’une méthode nou-
»velle d'anesthésie chirurgicale ne doit être l’objet que de »peu de larmes et suivie que de faibles regrets (1).»
Il n’est pas indifférent de savoir que, en dehors des insuc-
cès que nous venons de signaler, ils reprochaient surtout aux pratiques hypnotiques de troubler profondément les fonctions supérieures, d’épuiser le système nerveux, de menacer la vie, tout comme le chloroforme. Aussi ne cachent-ils pas qu'ils sont heureux de l’insuccès de cette méthode, au moins entre leurs mains ! Car, disent-ils, si d’une part les périls sont si grands qui accompagnent l'emploi du chloroforme, qu’on doive si souvent, comme l’a très bien dit Broca, poser à son endroit la question de vie ou de mort, de l’autre pouvait-on regarder, comme sans inconvénients notables et sans dangers quasi équivalents, la faculté de jeter le premier venu en catalepsie ?
Nous répondrons à ces observateurs qu’il faut, nous semble-t-il, plus de 18 expériences pour porter sur une méthode, quelle qu’elle soit, un jugement aussi définitif que celui que l’on vient de lire.
Quant au dernier reproche, nous dirons encore. avec MM. Fontan et Ségard, qu’il est purement gratuit: « Tout agent thérapeutique dont on abuse a ses dangers; celui-ci moins que beaucoup d’autres (2).» Et en admettant même que des troubles nerveux surviennent, que des crises, par exemple, soient angmentées chez les hystériques, n’avonsnous pas un moyen de tout faire rentrer dans l’ordre: la suggestion? En un mot, l’hypnotisme porte avec luison correctif: la suggestion. Il est vrai qu’elle était peu connue ou, du moins, peu pratiquée à ce moment, tandis que c'est presque
(1) Gazelie médicale, 17 décembre 1859.
(2) Fontan el Ségard, loc. cil.. p. 42.
Et pee exclusivement sur elle que nous comptons aujourd’hui pour obtenir l’anesthésie. Au reste, nous nous sommes peut-être arrêté trop longtemps sur des expériences qui, entreprises pour vérifier la valeur d’un moyen anesthésique, furent exclusivement consacrées, après les premières séances, à l’étude des autres manifestations du sommeil hypnotique (exaltation des sens spéciaux, état des pupilles, état du pouls, hyperesthésie, ete.)
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