‹ L'ange de la caverneChapitre 49 sur 55 · CHAPITRE XX DISPARUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX DISPARUE

Le lendemain matin, Yves Courcel, Andréa, Sylvio Desroches et Tanauay étaient réunis dans la salle à manger; ils attendaient Eliane pour se mettre à table. Mais, comme l'heure avançait sans qu'Eliane apparut, Yves proposa qu'on déjeunât.

"Eliane sera mécontente, si nous retardons le déjeuner |)nur l'attendre," dit-il. "Elle ne saurait tarder à arriver, d'ailleurs, puisque nous devons partir à dix heures pour Cave City et qu'il est déjà neuf heures."

Les quatre hommes se mirent à table. Inutile de dire que Tanpuav n'aurait pu nommer ensuite les mets quil mangeait, car il avait les yeux fixés continuellement sur la porte, espéranl, à chaque instant, y voir apparaître sa bien-aimée. Ce-

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pondant, le déjeuner était déjà chose du passé et Eliane était loii jours absente.

"Eiiane est en retard," dit, tout a coup, Andréa. "Pourtant, ce n'est pas son habitude de se faire attendre, la chère enfant!"

— *'Elle fait la grâce matinée, je présume," répondit Yves Courcel. ''Nous en serons quittes pour partir plus tard... Allons fumer un cigare à la bibliothèque," ajouta-t-il; "cela fera passer plus vite les heures de l'attente."

Tous se dirigèrent vers la bibliothèque, mais un pli soucieux se creusait sur le front d'Andréa.

"C'est singulier," se disait-il, in petto; mais je n'aime f/uère ce retard d'Eliane... Serait-elle malade?... Je vais attendre un peu; ensuite, j'aviserai... Courcel n'est pas inquiet— il n'a pas raison de l'être non plus — Il est vrai qu'il ignore ce qui s'est passé hier soir. . . Il ignore qu'un étranger a été vu par Eliane, par moi ensuite, sur les terrains de la villa... Pauvre Eliane!. . . Chère petite!... "Cest Castello! C'est Castello!" s'cst-elle écriée. . . et moi, je me suis lancé à -^a poursuite... Inutilement; l'individu avait disparu et j'ai eu beau faire bonne garde, je ne Tai pas aperçu... Eliane aurait-elle?..."

"A quoi pensez-vous si sérieusement, Andréa?" demanda Yves Courcel. "Pourquoi froncez-vous les sourcils ainsi?... Quelque chose vous tracasse, peut-être?. . . Qu'est-ce?. . ."

— "C'est ridicule de ma part, je le sais, Courcel," répondit Andréa, "mais je n'aime guère ce retard d'Eliane.'*

— "Eliane!" s'écria Tanguay. "Vous êtes inquiet au sujet îTEliane?. . . Diles-nous, M. Andréa, dites-nous. . ."

— "11 est probable que la chère enfant est, en ce moment, dans la salle à manger, à prendre tranquillement son déjeuner," dit Svlvif) Desroches, en souriant.

— "Vraiment," dit Andréa, "j'ai bien envie d'aller m'en assurer. J'y vais!"

— "Je vous accompagne, Andréa," dit Courcel.

— "Nous vous accompagnerons tous," dit Tanguay, "Eliane!.. . Quelque chose est arrivé à Eliane!!"

—"Mon fils/' dit Sylvio Desroches à Tanguay, "ne te mets pas martel en tête ainsi, je te prie. Il ne peut être arrivé quoi que ce soit à la chère petite; sauf qu'elle est peut-être un peu indisposée et préfère garder sa chambre."

-^"Sylvio a raison; il ne peut être arrivé rien de mal à lïia chérie," dit Courcel. "Mais, allons à la salle à manger sans retard; peut-être y trouverons-nous Eliane."

— "Allons! Oui, allons!" s'écricrent-ils tous.

Mais Eliane n'était pas dans la salle à manger et, tout à coup, ces quatre hommes qui l'adoraient, furent pris de panique. . . Où était Eliane?. . . Pourquoi se retard?. . . Etait-elle malade, souffrante, seule dans sa chambre?. . . Il fallait s'en assurer tout de suite; cette incertitude était intolérable!

Yves posa son doigt sur un timbre et un domestique entra dans la salle à manger.

"Dites à Lucettc que je désire lui parler immédiatement," dit Yves au domestique. Lucette était la servante attachée au service personnel d'Eliane.

Quelques instants s'écoulèrent, puis Lucette arriva dans la salle à manger. Lucette, une jeune fille de Bowling Green, était toute dévouée à sa jeune maîtresse.

"Lucette," demanda Yves Courcel, "Mlle Eliane n'est-elle pas encore levée?"

— "Non, Monsieur," répondit la jeune servante, "et j'en suis un peu surprise, même."

— "Surprise?" demanda Yves, "Pourquoi?"

— "Parceque, hier soir, Mlle Eliane m'a dit qu'elle allait se lever de bonne heure ce matin, à cause d'une excursion projetée à Cave City."

— "Allez immédiatement frapper à la porte de chambre de Mlle Eliane!" s'écria Yves. "Allez!"

Lucette ne prit ])as seule la direction de la chambre d'Eliane: Yves, Andréa, Tanguay et Sylvio la suivirent. Arrivée à la porte de la chambre de la jeune fille, Lucette frappa; mais elle ne reçut pas de réponse. . .

"Frappez encore!" s'écrièrent les quatre hommes ensemble.

Luceltc, très effrayée, frappa, de nouveau, à coups précipités. . . Pas de réponse!

Yves Courccl, repoussant la servante, saisit alors le boulon de la porte; la porte s'ouvrit.

"Entrez, Lucette," dit Courcel, d'une voix tremblante, "cl faites de la lumière... La chambre est sombre; on n'y voit rien."

Lucelte pénétra dans la chambre et fît de la lumière. ALÎssitôt, un cri retentit et les quatre hommes se précipitèrent, il leur tour, dans la pièce . . .

Le cri de Lucette eut vite son explication et les quatre hommes restèrent pétrifiés sur place, en proie au désespoir: le lit d'Eliane n'avait pas été défait. La robe de nuit de la jeune fille était encore au pied de la couchette, là où Lucette la plaçait, chaque soir. . . Par terre, à côté d'un fauteuil, sur lequel Eliane avait l'habitude de s'asseoir pour faire un peu de lecture avant de se mettre au lit, étaient un livre et un éventail. La fenêtre était large ouverte, quoique cachée sous des rideaux épais. Sur Tappui de la fenêtre, des empreintes de terre fraîche se voyaient clairement. . .

Eliane avait été enlevée! Eliane avait disparu!!

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