l’ange de minuit
le voilà, enfin!... et plus épouvantable que jamais je ne l’avais redouté!
MARGUERITE, d’une voix faible. '
Mon ami, mon Ary, que dites-vous donc? que parlez-vous de châtiment? Un châtiment! à vous, pour qui j’ai tant de respect dans tant d’amour!... Je me sens bien faible, Ary; cela va passer, n’est-ce pas?... Mais alors, pourquoi ai-je peur?... (souriant tristement.) Si j’allais mourir?... Oh! non! non! je ne veux pas, pas maintenant, où la vie est si belle ! (Ary, resté immobile, les yeux sur ceux de la statue, semble ne rien entendre. — Minuit soune lentement. — - Marguerite continue d’une voix toujours moins forte.)
Entendez-vous? C’est minuit! l’heure de notre mariage... Comme je t’aimais, Ary! (Souriant plus tristement encore.) Ah!... je peux bien dire « toil » si je n’ai qu’un instant pour le dire... pour dire : « Je t’aime ! »
ARY, sortant de sa torpeur.
Marguerite !
MARGUERITE, avec un peu de délire.
Ary, vous êtes là... près de moi... Mais, sommes-nous seuls?... ou bien... Ary, ou bien... Ah!... il me semble... que je vois... la Mort!
t ARY.
Toi! toi aussi tu la verrais!... Oh! non, non! (a lui-même.) Car elle n’est visible que pour moi... (Frissonnant.) pour moi et pour ceux qui sont en danger de mourir... Marguerite, mon amour, ma femme! Dieu! elle respire à peine ! le battement du pouls se trouble, et je reste là, moi, immobile... éperdu!... Est-ce que je ne peux rien? Je ne pourrais rien, moi? Et.,, ses mains se refroidissent! ses yeux se voilent!... (Avec rage.) Voilà ma femme agonisante, je suis un grand médecin, et je ne pourrais rien? Ali!... la science!... (Appelant.) Marguerite!... Voyons! voyons! j’en ai déjà traité de ces syncopes mortelles... Que faisais-je donc? qu’ai-je inventé? A moi donc l’intuition, l’éclair, les coups d’audace!... Mais, du calme, d'abord, du calme!... Ah! j’ai le cerveau tout en feu!
Parle-moi, Ary; je souffre moins quand tu me parles... et... vois-tu, je souffre comme pour mourir... Tu consoleras mon père... mais, toi, qui te consolera?...
ARY
Mais tu ne mourras pas!... Toi, mourir?... Non ! non!... car je me révolte!... (a la statue, toujours impassible.) Crois-tu donc que je le laisserai me la prendre?... Eh bien, non!... je la guérirai, je te l’arracherai!... (soulevant Marguerite dau» ses bras.) Tiens, je l’emporte... je le l’enlève... Viens, Marguerite,
Viens!.,. (La statue fait un geste de consentement ; puis, d’un pas solennel, elle se dirige vers l'appartement de madame Koerner. Ary, serrant Marguerite ur sa poitrine, s'est arrêté comme involontairement ; puis, d'une voix oppresée :) OÙ vas-tu?... (Elle s'arrête, le regarde et fait encore quelques pas