SCÈNE PREMIÈRE
CATHERINE, seule.
(Quand lu rideau se lève, il ne fait pas encore jour. Catherine sort de sa chambre et descend l’escalier )
Le petit jour! Oui, je ne nie trompais pas! C’était bien le linot qui chantait dans le jardin du voisin Muller! (En parlant, elle va ouvrir les volets extérieurs de la salle, puis elle vient au bulTet.) Et
moi qui n’ai rien préparé encore pour recevoir nos visiteurs!... Ah ! ah ! vous vieillissez, madame Kœrner. Il fut un temps où vous chantiez déjà quand le linot dormait encore... (soupirant.) Ah! mais, dans ce temps-là, j’étais une jeune tille joyeuse, fêtée au foyer maternel, et, plus tard, j’étais une jeune femme heureuse sous le toit de son mari, tandis qu’à présent... (vivement.) Eh bien, à présent, j’ai un fils, j’ai toujours du bonheur! (Aliantvers la gauche.) Mon fils 1 mon pauvre Ary ! il est là, il dort, il aura veillé tard sur ses livres, et... (Elle «ouvert doucement la porte de la chambre.) Mais non! le lit est vide, la chambre est déserte; cher enfant! Moi qui craignais de troubler son repos!... Les malades n’y auront pas mis tant de précaut'on, et Dieu sait à quelle heure Ary se sera levé!... (Ouvrant la porie du fond.) Mais il me semble que mon monde est en retard, ce matin ! (Regardant dans la rue.) On circule déjà dans
l’ange de minuit.
la ville, pourtant; Munich est matinale aujourd’hui... Ah! làbas, au tournant de la rue, ces hommes et ces femmes qui viennent de ce côté, ce sont mes visiteurs, je les reconnais! . (Revenant au buffet.) Allons, dans ma jeunesse, en me levant, je faisais des bouquets, maintenant je fais des aumônes... A chaque âge ses fleurs ! (Catherine tire du buffet diverses provisions qu'elle pose sur la table. Les mendiauts paraissent au fond et s'arrêtent devant la porte.)