SCÈNE II
LIC COMTE DE STRAMBERG , LE BARON DE LAMBECH, RANSPACH, un livre à la main, MARGUERITE, UN BATELIER. (Tous débarquent et descendent eu scène. — Le baron reste le dernier.)
LE BARON , au batelier, en lui donnant une pièce de monnaie.
Tiens, prends, l’ami, et prie pour moi.
LE BATELIER, refusant.
Mais, monsieur, je ne suis pas un pauvre, moi.
LE BARON
Est-ce à dire qu’il n’y ait que les pauvres qui prient? (il remet son argent dans sa poche.) Cet homme n’a pas de religion!
LE COMTE, qui, à son entrée, s’est dirigé avec Marguerite du côté où résonnait le chœur au lever du rideau.
Je n’aperçois pas Karl au milieu de ces jeunes gens, on m’a pourtant assuré... Il n’est pas encore arrivé, sans doute. Attendons.
MARGUERITE
Oh ! qu’il me tarde de le revoir!... (Moment de silence.) La belle journée!... et... (Avec intention.) Que j’eusse été heureuse seule avec vous, mon père... et avec Karl.
LE COMTE
Toujours ces préventions contre le baron de Lambech? Tu sais bien, cependant, que cela m’afflige.
MARGUERITE, à vois basse.
Pardonnez-moi donc, mon père! mais, je vous le jure, jajuais je ne pourrai l’aimer... il me fait peur!
LE COMTE
Enfant !
Mais, mon père, pourquoi tenez-vous tant à ce mariage?
LE COMTE, troublé.
Mais, Marguerite, je te l’ai dit bien souvent, parce que... je suis... engagé d’honneur, parce que... j’ai promis.
MARGUERITE, timidement.
Mars... pourquoi avez-vous promis, mon père?
l’ange de mincit.
LE COMTE
Ah! Marguerite!
MARGUERITE, tendrement.
Eli bien, non, non, je ne dirai plus rien, mon père!,.. Votre cœur, j’en suis sûre..." parlera pour moi.
LE COMTE, à part.
Oh 4 qu’elle me fait de mal! (il tombe dans une profonde rêverie.) LE BARON, s’approchant de Ranspach, qui, depuis leur arrivée, a paru absorbe par le livre qu’il lit.
Eli bien, docteur, trouvez-vous quelque remède à votre maladie dans ce grimoire?
RANSPACH, avec humeur.
Eb ! monsieur le baron ! encore une fois, je vous répète que je n’ai aucun mal.
LE BARON
En êtes-vous bien sur !... Ali! dame, vous vous êtes si souvent trompé, en votre qualité de médecin...
RANSPACH
Toujours cette même plaisanterie.
LE BARON
Renouvelée de Molière, qui vous avait devinés... messieurs ! Mais, j’y songe, c’est peut-être imprudent à vous de vous soigner vous-même... Croyez-moi, consultez un médecin... le docteur Kœrner, par exemple.
RANSPACH
Une dernière fois, je me porte bien, vous dis-je! Cet homme-là a le diable au corps! (il reprend son livre pour se débarrasser du baron.)
LE BARON, lui donnant une tape dessus.
Laissez donc cela, vous n’y comprenez rien, c’est un livre de médecine...
RANSPACH, avec colère.
Eh! monsieur le baron!...
LE BARON
Ah! que voulez-vous? 11 faut bien que je me venge sur quelqu’un des froideurs et même des dédains de la belle Marguerite... Et, dites donc, au fait, est-ce qu’il vous semble que ma jolie fiancée m’aime beaucoup, hein?
RANSPACH, avec doute.
Mais, s’il faut vous dire la vérité...
Ah! permettez!... 11 faut me dire la vérité, si cette vérité peut m’être agréable à entendre, sinon...
RANSPACH, à part.
Ah! je tiens donc enlin le défaut de la cuirasse. (Haut.) Eh bien, croyez-moi, n'épousez pas mademoiselle Marguerite. Prenez-y gard<\ mon cher, car, entre nous...