‹ L'ange de minuit drame en six actesChapitre 50 sur 116 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

BUTTER

Monsieur le comte...

RANSPACH, sans l'écouter. •

Du reste, il aura fait faire, sans le vouloir, un grand pas à la science, car il m’est bien prouvé, à cette heure, qu’une secousse morale peut occasionner, en très-peu de temps, les plus grands désordres dans l’organisme. C’est que j’ai été comme malade pendant près de deux mois!... Oui, oui, il y a bien deux mois de celte malencontreuse promenade sur l’Isar.

RUTTERj à part.

Ah! c’est trop fort! (Haut.) Pardon, monsieur le docteur, mais...

* RANSPACH, continuant.

J’étais parbleu bien menacé de péricardite... En ce cas, le médiastin antérieur eût été atteint; l’aponévrose centrale eût été lésée... Il se produisait une sorte de sifflement provenant du gonflement des valvules auriculo-ventriculaires.

RUTTER

Permettez, mais...

RANSPACH, continuant.

Or, par suite de cette perturbation, Rutter, il y avait interruption dans les sensations, la commotion et la voix, qui sont sous la dépendance immédiate de l’organe encéphalique; dès lors, plus de phénomènes mécaniques dans les poumons, attendu que le cerveau eût cessé d’agir, et que le diaphragme et les intercostaux...

RurrER.

Mais, encore une fois, monsieur le docteur, il s’agit de...

RANSPACH

Quoi donc? (se souvenant.) Ah! oui, oui, parlons un peu du malade. Comment a-t-il passé la nuit? Une prostration complète, n’est-ce pas?

RUTTER

Pardon, une fièvre des plus violentes...

RANSPACH, sans l’écoutcr.

C’est bien cela... prostration! Prostatio viriumt... C’était prévu par le décubitus qu’affectait la maladie.

RUTTER

Monsieur le docteur, je...

RANSPACH, s’animant.

Depuis longtemps déjà j’avais remarqué chez M. le comte des symptômes d’anépythimie, d’aneurie, d’anévrohémie ou plutôt d’anesthésie.

RUTTER, impatienté.

Mais, à la fin...

l’ange de minuit.

RANSPACH, parlant toujours en marchant et sans le regarder.

Il a dormi continuellement.

RUTTER, se montrant.

11 n’a pas fermé l’œil !

RANSPACH

C’est bien cela! A cetle heure, les extrémités sont glacées... (Rntter hausse les épaules et ne répond rien.)

RANSPACH, continuant toujours.

C’est bien cela... c’est bien celai... Il est perdu !

RUTTER

Hein?

RANSPACH, qui a regardé l’heure.

Ah! mon Dieu! sept heures et demie! et j’étais attendu à sept heures précises chez le commandeur. Mon carrosse 1... Adieu!... Je reviendrai... pour consoler la fajnille.

RUTTER, à part.

La peste soit de l’animal.

RANSPACH, qui sortait rivement, s’arrête une minute devant une glace ; continuant son chemin.

La langue est bonne. Adieu ! (il disparaît )

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