SCÈNE IV
MARGUERITE, puis LE BARON, et un domestique.
MARGUERITE, suivant Karl du regard.
O mon Karl ! que Dieu te conduise auprès de celui qui peut sauver notre père ! Et que Dieu le soutienne, celui-là, alors que tu l’auras trouvé! (Apercevant le baron qui cutre.) Ah! le baron !
LE BARON, à part, ayant remarqué le mouvement de Marguerite à sa vue.
Fort bien. J’ai produit mon etfet accoutumé, moi!... (s’avançant.) Chère Marguerite, voulez-vous me permettre?... (il
veut lui baiser la main, Marguerite la retire.)
LE BARON, riant, à part.
C’est complet! (Haut.) Mademoiselle, c’est M. votre père que je cherchais, c’est vous que je trouve, je n’en suis que plus heureux!... (Mouvement de Marguerite.) Oh ! je sais que ce bonheur n’est point partagé; mais, que voulez-vous! je suis si égoïste !...
MARGUERITE, à part.
Oh! je lui parlerai !... Et ce que M. le comte n’ose faire, je le ferai, moi!... (Haut.) Vous vous trompez, monsieur le baron, car, moi aussi, je bénis le hasard qui nous réunit seuls un instant.
LE BARON, avec une grimace.
Oh ! mademoiselle, vous avez l’intention de me faire de la peine! '
MARGUERITE, du ton de la prière.
Non, non, monsieur, je ne crois pas devoir craindre de vous affliger en vous disant que j’ai eu foi en vous, en votre loyauté..
LE BARON, la regarde d’uu air étoimé.
A moi?...
MARGUERITE
Écoutez, monsieur le baron : vous avez un beau nom, une
l’ange de minuit.
position brillante; une union avec une pauvre petite fille comme moi n’ajouterait aucun éclat à cette position, à ce nom... et... vous avez si bien le droit (Hêtre ambitieux !
LE «ARON
Et le droit de ne pas l’être...
MARGUERITE
Je vous en prie, soyez indulgent! Ne vous moquez pas de moil... J’ignore presque tout des choses de la vie... mais, cependant, il en est que je devine; et... vous ne voudriez point d’un cœur qui ne volerait pas de lui-même vers vous, n’est-ce pas?
LE BARON, souriant.
Mais, pardonnez-moi!... Je dirigerais son vol, voilà tout !..
MARGUERITE, très-agitée, et regardant toujours du côté de la chambre du
comte.
Oh! monsieur, je vous en prie!... je vous en supplie ! renoncez à ce mariage!... C’est une amie qui vous implore !... Tenez, vous le voyez, j'ai contiance en vous... voici ma main !
LE BARON
C’est tout ce que je demande ! ,
MARGUERITE, dissimulant son impatience.
Acceptez-la comme la main d’une sœur dévouée... dévouée à jamais!...
LE BARON, à part.
Elle aune petite main ravissante!...
MARGUERITE, encouragée par le silence du baron.
Tenez, je devine que vous ferez ce que je vous demande, et déjà, à cette pensée, mes yeux se remplissent de larmes... de reconnaissance...
LE BARON, à part.
Elle est tout à fait adorable quand elle pleure!... C’est à noter...
MARGUERITE , anxieuse.
Eh bien?
LE BARON, avec passion.
Eli bien, chère Marguerite, le sacrilice que vous me demandez est, plus que jamais, au-dessus de mes forces !
MARGUERITE
Monsieur!...
LE BARON
Non, non, ce trésor de charmes, qui peut m’appartenir, je ne l’abandonnerai pas à un autre, qui ne le dépenserait pas comme moi ! Oubliez les rêves qui voltigeaient hier sur votre berceau ! Vous êtes femme, aujourd’hui : c’est l’heure de la réalité!... Des poètes vous diront : « Marguerite, je t’aime comme on aime le ciel, et je voudrais mourir avec ton nom sur les lèvres l » Moi, je vous dirai : Marguerite, je vous aime comme on aime la terre, comme on aime le plaisir! Je ne veux pas monter à vos côté3 jusqu’aux étoiles, mais vivre