‹ L'ange de minuit drame en six actesChapitre 67 sur 116 · LE PETIT CLERC, LUTZ, BECKMANN, VERNER, DAME MARTHE · texte numérisé non relu

LE PETIT CLERC, LUTZ, BECKMANN, VERNER, DAME MARTHE

(Le petit clerc s’est mit 1 écrire d’une façon vertigineuse. — Quand Àry a disparu, on n’entend, pendant un moment, que le grincement fbreené de la plume sur le papier. — Luti s’approche peu après du petit clerc, et regarde furtivement par-dessus son épaule. — Beckmann s’est assis et ne prend garde è rien.)

Monsieur le deuxième clerc, vous ne rejoignez donc pas votre collègue?

LE PETIT CLERC, jouant avec la plume, dont il dirige toujours le bec du côté de ceux à qui il parle.

Non, monsieur; il suffit, et au delà, à la besogne qu’il y a là-dedans. Si nous venons deux, c’est uniquement pour faire de la solennité, et nous donner un prétexte pour prendre à nos clients de plus gros honoraires.

LUTZ, qui s’est en vain écarquillé les yeux pour distiuguer ce qu’écrit le petit clerc.

Mais... que faites-vous donc, jeune homme? Il n’y a pas d’encre à votre plume.

LE PETIT CLERC, écrivant toujours dans le vide.

Inutile, monsieur, ce que j’en fais, n’est que pour me donner une contenance.

LUTZ, avec une inquiétude vague.

Ail!...

VERNER, essayant en vain de sourire.

Il est drôle, ce petit bonhomme! (il est allé à la porte du comte et qui y a collé son oreille, A part.) Je n’entends rien; la voix ne vient pas jusqu’ici.

l’ange de mjndit.

LUT7., l'apercevant cl avec brusquerie.

Eli bien... qu’est-ce que vous faites donc là?

VER N Eli, embarrassé.

Moi? Mais je... j’admirais les sculptures de cette boiserie.

LE PETIT CLERC, riant, et se levant.

Oh ! le menteur ! ,

VERNER

Qu’esl-ce ?

LE PETIT CLERC, aux autres, en désignant Verner.

Monsieur essayait d’entendre ce que se disent, en ce moment, M. le comte et mon patron.

VERNER

Mais cela n’est pas.

LE PETIT CLERC

Laissez donc. Oh l quoique jeune, j’ai déjà l’expérience de la vie, et même... quelque chose de mieux.

MARTHE; à Lut!.

Décidément, cet enfant-là n’a pas le même air que tout le monde.

LE PETIT CLERC, continuant.

De plus, j’ai l’oreille très-fine, moi, et j’ai coutume de la mettre au service des héritiers qui, dans une situation semblable, n’ont point la patience d’attendre l’heure de l’ouverture d’un testament. (En ce moment, on voit la notaire et son clerc qui sortent de la chambre du comte, conduits par Ruttar. Ils marchent avec précaution, et ne sont ni vus ni entendus par les autres personnages qui, sur le devant, entourent le petit clerc. Rutter dispose sans bruit deux sièges près d'une table, au fond, puis il rentre dans la chambre du comte.)

LE PETIT CLERC, a continué pendant ce jeu de scène.

Et si vous le désirez, je puis vous répéter ce qui se dit, et même ce qui s’écrit en ce moment dans la chambre de M. le Comte de Stramberg. (Mouvement de curiosité des héritiers. — En ce moment, le baron sort aussi de la chambre et «a près du notaire.)

LE PETIT CLERC

Vous consentez ? Attention, alors ! (Tous prêtent l’oreille. — Le

petit clerc, quoique i une asses grande distance de la porte, se penche

comme s'il écoutait.) M’y voilà. Le notaire s’asseoit; il range ses papiers ; il taille sa plume.

LUTZ

Se moque-t-il de nous?

LE PETIT CLERC, de même.

M. lu comte Va parler... 11 parle. (Lutx, Verner et Marthe font un nouveau mouvement de curiosité.)

MARTHE, à part.

Ah 1 je suis bien émue.

LE PETIT CLERC, parlant comme s'il répétait ce qu'il entend.

« Je laisse... toute ma fortune à mes deux enfants... Karl et Marguerite. »

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