‹ L'ange de minuit drame en six actesChapitre 73 sur 116 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

GARDEN, en mascarillc; SHEBEL, en gros reine, et RANDAL, en scapin; puis LE DOCTEUR RANSPACH.

RANDAL

C’est splendide ici, messieurs!

SHEBEL.

Tu peux dire princier !... Et c’est la vérité que le château des comtes de Stramberg est une des merveilles de Munich.

CARDEN.

Aussi, devons-nous des remerciements à notre ami Karl, pour nous avoir fait inviter par son père.

SHEBEL.

Sait-on à qui il faut attribuer l’idée de cette fête avec masques et costumes ?

GARDEN

Eh! mais, à Karl lui-même, à ce qu’il parait... La fête de convalescence de M. le comte de Slramberg arrivant justement à une époque de carnaval , il a pensé que tous ceux qui aiment à courir les masques feraient peut-être défaut à sa fête, et, pour les y attirer, il a invité le carnaval lui-même. Mais, à propos, quel personnage doit-il représenter, notre ami Karl ?... le sait-on ?

RANDAL

Non, tantôt il était encore indécis.

GARDEN

Et notre cher Ary?

SHEBEL.

Oh ! si le malade, auprès duquel il a été appelé, lui permet de venir se mêler à nos joies, et si Ary se décide à revêtir un costume, ce sera certainement celui de quelque ligure mélancolique ; car depuis qu’Ary est devenu immensément riche en héritant de son bon oncle Beckmann, et qu’en même temps il est devenu glorieux, envié et fêté , on ne l’a

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guère vu plus gai qu’au temps de son obscurité et de sa misère.

GARDEN

Il est heureux, pourtant. On rend justice à son talent; il fait tout le bien qu’il rêvait de faire; sa mère, qui a voulu rester dans sa vieille maison réparée, est adorée comme la charité elle-même. Que lui manque-t-il donc?

SBEBEL.

Eh ! plus rien, messieurs!... et voilà justement pourquoi il est triste.

RANDAL

Eh ! oui, parbleu !

GARDEN

Vous n’y êtes pas, messieurs, et j’ai deviné, moi, la cause de la mélancolie de notre cher Aty. 11 est eiifin amoureux I

SHEBEL.

Ah! le pauvre garçon ! (Regardant au fond.) Eh! mais... quel est donc ce grotesque personnage qui s’avance vers nous, une lyre à la main? (Riant.) Eh! par Jupiter !... c’est le docteur Ranspach !

RANSPACH descend ; il est eu Apollon et porte une lyre.

Vous vous ti’ompez, monsieur, c’est Apollon 1

RANDAL, l'examinant.

C’est, ma foi, vrai !

RANSPACH, papillonnant.

Oui, messieurs, je suis le «lieu de la poésie, de la médecine, de la musique et des arts. Je viens de tuer le serpent Python.

GARDEN, bas, à Randal.

L’humanité ne lui suffit plus.

Et je cherche quelque Daphné pour lui apprendre l’amour.

SHEBEL, riant.

Tous les talents !

GARDEN

Alx çà ! qu’est-ce qu’on dit donc par la ville, docteur? que vous voulez vous retirer ?... vous reposer?

RANSPACH

C’est en effet mon intention ; oui, depuis ma dernière maladie, je me sens fatigué... J'ai hesoin de repos, et je suis décidé à laisser la place aux autres.

GARDEN

Au docteur Kœrner, par exemple !

RANSPACH

Oui, au docteur Kœrner... Ce jeune homme me doit déjà beaucoup, je veux qu’il me doive plus encore. Je le suivrai dans sa route, je m’attache à lui.

SHEBEL, riant.

C’est le moment, il monte.

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