SCÈNE IY
Les mêmes, L’AMOUR.
(La femme, ainsi annoncée, est vêtue d'une courte tunique, avec les jambes nues. Elle porte, comme un musqué, un bundcau de velours noir qu'elle a quitté en voyant le comte venir a elle. Sou arc et son carquois sont suspendus entre ses épaules. Elle tient à 1a main une de ses Qèches, dont la pointe est d’or et les empennes de diamants. Quand elle parait, sensation. Ou entend sonner minuit.)
LE COMTE, qui a amené l'étrangère.
Madame, je n’ai pas la joie de vous connaître; je doute môme avoir eu l’honneur de vous inviter, mais vous ajoutez
l’ange de minuit.
trop d’éclat à cette fête, pour que tout le monde ici ne vous remercie pas comme moi.
l’amour.
Je savais, monsieur le comte, être accueillie chez vous parla plus chevaleresque courtoisie... 11 est vrai qu’on m’invite rarement, et que vous m’aviez oubliée; mais j’ose aller partout, moi, habituée que je suis à ce qu’on ne me renvoie jamais. (En
disant ces derniers mots, sou regard s’est, par aventure, arrêté sur Rauspach.)
RANSPACH, galamment.
Certes, madame, ce n’est pas moi qui serais capable dé...
L’AMOUR, souriant.
Ohl je le sais, docteur... je vous connais.
RANSPACH
Quoi! madame... je serais assez heureux?... et... où, je vous prie, eus-je l’honneur de vous rencontrer?
l’amour.
Oh! chez presque tous vos clients, docteur; nous y entrions toujours ensemble.
RANSPACH, intrigué.
En Vérité!... (L'Amour lui rit au nez et lui tourne le dos.)
L’AMOUR, à Sbebel, qui lui offre un siège,
Merci... je ne me repose jamais.
• SHE6EL, riant.
C’est juste, l’Amour !
L*AMOUR, au comte.
Monsieur le comte, ce bal est d’une magnificence et d’une ingéniosité rares... (Désignant Marguerite.) Et en voici la plus radieuse lumière.
MARGUERITE, honteuse.
Madame...
KARL, à part.
Qu’a donc cette femme? Je me sens attiré vers elle, et mes regards ne peuvent la quitter.
SHEBEL, s'avançant.
Ma foi, madame, moi, j’ai beau chercher, je suis bien sûr de n’avoir jamais eu la gloire de vous rencontrer.