GARDIENS DE LA MAISON DE DIEU
viennent se réunir les âmes pures pour y recevoir en aliment lAgncau divin.
Il veillera sur cet autel, le point le plus sacré (le l'univers, oi^i s'immolera chaque jour pour les hommes le Dieu «lu Calvaire.
Il aura dans sa main la clef de ce tabernacle où devront Jjriller lor et la soie et où résidera le divin prisonnier de l'amour.
Autour de l'enceinte sacrée seront étalées en tableaux les scènes touchantes de la Passion qui ranimeront la foi et la charité dans les âmes.
Dans les hauteurs du temple apparaîtront, dans leurs saintes images, les élus et les saints dont le souvenir et les exemples sont si encourageants.
Tout en veillanl à l'intérieur du temple, l'Ange et le prêtre veilleront aussi au dehors. Ils lui donneront ces voix aériennes du clocher par les- • juelles les hommes s adresseront à Dieu et par lesquelles Dieu, à son tour, sadresse aux hommes.
Autour del'aulel et du tabernacle, dans la partie la plus rapprochée du sanctuaire, résidera jour et nuit une cour composée d'Anges nombreux.
A cette cour viendra s'en ajouter une autre» celle des Ames pieuses et des chrétiens fidèles. Les augustes Gardiens fermeront la j^orte aux profanateurs, mais ils appelleront les adorateurs et craindront de voir trop souvent se former la solitude et lisolement.
lîX) l'ange r.T LE PRÈTIŒ
Là rég-iiera constammcnl un respcclucux silence qui ne sera interrompu »|U(' par la parole de Dieu et les chants sacrés.
L'Ange et le prêtre s'efï'orceront denibrascr les âmes de ce zèle de la maison de Dieu qui les dévore. Ils les exciteront à l'aire les sacrifices nécessaires pour contribuer à son honneur et à sa beauté.
Oh 1 heureux et mille fois heureux le prèli'c Portier de la Maison de Dieu sous la direction de l'Ange ! Remplie avec esprit de loi, cette fonction est plus auguste et plus honorable qu'aucune fonction terrestre. Par elle, le ré(lenii)b'ur fait du prêtre l'homme de sa confiance.
Les joies de l'Ange et du Prêtre.
Nous goûtons, au Ciel, les joies ineflables produites par la vue et la possession de Dieu. Ces joies ne sauraient être exprimées en aucun langage terrestre. Elles nous tiennent dans un continuel ravissement qui doit durer toute l'éternité. C'est ce que l'œil de Thomme n'a pas vu, ce que son oreille n'a pas entendu, ce que son cœur n'a pas conçu et ne concevra qu'au ciel.
Mais nous avons, outre ces joies essentielles qui nous viennent de l'éternité, des joies accidentelles qui nous viennent du dehors et dont la cause est dans le temps.
Du sein de la gloire nous assistons aux événements qui s'accomplissent sur la terre et nous nous y intéressons. Rien de ce qui favorise parmi les hommes le règne do Dieu «t leur salut ne nous est étranger et ne nous laisse indilî'érenls.
Une de nos grandes joies est de voir la sainteté
192 i.ANfii: ET i.i: prèthk
il 11 corps sarerdolal. Ils fixent l'allcnlion de tous les habilanls du ciel, les prêtres vivant au milieu du monde sans c\rc du monde, mortifiés au milieu tles ferments de la sensualité, pleins d'abnégation au milieu des compétitions des ambitieux, humbles au milieu des exaltations de lorgueil, fermes au milieu des complaisants et des lAches, éclairés des lumières surnaturelles au milieu des ténèbres de l'erreur, anges terrestres rivalisant de zèle et d'amour avec les Anges du ciel.
Gran<l(' joie aussi, à la vue des congrégations ferventes, priant et méditant dans le cloître, ou se répandant au loin et allant de toutes parts, au prix de tous les sacrifices, faire connaître et aimer le Ivédempteur.
Joie plus grande encore, quand il nous e>l donné d'apporter la palme aux martyrs, la couronne aux confesseurs, les félicitations aux prodigues de retour.
Joie incomparable, à chaque triomphe de l'Église contre les persécuteurs, a chaque nouvelle nation évangélisée et rentrant au commim bercail. Quels applaudissements ont toujours provoqués, parmi nous, les actes des illustres pontifes vicaires de Jésus-Christ, des intrépides semeurs de la divine parole, des fondateurs d'or<lre. des créateurs de fécondes œuvres.
En un mot. joie vive, douce, immense en voyant I)ieu glorifié et les âmes sauvées.
LES JOIES DE l'ange ET DU PRÊTRE 193
Vos joies, ô mon bon ange, doivent être mes joies et je ne saurais en avoir d'autres. Nos intérêts ne sont-ils pas les mêmes ?
Si j'aime Dieu et les âmes, comment demeurerais-je insensible aux événements du monde surnaturel ! Et quelle importance auront à mes yeux des événements bornés à la terre et au temps!
A ta vue des richesses matérielles, de la considération des hommes, de la sanlé et des agréments du corps, des délices de la vie molle, des frivoles amusements de la vanité, je laisserai les partisans du monde s'écrier : Heureux ceux qui possèdent ces biens I
Pour moi, j'ai d'autres biens à souhaiter, d'autres vœux à former, d'autres joies à attendre.
Heureux, dirai-je, ceux qui méprisent la terre et aspirent au ciel, triomphent du péché et conservent la grâce, ornent leur âme de vertu et l'enrichissent de mérites, foulent aux pieds les plaisirs du temps et se préparent les délices de l'éternité I
Les solennités du culte divin, les pieux pèlerinages, la ferveur des communautés religieuses, la sainteté des prêtres de Jésus-Christ, les conquêtes des apôtres, l'héroïsme des martyrs, le retour des enfants prodigues, la persévérjuice des justes, les vies édifiantes, les saintes morts : voilà mes spectacles; voilà mes joies.
Un glorieux prince de l'antiquité profane, Cyrus, l'ange et le prêtre. — 13.
1U4 l"an(;i: et le PRÈiaE
faisait prolession, dit sua historien, de mépriser les petites jouissances, afin de se réserver loiil entier pour les grandes (Xénophon, C[/roj)t'(lie, L. I,c.,5;.
Admirable leeon donnée aux chrétiens par un idolâtre! Noble conduite qu'il' m'appartient de réaliser d'une fa<:on plus élevée et plus vraie.
Prince du ciel, ô mon i^on Ange. apprend>-moi à mépriser les petites joies de la terre et des sens «jui ne durent qu'un jour, afin de me réservei" tout entier pour les grandes joies de l'âme et de la conscience, qui se continueront dans l'éternité.
Oui, mon frère, telles doivent être les joies. Ami de.3 Anges, lu ne peux te réjouir que de ce qui qui les réjouit. Ce quiles réjouit ne saurait l'attrister, ce qui les attriste ne saurait te réjouir. Les cœurs de tes amis du ciel doivent entraîner ton cœur. Ton cœur doit toujours battre à l'unisson des nôtres.
Les tristesses de l'Ange et du Prêtre.
Au sein de la gloire, nous ne sommes point accessibles à la tristesse qu'accompagne la douleur. Notre félicité est inaltérable. Mais il est des spectacles que nous réprouvons de toutes nos i'orces et qui produiraient en nous la douleur la plus anière, si nous y étions accessibles.
Tristesse à la vue de Dieu méconnu, blasphémé, persécuté, à la vue du Rédempteur outragé jusque dans sa miséricorde, dans son amour, dans tous ses plus insignes bienfaits. Nous avons entendu sa voix, quand il disait à l'âme favorisée de ses révélations : uVoilà le cœur qui a tant aimé les hommes et qui n'est payé que d'ingratitude ».
Tristesse à la vue des jeunes âmes privées de la grâce, élevées dans rindifïérence ou la haine, perverties par les infernales doctrines des scandaleux, plongées^ pour toute leur vie, dans le vice et le crime.
1% l'ange et le PRÈTnE
Trisles.se, à la vue des aposlals. de ceux «jui, fidèles d'abord, abandonnent un jour les voies de la verlu où ils avaient éprouvé de si douces jouissances, désertent la maison de Dieu ou n'y reviennent qu'en traîtres Judas et en indignes sacrilèges.
Tristesse, à la vue des alliances contractées sans bénédiction, sans la grâce nécessaire au Sacrement, préludant ainsi à la fondation dune famille qui sera une pépinière d'enfants de perdition.
Tristesse à la vue du pi-ètre tombé. Quand arrive ce malheur, nous nous voilons la face et nous entendons le Rédempteur exhaler dans son cœur blessé ces doux i-eproches : « Si iiiiiniciis meus malerlixissel mihi, siislinuissem uliqiie. Et si is qui (nierai me. super me mayna loculus fuisset, ahscondissem forsilan ah eo. Tu vero, homo unani- ?nis, du.r meus el nolus meus, fjui simul meciim dulces capiehus cihos. In 'lomo Dei ambulavimus cum consensu •• .'
Tiistesse à la vue des forcenés (jui ferment les yeux à la lumière de l'éternité, s'abreuvent de plaisirs qui ne donnent point de satisfactions véritables, prennent à dégoût la vie elle-même et la rejettent comme un insupportable fardeau, alors qu'ils l'avaient l'erue pour se préparer des délices .sans fin.
Tristesse à la vue des âmes qui repoussent au
LES TRISTESSES DE l'aNGE ET DU PRETRE 197
dernier instant la main secourable du prêtre, refusent les sacrements de la dernière réconciliation et tombent si nombreuses dans l'abîme d'où Ton ne revient pas,
Tristesse à la vue de nations entières, pépinières d'élus et de saints et devenues, par la malice des suppôts du démon, des foyers de corruption et de damnation.
Voilà, prêtre de Jésus-Christ, quelles sont les tristesses des Ang-es, les tiennes ne sont-elles pas les mêmes? De quel œil vois-tu les spectacles que je viens d'énumérer ? Éprouves-tu les sentiments de saint Paul, à la vue d'Athènes idolâtre? Inciiabaluv spiritus ejiis in eo videns idolatriœ dediiam civitatem.
Les prospérités matéFielles pourront-elles te consoler, quand tu y vois la source de tous les dérèglements, de tous les oublis, de tous les mépris de Dieu ?
A la vue des désordres dont le monde est inondé, de ceux surtout qui se sont glissés parmi les âmes dont tu as la charge, pourrais-tu t'enfermer en toi-même et rester indifférent? Ce n'est point ainsi qu'ont agi dans tous les temps les saints prêtres, tes modèles. — Inler veslibulum et altare plorabunt sacerdotes minisfri Domini et dicent : Parce Domine, parce populo iao, et ne des hœreditateni tuam in opprobriam, ut dominenlur eis naiiones; rjuare dicunl inpopulis : Ubi est Deus eorum;
zelalus esl Dominus lerram mane el pepercil populo suo.
Les tristesses du prèlre on conformité à celles (les Ang-es auxquelles elles sont unies, ne sont point des tristesses stériles aboutissant au découragement; elles enflamment le zèle et poussent à Faction, au sacrifice, nu dévouement.
Le zèle de l'Ange et du prêtre.
C'est le zèle qui constitue l'envoyé de Dieu, le fidèle ministre, le docile instrument de la grâce, l'organe de la providence, en un mot, l'Ange et le prêtre.
.Sans le zèle, non seulement les Anges ne mériteraient plus leur beau nom, mais il< ne seraient plus rien devant Dieu ; le zèle est le tout de l'Ange.
Que les Anges cessent d'animer par les ardeurs du zèle leur riche et puissante nnture, ils perdent du même coup toutes leurs prérogatives, lis n'ont plus, dans la Création, ni but ni raison d'être.
Le zèle des bienheureux Esprits est l'épanouissement de leur charité. Il en jaillit, il s'en nourrit, il en vit. Les degrés de leur charité sont ceux de leur zèle. Les plus zélés sont les plus aimants.
Ils voudraient transformer en sanctuaire de bénédictions tout l'univers, faire de la terre un
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lieu (le sanclilicalioii d'où no parlent ([ue des âmes pures.
Xe connaissant aucune limite de temps ni de lieu, ils se transportent à toutes les latitudes cl à tous les climats. Leur zèle a pour champ daction la création entière et s'étend des portes de l'enfer à celles du ciel.
Les voici, d une pari, sondant du regard les profondeurs de l'abîme, prêtant l'oreille aux éternels blasphèmes, considéi-ant les éternels tourments et s'efror<:aiil de retenir les âmes sur le point d'y tomber.
Les voilà, de laulre, au seuil de la i^loirc, ajîpelanl les âmes, leur donnant par de saintes inspirations, un avant-goùt de la béatitude, les soutenant, dans les pas difficiles, les empêchant de déchoir de leur vertu [)remière et de tomber au dernier inslanl.
Augmenter, chacpie jour, le nombre des ànu's qui béniront iJieu éternellement tlans les délices du ciel, diminuer le nombre de celles (pii maudiront r)ieu éternellemenl dans les supplices de l'enfer: lel est lobjel du zèle anjçélicpie.
L'oltjet du zèle sacerdotal est le même. Le zèle sacerdotal doit être ardent, continuel, universel, comme le zèle aui^élique : il doit en avoir toutes les qualités. Le zèle est absolument indispensal)le au prêtre. Kn mettant ce zèle parmi les devoirs les plus sacrés du prêlre et en lui confiant les
LE ZÈLE DE l'aKGE ET DU PRÊTRE 201
ames de ses frères, le Sauveur lui a fait comprendre qu'il ne peut ni se sauver seul, ni se perdre seul. Il a été dit : Chvistianiis pro te, sacerdos pro aliis. Or comment se donne-t-il aux autres, sinon par le zèle? Le zèle est donc le tout du prêtre, comme le toul de TAnge.
Zèle humble avant tout, pleinement désintéressé, ne se recherchant point lui-même, s'oubliant, se dévouant, se sacrifiant et se consumant en silence devant Dieu.
Zèle courageux, foulant aux pieds le respect humain, s'honorant d'appartenir à Jésus-Christ, de défendre sa cause, de proclamer ses droits et ceux de son Église, de revendiquer et d'établir son règne sur la terre.
Zèle compatissant et pénitent, pleurant les défections, gémissant sur les scandales, faisant amende honorable, s'olïrant en victime d'expiation.
Universel, comme celui de l'Ange, le zèle du prêtre étend sa sollicitude et son action à tous les hommes. Il se fait tout à tous, pour les sauver tous.
En saint Paul, il se dévoue si pleinement aux âmes qu'il consent à devenir anathème pour les sauver.
En saint Auguslin, il multiplie les touchants appels, s'écriant qu'il ne veut ni aimer seul, ni bénir seul, ni obtenir seul le salut.
\?00 i.'angi£ kt le piiÈrnt;
En saint I<inacc, il prrfère le retard de son entrée dans la gloire, sil Ini est donné d'opérer -ncore quelque bien dans les Ames.
En saint Franrois Xavier, il pleure de quitter la terre, an moment où s ouvraient devant lui de nouveaux royaumes à conquérir à Jésus-Chris! .
En saint Vincent de Paul, il voudrait, sous 1»' poids des infirmités et des années, aller au loin dans une île barl»are. prêcher les infidèles.
Admirable émuLation entre le zèle des Anges de la terre et celui des Anges du ciel !
A ce double spectacle, as-tu senti, ô mon frère, le feu du zèle se ranimer en ton cœur? As-tu éprouvé l'ardent désir, ou plutôt la ferme volonté de te dévouer, corps et Ame. à Dieu et à tes frères? A celle condition seulement tu pourras t'écrier: Enfin me voici vraiment prêtre 1