‹ L'angine couenneuse et le croupChapitre 27 sur 50 · E... W..., âgée de 9 ans, bien constituée · texte numérisé non relu

E... W..., âgée de 9 ans, bien constituée

Le 26 septembre 1856, le soir. Vomissements, mal de tête, mal de gorge , fièvre.

Le 2e jour. Intumescence et rougeur de la face et des paupières, vive rougeur à la peau , fièvre intense , état de stupeur, perte complète de connaissance, sécheresse de la langue , dysphagie, engorgement léger des ganglions sous-maxillaires , petites plaques blanchâtres sur lés amygdales rougies et tuméfiées.

Quatre sangsues derrière les oreilles , eau alcalino-muriatique.

3e jour. Eruption morbilleuse générale , coryza, conjonctives injectées; décroissement de la fièvre. La tuméfaction du cou augmente, en s’étendant sur les ganglions sous-lingaux.

Frictions avec la teinture, eau alcalino-muriatique.

337. 4e jour. Le gonflement ganglionnaire diminue ainsi que la fièvre. Ecoulement nasal aqueux , larmoiement. Les plaques diphthéritiques s’élargissent. — Même traitement.

338. 5e jour. Les concrétions sur les tonsilles sont plus circonscrites; le larmoiement et l’écoulement du nez augmentent.

6e jour. Les amygdales grossissent et la tuméfaction du cou atteint à un haut degré; les plaques couenneuses s’élargissent et prennent une teinte cendrée et sale. On voit des concrétions lardacées sur les commissures excoriées des lèvres , sur la pituitaire nasale et autour du bord des narines. Les exhalations par la bouche et par le nez sont très-fétides. — La langue est sèche et fuligineuse, les lèvres sont livides. — Les taches morbiileuses pâlissent ; gêne dans la respiration et déglutition ; adynamie profonde; faibles pulsations du cœur, affaissement extrême du pouls ; peau fraîche; déjections alvines fétides.

Frictions ; eau d’Adélaïde.

339. 7° jour. Amélioration sensible. Meilleur aspect des concrétions sur les amygdales, dont le volume a diminué; désenflement de la tumeur sur le côté gauche du cou et au-dessous du menton ; respiration et déglutition plus faciles. L’écoulement nasal devient plus muqueux ; les urines sont copieuses ; la chaleur revient à la peau.

Même traitement.

340. 8° jour. L’état général est encore plus satisfaisant qu’hier; le pouls se relève; la langue se nettoie, au milieu elle présente une ligne jaune et étroite ; la coloration des lèvres est naturelle ; l’excrétion de l’urine continue d’être abondante; selles fétides.— L’exanthème est pâle, la peau sèche.

L’écoulement du nez diminue et devient moins fétide, ainsi que l’odeur de la bouche ; les yeux sont encore un peu rouges.

341. La plus grande partie de l’exsudation pseudo-membraneuse de l’arrière-bouche a disparu ; il n’en reste plus qu’une bande blanchâtre sur le bord intérieur des amygdales, peu tuméfiées, et sur le bord du voile et de la luette. Cette bande est lisse sur les amygdales et le bord du voile, mais inégale et légèrement ulcérée aux bords de la luette. Quelques lignes au-dessus de la base de cet organe, au bord de l’arcade gauche du voile, l’on remarque également une ulcération.

342. Désenflement. complet de la tumeur sur le côté gauche du cou et au-dessous du menton. L’épiderme y est sèche, dure et froncé, mais la tumeur qui correspond à l’angle droit delà mâchoire, augmente; elle est plus dure et rénitente et semble vouloir s’abcéder.

343. L’on aperçoit sur la cuisse gauche une douzaine de vésicules ombiliquées, de la dimension d’une lentille, remplies d’un lluide laiteux et entourées d’une aréole rosée.

Le soir, respiration gênée et précipitée, toux un peu sèche, pulsations artérielles accélérées.

Eau d’Adélaïde avec tisane de guimauve.

344. 9e jour. La malade se sent très à son aise. Fièvre presque imperceptible; pouls peu fréquent (90 puis.); toux humide; respiration et déglutition faciles. Deux selles normales ; émission des urines aussi forte qu’aux derniers jours. — Desquammation furfuracée.

La bordure couenneuse des amygdales, du voile et de la luette s’est rapctissée. La paroi postérieure du pharynx , cependant , est couverte d’un voile blanc et épais.

On remarque à peine encore sur les commissures labiales un point blanchâtre; le cercle lardacé aux orifices nasaux est très-étroit, l’écoulement du nez insignifiant et sans aucune fétidité.

345. Les vésicules sur la cuisse se rident. Au milieu du mollet droit on aperçoit , sur une tache circulaire rouge et enflammée, du diamètre d’un écu, quelques groupes de vésicules extrêmement petites et confluentes, exhalant une sérosité qui humecte toute la surface affectée et qui cause une forte cuisson h la malade. Un peu plus bas s’élève une phlvc-

tène isolée, de la grosseur d’un pois, contenant un liquide laiteux assez épais; niais elle ne présente aucune dépression à son centre.

346. 10e jour. Légère agitation fébrile, pouls peu accéléré (100 puis.)- La langue est tout-à-fait nettoyée, mais un peu sèche. L’éruption morbilleuse est totalement éteinte, la desquammation continue; la peau est sèche ; l’excrétion urinaire diminue, les évacuations alvines sont normales.

Les yeux ne sont plus injectés. Autour du bord des orifices nasaux on n’observe plus qu’une légère coloration gris-blanchâtre , et sur les commissures labiales on distingue à peine une petite érosion. L’exsudât plastique qui garnit le bord des tonsilles , du voile et de la luette, a tellement diminué, qu’il apparaît comme une ligne blanche et fine, tracée avec un pinceau.

347. La luette est évidemment moins large qu’elle n’est dans son état normal, et au bord de l’arcade gauche du voile, à l’endroit où une ulcération existait auparavant, on reconnaît facilement une échancrure triangulaire de plusieurs lignes de profondeur.

348. La tumeur au-dessous de l’angle droit de la mâchoire, grossit et s’étend plus en arrière ; l’épiderme du cou se détache en forme de lambeaux larges et épais.

La dessiccation des vésicules sur la cuisse est complète ; la phlyclène, isolée sur le mollet, s’affaisse et se ride; en la déchirant, on en voit s’écouler un fluide lactescent.

Cessation des frictions ; application de topiques émolliens sur la tumeur du cou ; l’eau d’Adélaïde à continuer.

349. 11e jour. La peau et la langue s’humectent ; larmoiement ; léger ptyalisme ; quelques selles noires ; oedème des pieds. — Eau d’Adélaïde en très-petites proportions.

12e jour. L’agitation fébrile se calme et l’enfant seporte tout-à-fait bien ; l’appétit renaît. L’exfoliation de l’épiderme s’opère encore sur quelques Points du corps ; la peau est molle et humide, l’excrétion urinaire assez forte.

Ce n’est qu’avec quelque attention qu’on distingue une ligne blanche, presque transparente sur le bord de la luette , du voile et des tonsilles ; une couche blanche, mais fort mince, couvre encore le fond du pharynx.

L’enflure ganglionnaire du cou augmente et s’amollit de plus en plus.

L’éruption vésiculaire sur le mollet gauche s’est effacée totalement; la tache rouge sur laquelle elle s’était élevée, est sèche cl pâle, et l’épiderme sur celle partie se détache en petites lamelles.

On cesse l’eau minérale.— Bouillon de poule.

13° jour. Tout mouvement fébrile , l’écoulement nasal et lacrymal cessent entièrement.

350. Au 17° jour, toutes les traces de l’exsudation diphtliéritique ont disparu. L’abcès au cou a atteint la grosseur d’un poing; l’ouverture pratiquée, il s’écoule un pus sanieux, brun-rougeâtre, d’une puanteur extrême. L’oedème des pieds n’existe plus. La malade entre en convalescence.

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